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Jun 10, 2019, 14 tweets

Petit retour sur la propagande pro-Poutine à l'occasion du #DDay75 et pourquoi les réseaux pro-Poutine tenaient tellement à falsifier l'histoire

La propagande russe a tenté, à l'occasion des commémorations du débarquement, de confondre deux événements historiques: la fin de la guerre et le débarquement de Normandie. La Russie a indéniablement joué un grand rôle dans le premier, aucun ou très mineur dans le second

L'argument était évidemment politique: "il est scandaleux que Poutine ne soit pas invité aux commémorations du d-day". Et c'est là que ça devient intéressant: aucun des propagandistes n'était capable d'admettre que c'était ça qu'ils réclamaient (donc de s'admettre pro-Poutine)

L'argument déployé par la Russie permettait aux pro-Poutine de se convaincre qu'ils n'étaient pas du tout pro-poutine mais que Poutine devait être invité sur base d'une falsification de l'histoire ou en confondant 8 mai 45 et 6 juin 44, tout naturellement

Il était tout à fait possible d'inviter Poutine aux commémorations du D-Day. Hollande l'avait fait et on a invité Merkel pour des raisons diplomatiques et politiques (ce que les pro-Poutine ne se sont pas privé de relever): souligner l'amitié et la paix avec l'Allemagne

Mais quand tu demandait aux pro-Poutine si ce qu'ils réclamaient c'était bien qu'on invite Poutine pour des raisons diplomatiques et politique exactement comme Merkel ils se défilaient complet. "non non on veut pas du tout souligner l'amitié et la paix avec Poutine rien à voir"

Et c'est là que la falsification historique prend tout son sens: demander l'invitation de Poutine sans assumer que c'est ça qu'on demande. "je suis pas pro-Poutine mais je trouve qu'on minimise le rôle joué par l'armée rouge dans le débarquement de Normandie le 6 juin 44"

Et en les poussant un peu on découvrait que ces propagandistes préféraient falsifier l'histoire ou passer pour des benêts délirants plutôt que d'admettre que c'était bien l'invitation de Poutine qu'ils réclamaient

Afin de clore le chapitre Poutine a déclaré (après les commémorations où il n'était pas invité) qu'il ne souhaitait de tte façon pas être invité. Les propagandistes pourront se rattacher à cette déclaration faite après pour dire qu'ils n'ont jamais demandé l'invitation de Poutine

Cet épisode montre combien est fondamental dans la propagande le "je suis pas pro-Poutine mais..." (aussi fondamental que le "je suis pas pro-Assad mais"). Il ne s'agit pas seulement de faire passer l’intérêt du dictateur pour naturel, évident, "réaliste" ou le seul possible

Il s'agit aussi de convaincre le propagandiste lui même qu'il n'agit pas dans l’intérêt du dictateur et qu'il fait autre chose. Le propagandiste doit pouvoir croire, en l'affirmant, qu'il n'est pas un propagandiste et la propagande doit lui donner les moyens de pouvoir faire ça

Quand tu expliquait aux pro-Poutine que objectivement non Caen n'est pas en Pologne et que 6 juin 44 et 8 mai 45 c'est pas la même chose ça se mettait à buguer: réclamer l'invitation de Poutine est possible et légitime sur un plan politique mais en admettant qu'on est pro-Poutine

Or la propagande n'est pas du tout prévue pour ça. Faire admettre aux gens qu'ils sont pro-Poutine est en fait un échec de la propagande, d'où le bug

A part quelques très rares exceptions l'immense majorité des pro-Poutine sont convaincus qu'ils ne le sont pas, la propagande ayant pris soin de toujours donner les moyens de son propre déni. Et même une part considérable de la propagande est dédiée à son propre déni

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