Juan Branco ✊ Profile picture
Fondateur des https://t.co/XAmacr4RwW Previously at Yale, ICC, Max Planck, French Foreign Affairs... Veritas odium parit. A l'ombre de la nuit brune, on arme les esprits.

Feb 16, 2020, 24 tweets

[Thread] Alors que M. Pavlenski et sa compagne ont été arrêtés et placés en garde à vue, je rappelle qu'il n'y a pas plus grand honneur pour un avocat que de défendre un individu menacé dans sa liberté, a fortiori lorsque la terre entière s'ébranle pour tenter de le dévaster.

En ces situations, il est intenable de proposer une défense froide, qui ne mêle sa parole à celle de son représenté. Cela exige une grande rigueur, car cette démarche présente des risques, tout en ayant l'immense bénéfice de protéger symboliquement la personne accusée.

Alors que les vautours sont de sortie, il est donc temps de m'expliquer, et d'expliquer pourquoi tout le jeu de délation qui se met en place - tout en prétendant à grands feux défendre la vie privée - n'a qu'un objectif: déstabiliser deux individus déjà en difficultés.

Commençons par dire l'évidence: il est absurde de tenter de me faire renier, ou même de me reprocher, de m'être tenu aux côtés de celui que j'avais décidé de représenter. Bien que je comprenne l'émoi que son action ait pu susciter, c'était la seule façon de tenter de le protéger.

Venons-en maintenant aux faits, et à la nécessité de rappeler que l'action de Piotr Pavlenski s'inscrit dans un long engagement politique, qui vise à révéler les points de tension des sociétés où il vit. Travail pour lequel il a reçu l'asile en France, et où il l'a prolongé.

Si j'ai été heureux de voir ce couple, dans son innocente folie, se jouer de tous pour révéler à quel point cette société sombre dans la plus scabreuse inanité dès qu'on lui propose une fixation libidinale, je n'y ai pas évidemment pas participé. Comment sinon les représenter ?

Des journalistes l'ont insinué à tort, s'appuyant sur mes liens avec Piotr pour accroire l'idée d'une conspiration, utilisant pour cela des informations policières biaisées, présentées comme des scoops vérifiés, sans enquêter (@CamillePolloni @azizzemouri1 @MarcLeplongeon).

Leur absence complète de déontologie, à bien d'étapes de la rédaction de leurs articles, a eu un effet pernicieux: mettre en danger la possibilité d'une défense sereine de deux personnes dont la liberté est menacée. C'est maintenant toute leur stratégie de défense qui est en jeu.

Le cheminement des contenus obtenus par Pavlenski sera explicité par ce dernier. Reprenons: ceux-ci m'ont été présentés dans des conditions similaires à celles décrites par Mediapart, quelques jours en amont, afin que je donne mon avis en terme de droit, ce que j'ai fait.

Avec la plus grande rigueur et en les prévenant des risques encourus. La suite est connue: le premier jour de mise en ligne du site internet, son audience a stagné, avant qu'un article publié sur @MediapartBlogs ne relaie l'information, et qu'elle se voit partagée sur un forum.

De là que, probablement, @sonjoachim ait été prévenu. Reprise par @dr_l_alexandre puis des groupes de GJ, l'information se voyait "validée" par la publication du député, plus de 36h après le 1er post. Libération a alors interrogé Piotr Pavlenski, qui a revendiqué le geste.

Alors que la vidéo avait été publiée et commençait à circuler, il m'a été demandé de relayer l'information. J'en ai parlé notamment avec certains proches. Certains, qui avaient été contactés par Piotr, avaient décidé de la partager. Je ne l'ai pas fait.

Ma lourde opposition à M. Macron, et mes critiques féroces quant au travail de M. Griveaux, se situant sur un autre registre, et ayant toujours agi de front, je n'en avais aucun désir. Sollicité afin de savoir de quoi il s'agissait, j'ai répondu en expliquant le geste.

C'est ce que M. Pavlenski m'avait demandé. Que mon engagement contre le pouvoir actuel, ainsi qu'au préalable auprès d'Assange aient amené M. Pavlenski à me choisir en confiance en tant que conseil, est évidence.

J'éprouvais un grand respect pour l'oeuvre que Piotr Pavlenski a construit en résistance au régime autoritaire russe. C'est pour cela que j'ai alors accepté de le défendre.

C'est en sachant la sincérité de sa démarche, en étant convaincu qu'il n'était ni manipulé ni inscrit dans un quelconque complot, et ne me gardant de toute explicitation de mon jugement quant à la pertinence du geste, que je me suis engagé.

Piotr ne s'était pas trompé. C'était comme si la France avait comme explosé en un puissant rire, avant de s'en montrer dès l'instant d'après embarassée. Alors que les consultations du site internet dépassaient le million de vues, la classe dominante était paralysée.

Alors a commencé le bal des faux-culs télévisés, dégueuli de commentateurs et politiciens fascinés, commentant obsessionnellement l'affaire tout en faisant mine de condamner, menant des chasses aux sorcières pour tenter de se dédouaner, craignant à tout instant d'y être associés.

Cela m'a renforcé dans ma détermination à défendre Piotr Pavlenski. En France, un homme politique tombe parce qu'il a montré son sexe, et non parce qu'il a menti, pillé, éborgné. Pavlenski n'a agi qu'en révélateur de notre absurdité, avec un énorme succès.

Il ne sert dès lors à rien d'être solennel en cette affaire: tout est pitoyable en ceux qui l'ont commentée, tant pour se parer d'une indignation larmoyante - que pour se draper d'une supériorité morale, au nom d'un ordre bienséant qu'ils font paradoxalement mine de dénoncer.

L'exposition de cette tartufferie est un succès en soi. Mais comment par ailleurs ne pas être heureux d'avoir vu un président ennivré de sa puissance s'enfoncer à l'étranger en des propos délirants et complotistes, déstabilisé par la la sauvage liberté d'un couple d'anarchistes ?

Comme ne pas être être surpris de voir un homme politique honni, qui se voulait tout puissant, se sortir lui-même du jeu, sur un motif si insignifiant, alors que rien ne semblait le toucher ?

blogs.mediapart.fr/juan-branco/bl…

Comment ne pas être être impressionné, enfin, qu'un être comme Piotr Pavlenski, homme au courage bordant la folie, ait montré aux Français, à travers une affaire minable et anodine, la fragilité d'un pouvoir que l'on pensait impossible à bousculer ?

Un pouvoir politique aura, quelques jours durant, craint de sombrer à cause d'un film pornographique autoproduit par l'un de ses membres, récupéré par un anarchiste épris d'amour et relayé par des trolls qu'il avait lui-même engendré. Voilà ce qui devrait nous sidérer.

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