Loris Guémart Profile picture
Web-trotter. Cynique (un peu). Curieux (beaucoup). Journaliste @arretsurimages. loris.guemart@arretsurimages.net Aussi : https://t.co/zVGh4DLb7y ou Mastodon

Jun 4, 2020, 18 tweets

J'attendais que @arretsurimages publie (article du collègue @Tony_LePennec) pour vous parler des éditions départementales de @le_Parisien, et de l'immense perte que représenterait une régression de locales déjà saccagées de façon incompréhensible de 2016 à 2019 par la direction.

Mes constats sont issus de 5 ans de concurrence, de 2014 à 2019, dans les Yvelines et les Hauts-de-Seine (coucou @LeParisien_78 @LeParisien_92). Le quotidien était intouchable autour de 2010, toujours ou presque premier (et respecté) sur l'info locale.

À partir de 2015, il a enchaîné "les nouvelles formules" aux articles toujours plus court, avec plein de brèves. Les articles de fond devenaient de plus en plus difficiles à produire. Jusqu'à l'épuisement des localiers, en dépit de leur bonne volonté...

Pourtant, et malgré les reproches que je pouvais faire, faute de directives claires sur la déontologie (les citations des autres titres, notamment) et d'ambition éditoriale (plus court, plus d'articles !), ils n'ont jamais cessé d'être indispensables.

Le circuit d'une info, surtout sur des sujets politiques et sociaux sensibles, passe en effet presque toujours par Le Parisien. Qui, grâce au réseau patiemment construit par ses localiers, peut déployer une force de frappe importante.

Et sa réputation importe dans le grand jeu de la démocratie locale. C'est ainsi souvent lui qui force un maire ou la préfecture à s'expliquer, élus et institutions ne se gênant pas pour ignorer les citoyens, blogueurs, sites web et hebdos d'actu locale.

Ce n'est pas tout : contrairement à ce qu'affirme sa direction, Le Parisien a aujourd'hui des mailles relativement larges par rapport au journalisme des hebdos locaux. Il est en réalité déjà à la limite de perdre ses relations avec certaines sources.

Pour les citoyens, l'émulation entre journaux locaux est toujours un gain net, surtout quand ils se comptent sur les doigts d'une main : la diversité médiatique est garante de + d'infos. Si vous saviez tout ce qui n'est déjà pas couvert en Île-de-France...

La concurrence est aussi garante d'un meilleur travail des localiers de tous les journaux du coin. Et un débouché possible pour des infos qu'on ne peut sortir dans son propre titre, pour des questions de ligne éditoriale ou de pression politico-économique.

Bref, soyez assurés, habitants d'Île-de-France et de l'Oise, que la réduction de la couverture locale du Parisien aurait de puissants effets déletères sur la démocratie, sur l'information, sur la visibilité des problèmes et initiatives de 10M d'habitants.

En septembre 2019, un changement de cap avait été amorcé, avec la création des bureaux thématiques régionaux comme et un retour à des sujets de fond, plus longs : les localiers étaient heureux de laisser derrière eux l'époque précédente.

S'ils savaient alors que c'est la fin de leur exercice du journalisme local qui se jouerait 9 mois plus tard... les bureaux thématiques étaient utiles, mais les amputer de la remontée d'informations et des sources des locales ne fait pas de sens.

"Une grosse rédaction régionale qui alimente ce cahier, puisque chaque édition départementale comprend un chef d’édition, un chef adjoint, un numéro trois, et sept à huit journalistes en plus"
mediapart.fr/journal/france…

"La direction veut faire du régional, pas de la locale, regrette, amère, une journaliste [...]. Alors qu’elle sait très bien que c’est en restant au plus près du terrain que l’on remonte des informations, y compris jusqu’à l’échelon national."
lemonde.fr/economie/artic…

"L'info de proximité, c'est celle par laquelle tout commence. [...] Si on se prive du lien des acteurs locaux, des associations, des élus, si on minimise, on va se priver de ce relais là et à terme de belles informations"
francebleu.fr/infos/economie…

"L'édition @LeParisien_60 a été créé en 1960 par le fondateur du journal, Emilien Amaury, bien avant l'édition Ile-de-France. Ses trois agences sont situées à Creil, Compiègne et Beauvais. Elles rassemblent aujourd'hui au total une vingtaine de salariés."
france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-franc…

"Le Parisien aura toujours un ancrage national et local fort [...] l’objectif est toujours d’aller au plus près des attentes des gens et de le traduire sur tous nos supports." Belle langue de bois...
lefigaro.fr/medias/le-pari…

Quelle tristesse : l'ancrage local fort de @le_Parisien, promis par la direction suite aux protestations de ses localiers dans toute l'Île-de-France, se résumera donc bien à un unique cahier régional... avec 30 postes supprimés. Grosse perte en #PQR.

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