Mage noir contre les gredins 🗡 Profile picture
Défenseur du vin contre les américanoïdes.

Sep 17, 2020, 23 tweets

La passion de David

CHAPITRE 2: La fougue de Cathy

Résumé du chapitre précédent: Alors que le concert prend fin sous les acclamations du public qui en redemande, David s’éclipse malgré les remontrances de son manager Bobby et de sa femme Cathy. Prétextant une grosse fatigue, il se fait livrer un colis spécial dans sa loge.

David ouvrit le paquet avec une fébrilité et un soulagement qu’on pouvait lire sur son visage, sans feinte cette fois. D’une main leste, il sortit l’objet qui l’obsédait depuis quelques jours, sur cet objet on pouvait lire “La chartreuse de Parme”.

Il jeta un dernier coup d’oeil à la porte, “si seulement on pouvait la fermer à clé” et ouvrit le livre à l’endroit où il avait marqué la page, d’une écornure généreuse.

L’odeur du papier jauni et moucheté par le temps emplit les narines d’un David qui préférait ces sensations olfactives à l’agressive cocaïne que son manager Bobby consommait comme du petit lait.

Lire, c’était sa drogue depuis quelques temps. Mais ce plaisir, il le pratiquait dans le plus grand des secrets, lorsque personne n’était là pour le voir. Sa crainte était qu’on le surprenne. En fait non, c’était la plus grande crainte de Cathy, et celle de David par procuration.

Elle ne cessait de lui répéter, quand elle le surprenait, que “si ça se sait David, ta carrière est foutue”. Bien sûr Bobby était du même avis, et c’était là les deux seules personnes dans la confidence.

David était condamné à une éternelle retraite intellectuelle. Mais vaille que vaille, tous ses moments de solitude étaient désormais consacrés à l’étude et à la littérature française du XIXeme siècle;

Balzac, Sand, Vigny, Hugo, Stendhal, Zola, Lamartine, Nerval et d’autres encore, il les dévorait sans ménagement. Pour l’heure c’était donc Stendhal, et après avoir refermé Le rouge et le Noir, il s’était aussitôt précipité sur La Chartreuse de Parme.

Alors que le récit approchait du moment fatidique ou le jeune Fabrice devait occire le saltimbanque Giletti et que David commençait à transporter son esprit vers les contrées milanaises et napolitaines,

alors même qu’il embarquait pour de passionnelles rêveries littéraires, la terrible porte de la loge s’ouvrit avec fracas.

Devinant la gravité de la situation, David jeta le livre dans la petite poubelle en plastique qui se trouvait à la gauche du canapé, model “Alain Soral”. Mais déjà Cathy se dirigeait vers lui avec un allant qui semblait à la fois vindicatif et plein de sensualité.

Allait-elle le sermonner une fois de plus, ou…?: “David, prend moi!”, Cathy avait prononcé ces trois mots d’amour en un râle félin dont la petite robe léopard soulignait les hanches et les mots.

- Mais ma Cathy, je suis fatigué, et puis…rétorqua mollement le DJ star.

- Graaaaaaaaaaaand fou! C’est ce qu’il reste de tes forces que je viens prendre!

“Oh non! C’est le retour de Cathy la fougueuse” se dit le pauvre David qui déjà, voyait les mains baladeuses de son épouse lui agripper le paquet avec une poigne féroce.

Cathy la fougeuse, c’était l’une des facettes intimes de Cathy; tout comme le Docteur Jekyll a son Mister Hyde, Cathy portait en elle deux personnalités antagonistes, Cathy la fougueuse donc - pleine de passions amoureuses - et Cathy la fugueuse, son pendant timide et réservé.

Si c’est bien la fougueuse qui l’avait séduit - un soir de grande beuverie aux Bains Douches, la célèbre boîte de nuit du 3e arrondissement où la tigresse officiait comme serveuse - c’est la fugueuse qui l’avait charmé et avait fini de le rendre fou amoureux.

Mais ce temps était lointain et depuis qu’il avait lu L’Amour et l’Occident du célèbre philosophe Denis de Rougemont, il ne parvenait plus à se convaincre de la nécessité de la flamme en amour, et rêvait plutôt d’Agapè, mais avec Cathy? Il était dans l’incapacité de le dire.

Tandis qu’il songeait à sa vie, ses choix, ses désirs et ses illusions perdues, Cathy le chevauchait telle une amazone prise dans une bataille sans merci, décochant ses flèches d’amour et jouant des étriers sur les cuisses meurtries de son époux.

Elle était une femme guerrière, une combattante, une Alexandre conquérant le monde par la force de ses cuisses musclées, affermie par des années de canasson.

“Daviiiiiiiiiiiiiiiiid ouiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii”, enfin, Cathy avait parachevé son oeuvre de sensualité féline. David était vide, inerte, semblable à ce t-shirt “fuck me i’m famous” qui gisait à ses côtés. Seuls les derniers soubresauts de Cathy agitaient son corps.

“Fuck me, i’m famous”. Baise-moi, je suis célèbre, où l’apologie narcissique de l’individu et de la réussite. Pense-t-on à tous ces bourges laids comme des poux mais qui, n’étant pas célèbres, en deviennent des mages noirs involontaires.

Enfin, sans un mot, Cathy prit la fuite en baissant sa jupe; "Cathy la fugueuse". Et David, dans un dernier effort, tendit le bras pour se saisir d'un vieux morceau de fougasse, dans l'espoir de retrouver quelque force vitale. "Cathy la fugueuse, David la fougasse" ironisa-t-il.

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