#QuizAmeliorationDesPlantes
N°39
Crocus sativus & le safran
Réponse
L'actualité colchique vous a fait tomber dans le panneau , c'est bien la triploïdie qui caractérise aussi Crocus sativus vous êtes passé a un cheveu !
La colchicine est produite notamment par la colchique d'automne Colchicum autumnale qui est de la famille des Liliaceae (tulipe, lys, muguet ...) et non par le Crocus sativus qui est de la famille des Iridaceae (glaïeul, iris, freesia ...)
photo Par Dr. Killer
En effet le Crocus sativus est donc triploïde et ainsi ... stérile !
Si cette affirmation n'est pas évidente pour vous (et pour les autres c'est toujours bon de réviser) j'en avais parlé dans le quiz 23
En revanche , mes excuses, je viens de me rendre compte que je n'avais pas donné le bon lien sur la triploïdie dans la question de vendredi ...
Ainsi la production de safran (organes femelle) est assurée par des plantes que l'on propage par multiplication végétative seulement car la production de gamètes anormaux ne permet pas le passage a la prochaine génération par reproduction sexuée.
Si ce mode de reproduction des végétaux vous est inconnue je vous renvoie sur un fil ici
Cette reproduction a l'identique (reproduction clonale) du fait de la triploïdie limite grandement les possibilités d'amélioration variétale parce que :
- la base de la variabilité génétique du Crocus sativus est extrêmement étroite (une origine unique)
- les croisements avec des espèces apparentées d'intérêt sont quasiment impossible (cf pb de triploïdie)
- la seule variabilité observée est la variabilité naturelle (je n'ai pas trouvé de variétés issues de mutagenèse aléatoire dans la base de donnée de l'IAEA 🔽)
La récolte du safran remonterait au moins à 3600 ans (1600 BC), et se retrouve bien documentée dans des fresques minoennes retrouvées dans les iles cyclades et en Crete (Gréce)
En revanche la première preuve de culture de Crocus triploide peut être trouvées dans l'atlas botanique de Théophraste : Historia Plantarum (350–287 BC).
Il y décrit la plante donnant le safran et la propagation par les cormes (organe de réserve souterrain ayant l'aspect d'un bulbe mais formé d'une tige renflée entourée d'écailles)
L'origine de ce Crocus cultivé qui possède des stigmates plus longs, de couleur plus foncée, et avec un arôme plus prononcé que ces cousins sauvages posaient encore question il y a quelques années.
De même la triploïdie chez Crocus sativus a été longtemps débattue. En effet 2 hypothèses ont émergées :
- Une auto-polyploidisation issue d'un seul ancêtre progéniteur
- Une allo-polyploidisation issue de 2 espèces parentales
Mais une étude récente (dernière dans les sources) semble trancher en faveur d'un seul ancêtre : Crocus cartwrightianus retrouvé à l'état sauvage dans ces iles et qui présente des variations phénotypiques importantes
Les auteurs ont reconstitué les "liens de parentés" entre les différentes sous populations de Crocus cartwrightianus au sein des iles Egéenes permettant d'identifier le parent le plus proche de Crocus sativus sur l'Attique (péninsule athénienne)
La population sauvage de Crocus cartwrightianus d'Attique au nord de cette région se relève effectivement être la plus proche de Crocus sativus
Les données suggèrent donc que l'Attique est la région où la culture du safran, quelque part entre 1600 et 350 BC, a privilégié un variant triploïde de Crocus cartwrightianus.
Les humains l'ont probablement choisi pour ses qualités aromatiques supérieures aux autres populations de Crocus. Qualités qui se sont avérées stables générations après générations de multiplication végétative.
Les auteurs soulignent également un point interessant : les régions actuelles de culture de Crocus sativus comme l'ouest du bassin méditerranéen (Espagne, Maroc) ou Asie occidentale et du Sud (de l'Iran jusqu'a l'Inde) ne sont pas les régions endémiques
de Crocus cartwrightianus qui lui est restreint a l'est du bassin bassin méditerranéen. Ainsi la culture de Crocus sativus s'effectue dans des climats plus secs et/ou avec des altitudes plus élevées.
Ce changement de niche écologique pourrait être du au passage à la triploïdie. Il reste maintenant a déterminer quelles peuvent être les traits influencés par cette polyploidisation à partir de Crocus cartwrightianus.
Toutes ces connaissances seront probablement utiles pour dépasser la faible variabilité génétique et ainsi l'amélioration variétale future de Crocus sativus.
Merci de m'avoir lu
Fin du fil
Sources
researchgate.net/publication/32…
Share this Scrolly Tale with your friends.
A Scrolly Tale is a new way to read Twitter threads with a more visually immersive experience.
Discover more beautiful Scrolly Tales like this.
