Une frange difficile à estimer mais bruyante de l'opinion publique malienne considère les ex-rebelles du MNLA (désormais regroupés dans la CMA) comme des "terroristes". Cette vision semble aujourd'hui défendue par le Premier ministre lui-même 1/ fr.sputniknews.com/20211008/le-pr…
Au contraire de cette frange de l'opinion, les Français, en intervenant militairement en 2013 dans le cadre de l'Opération Serval, ont établi une séparation nette entre mouvements armés du Nord. Ils n'ont appliqué le label "terroristes" qu'aux seuls mouvements djihadistes... 2/
... faisant des séparatistes du MNLA des interlocuteurs politiques légitimes et permettant leur ré-installation dans leur bastion de Kidal. Rétrospectivement, ce choix est vu comme le péché originel de la France qui empoisonne les relations entre Paris et Bamako 3/
En 2013, le choix aux implications durables des Français était motivé, il me semble, par au moins trois raisons: i) le MNLA était vu comme un possible allié dans la lutte anti-djihadiste 4/
ii) le MNLA était vu comme l'héritier des précédentes rébellions dont il fallait casser la dangereuse cyclicité par un règlement politique durable; iii) le retour des FAMAs à Kidal présentait un risque élevé d'exactions contre les civils 5/
Le point i) a fait l'objet de tentatives après 2013 qui ont échoué car les Français ont beau se croire plus malins que tout le monde, ils ne comprennent pas spécialement bien les dynamiques politiques du monde tamacheq 6/
Au passage, ces tentatives n'ont pas été très discrètes. Elles ont même été filmées par les médias français et sont en accès libre (Choguel regarde Canal Plus). Par ailleurs, elles ont provoqué une terrible série d'assassinats ciblés à Kidal 7/ dailymotion.com/video/x580a8k
Le point ii) a donné lieu à l'Accord de paix et de réconciliation, qui est sûrement bourré de défauts dans sa conception et sa mise en oeuvre mais qui est l'un des rares canaux institutionnalisés de dialogue entre le Nord et le Sud 8/
Le point iii) était loin d'être farfelu. Des exactions ont été commises contre des civils à Sévaré ou Gao dans l'immédiat sillage de Serval. Le bilan des FAMAs en matière de respect du Droit international humanitaire n'est toujours pas fameux 9/
Par la suite, l'Etat malien a cherché à regagner Kidal par ses propres moyens: par un coup d'éclat transformé en fiasco en mai 2014, via le Gatia, via des tentatives d'émiettement politique de la CMA (en essayant de récupérer certaines de ses composantes) 10/
Rien n'y a fait. L'Etat malien rencontre des limites objectives à "reconquérir" Kidal qui ne doivent cette fois rien à la France. L'APR a néanmoins permis un retour des FAMAs sur place en février 2020 francetvinfo.fr/monde/afrique/… 11/
On en revient donc à l'APR, qui, bon an mal an, assure une forme de stabilité entre Kidal et Bamako. Kidal existe comme force politique. La CMA a renoncé à tout séparatisme et a des représentants dans le gouvernement malien 12 et fin/
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