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Apr 6, 2022, 20 tweets

Hé biloute ! Quo q’t’en pinse ? el’ch’timi c't’ eun langue o un accent ?

Le « ch’ti » : langue ou accent ? Un thread sur le statut du ch’ti, ou chtimi, réalisé dans le cadre d'un devoir universitaire de #sociolinguistique (merci Paris 3 et @MarCandea)

Ce thread se base sur un article de Smirnova et Dawson : « La ch’tite famille » : Derrière le film à accent local, un chantier de politique linguistique ? qui questionne l’impact des films de Dany Boon sur la perception du ch’ti.

Smirnova et Dawson se demandent si l’usage dans les films de Dany Boon a renouvelé les représentations du ch’ti et s’ils ont eu un impact positif sur les habitants de la région. Ils questionnent à ce titre l’existence d’un « projet de politique linguistique ».

Calvet (2015) définit la politique linguistique comme « un ensemble de choix conscients concernant les rapports entre langue et vie sociale ».
En d’autres termes, Smirnova et Dawson se demandent si la Ch’tite famille présente un projet concret de revalorisation du ch’ti.

Smirnova et Dawson parlent de « dépasser le « ch’ti » comme accent du Nord pour le réinsérer, au niveau des représentations, au sein du picard comme langue. »

La Ch’tite Famille encouragerait à voir le ch’ti comme une langue régionale qui pourrait se traduire et s’enseigner.

Mais pour pouvoir parler de « politique linguistique », il faut que la variété considérée ait le statut de langue. Pourtant, on aurait plutôt tendance à parler "d'accent ch'ti": la situation se complexifie.

On va se concentrer sur la partie 1 de l’article de Smirnova et Dawson:

Il te résume la situation sociolinguistique du Nord de la France en trois points :
➡️Le rapport du ch’ti au picard ;
➡️La stigmatisation par ses locuteurs ou non du ch’ti via les représentations qui lui sont associées ;

➡️La remise en question de l’existence d’un « accent ch’ti » au profit du statut de langue.

Si tu veux en apprendre plus sur les implications politiques des films en ch’ti, je t’invite à consulter plus en détail les parties 2 et 3 de l’article !

En attendant, on continue :

Nous parlerons du ch'ti en situation de diglossie avec le picard et le français standard.

🆕Diglossie : coexistence entre des variétés apparentées d’une langue (Fergusson, 1959)

🆕Français standard : variété de français construite, régie par les dictionnaires et les grammaires

Chaque variété correspond à différents usages. Le picard s’opposerait par son usage au français standard : l’un serait réservé à des rapports familiers et l’autre à des milieux formels. Canton (1990) propose une typologie qui les hiérarchise en 4 catégories ⤵️

Mais le ch’ti c’est du picard, oui ou non ? 🤷
Selon la base Ethnologue, le « ch’timi » est une appellation alternative du picard. Pourtant, il est considéré dans les représentations comme un « accent », voire une variété hybride entre français et vrai patois, non une langue.

🆕Représentation : ensemble des savoirs naïfs qu'on ne cherche pas à modifier qui permettent de hiérarchiser les pratiques langagières en fonction de ce qui constitue pour nous des marqueurs de prestige.

Tu suis ? On continue alors !

Le ch'ti, lui, est doublement stigmatisé.

Pour les non locuteurs : le ch'ti est relégué au plan d’accent « grossier », « brutal » ou « craché » (propos recueillis par Landrecies, 2001).

Puisqu'elle est créatrice d'insécurité linguistique, la pratique du picard a fortement diminué chez la jeune génération.

L’idée selon laquelle pour réussir socialement, il faudrait parler en « bon français » (français standard, sans accent) persiste.

À l'inverse, le ch’ti est dévalorisé par les locuteurs du picards, qui se considèrent garants de la variété légitime du français régional du Nord.

Pourtant, grand paradoxe, les films de Dany Boon ont largement démocratisé l’appellation « ch’ti » hors de ses frontières linguistiques en référence aux variétés de français régionales du nord de la France donc…du picard.

Malgré la réunification administrative des Hauts-de-France, l’écart culturel entre picard et nordiste reste présent : "parler ch’ti" renvoie à un passé minier et industriel sur lequel se base une identité commune au Nord-Pas-de-Calais seulement.

L'« accent ch’ti » renvoie sur le plan linguistique à une prononciation particulière certes, en partie partagée avec le picard ou d’autres langues régionales mais possède aussi une créativité propre !
Quelques exemples tirés de l'article, à partir d'une expression ch'ti connue:

Le "chtimi" c'est donc une variation du picard, parlée sur le territoire du Nord-Pas-de-Calais, donc une langue (!), dont les spécificités reposent moins sur une réalité linguistique régionale distincte que sur des représentations, largement diffusées par les films de Dany Boon.

L’article se demande : Un film de divertissement utilisant l’accent comme ressort comique peut-il renverser les représentations associées à un parler déjà stigmatisé ?
Smirnova et Dawson répondent par l'affirmative, je ne m’étends pas plus, mais la question reste ouverte ! 👊

Merci à toi d’avoir tenu jusque-là !
N’hésite pas à réagir sous ce thread et à me poser tes questions !

Shoutout à ma région natale et au ch'ti que j'adore détester. (Et on finit sur une photo de terril histoire d'être bien cliché⛰️)

L'article ➡️➡️➡️ glottopol.univ-rouen.fr/telecharger/nu…

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