C'est l'heure du replay ! Et ce soit, on sort de la poussière un thread qui vous avait bien intéressé voici tout juste un an… Le match Land Sparing /Land Sharing… C'est reparti ! 1/n
Land sparing versus Land sharing. Si le sujet n’est pas vraiment grand public, il fait l’objet d’âpres discussions. En clair, pour résoudre les problèmes qui sont les nôtres (alimentation, environnement) vaut-il mieux intensifier ou extensifier les productions agricoles… 2/n
Alors oui, le débat est à la fois technique et philosophique mais aussi très clivant. De quoi parle-t-on ? De deux approches opposées pour résoudre notamment la question de la pression que font peser l’homme et son agriculture sur le milieu naturel. 3/n
La question de fond c’est donc comment parvenir à concilier la nécessité de subvenir aux besoins de 9 à 10 milliards d’humains (les quatre F, Food, Feed, Fibre and Fuel) tout en produisant des externalités positives pour la biodiversité et l’environnement. 4/n
Même si vous n’êtes pas familier du sujet vous voyez déjà le chantier… 5/n
La première option consiste à « partager » (sharing) les espaces entre la nature et l’agriculture, à diluer en quelque sorte l’agriculture dans le milieu naturel avec des pratiques plus respectueuses de l’environnement pour produire suffisamment. 6/n
On y conserve la nature dans la trame agricole, l’agriculture bénéficie des aménités de la biodiversité, elle utilise moins d’intrants et est diversifiée. 7/n
La deuxième consiste, au contraire, à concentrer l’agriculture sur des surfaces plus réduites, à l’aide de la technologie, pour laisser les milieux naturels et la biodiversité reprendre une place qui leur avait été ôtée par l’extension des populations humaines. 8/n
Elle est basée sur des systèmes très intensifs mmoins gourmands en espace et consigne le naturel dans des espaces dédiés 9/n
Et là, parce que vous êtes attentifs, vous avez discerné le nœud gordien de la discussion. D’un côté vous avez une vision plutôt « paysanne écolo », de l’autre une vision « industrielle moderne » (je force le trait hein ! Pas taper !) 10/n
Bon, le débat n’est pas nouveau, il a presque vingt ans, voire un demi-siècle si l’on remonte aux propos et aux idées de Norman Borlaug, pape du rendement et de la révolution verte… 11/n
Une fois qu’on a dit ça, on peut rentrer dans le détail, parce qu’il y en a, au moins autant que de subtilités… Vous allez voir. 12/n
C’est un papier largement cité de @benphalan qui a un peu mis le feu aux poudres sur une étude menée au Ghana et en Inde tendant à prouver que le land sparing était + efficace pour préserver la biodiversité, en l’espèce des oiseaux et des arbres. 13/n
science.org/doi/10.1126/sc…
Le premier papier date de 2011 mais il a récidivé en 2018 en précisant que le land sharing, même s’il emploie des techniques agricoles plus « bénignes », n’a pas la même efficacité que le land sparing en matière de biodiversité…/… 14/n
…/… principalement parce que l’agriculture serait « mauvaise par nature ». 😵 15/n
mdpi.com/2071-1050/10/6…
Ce qui valu quelques semaines plus tard, une réponse argumentée de @clairekremen rappelant que sur le long terme, le maintien de la biodiversité des zones protégées n’était pas forcément acquis en raison de l’absence de continuité écologique. 16/n
science.org/doi/10.1126/sc…
Elle avait déjà d’ailleurs milité contre cette approche binaire du débat et souligné que le land sparing avait déjà les faveurs de ceux qui s'intéressent à ces questions 17/n
escholarship.org/content/qt9540…
Bref, essayons de résumer, je prends sur moi les raccourcis et on peut en discuter. Il est reproché au land sparing d’être le cheval de Troie de l’agro-industrie, dans la mesure où c’est le système qui bouscule le moins ses habitudes. 18/n
On lui reproche aussi de ne pas garantir forcément que plus d’espaces seront redonnés à la nature, en raison de ce qui s’appelle le Jevons Paradox. Et qui se vérifie en partie en Inde. 19/n
fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_…
Pour le land sparing, le reproche porte sur la consommation de surfaces supplémentaires, 300 millions d’hectares à l’échelle de la planète si on passe tout en bio. 20/n
Et même au niveau de la biodiversité, les impacts obtenus sont différents. Ainsi le land sharing va plutôt favoriser les espèces généralistes et le land sparing les espèces spécialisées. On ne va pas s‘en sortir. Je vous laisse faire votre biblio… 21/n
Bref, vous en saurez plus en plongeant dans ce passionnant papier de Fred Pearce. 22/n
e360.yale.edu/features/spari…
Loin d’être terminé, le débat fut relancé récemment par une étude publiée en octobre 2021 dans le Journal of Zoologie (Royaume-Uni) qui propose une synthèse des recherches en la matière de la dernière décade et a beaucoup tourné… 23/n
Chez les partisans du land sparing, qui y voit en quelque sorte le dernier clou sur le cercueil du land sharing. Rédigée par le professeur Andrew Balmford, un spécialiste de la question, elle semble en effet donner raison au land sparing. 24/n
Le land sparing pourrait en plus favoriser la capture du carbone en laissant croître les espaces naturels. « Si 30 % de la surface du R.U étaient consacrés aux zones humides et aux forêts, il estime…/… 25/n
…/… que cela permettrait de stocker presque toutes les émissions du pays émises d’ici 2050. Mais pas question de signer un blanc-seing à l’agriculture industrielle, il invite à supporter les petits agriculteurs et à adopter l’agroécologie. 26/n
cam.ac.uk/stories/landsp…
La stratégie nat. pour l’alimentation publiée par le gouvernement anglais l'été 21 reprend d’ailleurs cette trame combinant agriculture à haut rendement, espaces protégés et « poches » d’agriculture traditionnelle pour profiter aux espèces compagnes des activités humaines. 27/n
L’étude complète est là 28/n
…lpublications.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.11…
Cette publication anglaise vient illustrer une autre étude, (@AMLoconto) publiée en 2018, qui s’est attachée à déterminer comment le land sparing a fini par s’imposer dans les cercles décisionnaires au détriment de land sharing… 29/n
sciencedirect.com/science/articl…
Mais vous remarquerez peut-être que la plupart des études conduites et citées ici sont le fait de chercheurs œuvrant dans le domaine de l’écologie. Quid de l’économie, de l’agronomie ? 30/n
C’est la remarque exprimée dans un papier de 2017 publié dans Regional Environmental Change qui vient ajouter une nouvelle couche à la complexité du problème… 31/n
Parce que l’économie, le marché, les politiques publiques viendront se mêler aux impératifs de conservation… 32/n
researchgate.net/publication/31…
Mais comme souvent, la solution est peut-être quelque part entre les deux systèmes comme le résume un papier récent de Péter Batáry au détour d’une approche par le paysage. 33/n
Il faudrait du land sparing pour protéger ce qui reste de sauvage dans le territoire européen, 2,2 %, mais parallèlement ce choix condamnerait les agroécosystèmes traditionnels et les espèces qui ont bénéficié du compagnonnage ancien avec les activités humaines. 34/n
Donc il faudrait, selon lui, combiner avec du land sharing et des pratiques respectueuses de la vie sauvage ‘wildlife-friendly’ pour préserver ces espaces, 15 à 25 % du territoire européen. 35/n
sciencedirect.com/science/articl…
Le propos est un peu plus développé, s’il vous intéresse, dans ce papier très intéressant sur la base d’une approche de la dispute par le paysage. 36/n
link.springer.com/content/pdf/10…
Et puis, là on cause dans l’absolu, mais le jour où il faut prendre des décisions, comment gère-t-on l’affectation des terres à tel ou tel système soulignait-on au Royaume-Uni en 2014… 37/n
royalsociety.org/blog/2014/12/l…
Vous avez compris qu’on pourrait y passer la nuit, j’ai essayé de vous donner quelques éléments pour comprendre les enjeux du débat. Sur ce, bonne migraine ! (et bon week-end pour le coup !)
@threadreaderapp unroll please
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