Hormis la distinction un peu odieuse entre économistes et scientifiques en chapô, ne vous y trompez pas : cet article du Monde est plat comme un trottoir de rue. Et c’est bien dommage !
Après quelques paragraphes bien caricaturaux, …
le billet finit par relayer des propos plus nuancés quoique plus vagues. Cela ne suffit pas à le rendre pertinent. L’article ne fait que ressasser des clichés qu’il aurait fallu dépasser pour informer. ⬇️⬇️⬇️
Premier cliché : l’opposition entre économistes et scientifiques (sic)» , les premiers ignorant bien sûr la physique et les limites planétaires. En vérité, l’économie de l’environnement est très interdisciplinaire et discute de bcp de phénomènes physiques:
Je ne parle pas seulement d’intégrer le cycle du carbone dans un modèle économique. A tous ceux qui me bassinent sur les limites thermodynamiques des gains d’efficience et leur impact sur la croissance, il y a des articles sur ça et nous en parlions ici :
Tous ces travaux publiés dans des revues d’économie et interdisciplinaires comme « Energy », ou « Energy Policy » sont issus d’une longue tradition, et ne se sont pas simplement développés récemment comme le dit l’article.
Deuxième cliché : les économistes postulent Madame, et pis … les scientifiques que ne sont pas les chercheurs en économie aussi, mais ils postulent l’inverse. Dans ce débat imaginaire, tout le monde postulerait, personne ne collecterait de données.
Pourtant, savoir l’ampleur des effets de substitution, et quelles sont les politiques qui incitent à développer des solutions de substitution sont des questions empiriques, sur lesquelles donc économistes et autres experts de l’environnement collectent et analysent des données.
Par exemple, ingénieurs et économistes ont publié ensemble pour tenter de comprendre l’écart entre les économies d’énergies prévues par les modèles d’ingénierie et celles réalisées effectivement, systématiquement plus basses.
Cette littérature a bénéficié de l’apport de l’ingénierie mais aussi des progrès de l’économétrie pour isoler les effets totaux des politiques d’éco d’énergie (qui dépend aussi des comportements : effet rebond, talent des artisans… ) :
On pourrait en dire autant des travaux sur la taxe carbone. Ca aurait été un angle critique intéressant sur les économistes : les économistes se targuent de vivre une rév empirique, et prônent souvent la taxe carbone, mais est-ce qu’ils ont toutes les données pour la défendre ?
Cela aurait été l’occasion pour l’auteure de citer plus d’articles de recherche, ce qui a des mérites quand on écrit sur une discipline académique. C’est sur google scholar et pas en majorité sur google news que se font et défont les consensus entre économistes
Troisième cliché : réduire la recherche en éco de l’environnement à l’économie du climat, et l’économie du climat à Nordhaus, alors qu’on a bcp progressé depuis son modèle initial : medium.com/enquetes-ecoso…
L’article dit bien que le modèle de Nordhaus n’est qu’« un des premiers modèles », mais rien n’est dit, pas même une phrase sur l’évolution de la discipline ; et Nordhaus (avec Gollier) sont cités comme les seuls représentants de l’éco de l’environnement.
Il existe d’ailleurs des sondages sur les économistes en général, et d’autres sur les économistes de l’environnement. Il aurait pu être intéressant de les convoquer plutôt que de fonder son article sur des citations disparates.
Et à nouveau, les économistes de l’environnement ne se contentent pas de quantifier l’impact du RC sur le PIB ou la valeur du capital naturel. Ils tentent d’isoler l’effet des politiques environnementales sur les inégalités : link.springer.com/article/10.100…
Comme je l’écrivais plus haut, ils quantifient l’effet des politiques publiques sur les émissions de CO2, calculent des coûts d’abattement par tonne de CO2 de nombreuses politiques autres que la taxe carbone : pubs.aeaweb.org/doi/pdfplus/10…
Ils documentent le degré d’information des citoyens sur la question climatique, leurs préférences pour les politiques environnementales, et comment les changer grâce à des expériences intelligentes : scholar.harvard.edu/files/stantche…
Il y aussi l’éco de l’énergie. Certains économistes de l’énergie modélisent les systèmes energétiques, et étudient la faisabilité de différents mixs, d’autres étudient l’impact du design du marché sur la production d’électricité…
Cinquième cliché : l’idée que le débat serait structuré entre tenants de la décroissance et tenants de la croissance verte - que seraient les économistes.
C’est oublier : (a) qu’on peut n’être tenant d’aucune des deux positions, notamment parce que la décroissance est un cadre conceptuel étheré, sans implication précise en termes de politiques publiques…
Interrogé sur ce qu’implique la décroissance, Timothée Parrique en est venu à citer … la taxe carbone, entre autres rares propositions concrètes.
En fait, ni la décroissance ni la croissance verte ne sont des politiques climatiques, ou des propositions de politiques publiques en soi, et je ne pense pas qu’invoquer ce débat éclaire la question des clivages sur les politiques à mener pour atteindre le net zéro.
(b) c’est d’ailleurs la position d’économistes que je connais : ni décroissants (parce que le concept est presque vide d’implications précises en termes de politiques publiques), …
ni tenants de la croissance verte puisque personne ne sait prédire jusqu’où ira le découplage mondial, et que dans une discipline devenue très empirique, l’absence de données dissuade quand même bien des économistes de prendre des positions fermes…
et ils préfèrent se préoccuper de questions plus concrètes comme l’impact de politiques précises pour assurer la transition écologique : …struirelavenir472879410.wordpress.com/2021/09/08/le-…
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