Au moment où je rentre d’Israel et de Cisjordanie, j’essaie encore de mettre en ordre ce que j’ai vu, entendu et d’en tirer quelques enseignements, bien sûr parcellaires et critiquables par ceux qui, depuis des années, vivent au plus près du conflit israélo-palestinien. Je prends le risque :
Je sais que ce que j’écris sera aussi critiqué par tous ceux qui ne veulent entendre qu’un camp, qu’une vérité et qui préfèrent ignorer les faits qui ne confirment pas leurs idées préconçues. Je comprends qu’il soit plus confortable de vivre dans le confort de ses certitudes.
Je préfère malgré tout l’inconfort du doute et celui, plus grand encore, du pessimisme. Je reviens en effet plus inquiète encore que je n’étais partie, marquée par l’étendue des souffrances de toutes parts et sceptique sur une quelconque aspiration à la paix où que ce soit.
Les souffrances tout d’abord. Les plaies sont partout : au kibboutz de Kfar Aza, assailli avec sauvagerie. Habitants brûlés vifs, tués à bout portant, militants de la paix pour beaucoup. La liste des atrocités commises par le Hamas contre des civils s’allonge au fil des témoignages.
Le Hamas était venu, lourdement armé, pour massacrer des civils, dans plus de 30 localisations. Le Hamas n’était pas seul, on retrouve des symboles du Jihad islamique. Le traumatisme du 7 octobre et de la sauvagerie du terrorisme islamiste est profond et durable en Israël.
Les familles des otages racontent toutes la même histoire, celle de gens simples, pacifiques, kidnappés au hasard. Le lendemain de notre rencontre, nous apprenions la mort de d’Eden Zakaria, dont nous avions vu les proches. Qu’elle repose en paix. Je continue à espérer pour Dror Or, l’otage que je parraine, un simple fromager du kibboutz de Beeri. La dignité de son frère est impressionnante. Courage à lui.
Partout à travers Israël, le doute s’est installé sur la capacité du Premier ministre Benyamin Netanyahu à assurer la sécurité du pays. Pour autant je n’ai trouvé aucun partisan du cessez-le-feu. Alors que les roquettes visent encore Israël quotidiennement, la riposte militaire fait consensus.
S’ajoute la violence des colons israéliens de Cisjordanie, que rien ne semble arrêter. Ils ont pris les armes, sont réservistes de l’armée et font régner sur la Cisjordanie un climat de peur. Le Territoire palestinien est paralysé, la circulation des personnes gravement entravée.
Jérusalem est vide. Chaque communauté reste chez elle, par peur des autres. Les pèlerins et les touristes ont déserté, Noël a été annulé. Les Chrétiens se sentent pris en étau. Merci @OPoquillon de porter un message de paix dans ce brouillard.
L’Autorité Palestinienne, dénigrée par le Premier ministre israélien, combattue par le Hamas, contestée par une opinion palestinienne chauffée à blanc, est à un tournant. Il lui faut convaincre qu’elle peut porter l’espoir d’un État palestinien. Elle bénéficie d’un soutien constant de l’🇪🇺.
Les souffrances à Gaza sont indicibles. L’UNRWA s’efforce d’acheminer l’aide, comme elle peut, sous le feu des critiques et sous les bombes. L’ampleur de la crise humanitaire, le nombre de morts, l’absence de perspective, tout est glaçant.
il faudra du temps pour que les plaies se referment, beaucoup. Les artisans de paix sont rares et réduits au silence. Toutes les bonnes volontés du monde sont les bienvenues mais suffiront-elles à enrayer la peur et la haine ? Je reviens bouleversée et inquiète, tant domine l’impression qu’il est à la fois trop tard et trop tôt pour la paix. Je ne demande qu’à me tromper. FIN
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