"Liberté égalité fraternité": "Il faut maintenant la réalité de ces mots partout inscrits et qui nulle part ne sont en pratique". Louise Michel parlait des "sauveurs ordinaires de la république financière". Bien sûr qu'aujourd'hui, Louise Michel serait fichée S; et pire encore.🧵
Elle maudissait ce monde inégalitaire. Oui, elle le maudissait littéralement. "C’est l’hiver séculaire, il faut que ce monde maudit s’en aille", disait-elle dans L'Ère nouvelle. Ce qu'elle appelait de ses vœux, dans sa lutte inlassable, c'était "la république du genre humain".
Jusqu'à son dernier souffle, elle s'est battue pour un monde juste et humain, débarrassé de ce qu'elle nommait "la bastille du capital" qu'il fallait faire s'écrouler. Comme la finance, "ce geôlier de la liberté".
[Image: Florence Wojtyczka]
Pour elle c'était certain le capital serait mis à bas par la lutte. "Le capital, spectre auquel il faut mettre le pieu au cœur! Vampire déjà mort et pourtant encore debout, c’est là le véritable ennemi." Elle en était persuadée:"Comme l’anthropophagie a passé, passera le capital"
Mais pour la vraie liberté, pour l'émancipation véritable, il fallait vraiment changer le monde de fond en comble: "Il faudra bien qu’enfin le nid de l’humanité soit sur une branche solide, qu’on en change la base au lieu de perdre le temps à placer autrement les brins de paille"
La république qu'elle désirait en combattant était celle de l'équité: ce qu'elle et tant d'autres en son temps nommaient "la Belle, la Sociale" et même "le Sociale du monde", tant la solidarité internationale y prévalait. Cette solidarité, "l'internationale des mondes".
Elle aimait l'art avec l'espoir qu'il soit pour toutes, tous. Que l'émancipation libère la vie créative de chacune et chacun: "des groupements populaires de poètes et de peintres" découvrant "des effets dont vous restez hantés, des voix inexprimées trouvant des mélopées magiques"
Louise Michel évoquait "la danse macabre des banques, les gaspillages des gouvernements affolés". "Après nous la fin du monde! doivent se dire les tristes sires qui barbotent ensemble des pots-de-vin." Elle espérait "la fin de leur monde". [Photo Serge D'Ignazio]
"Les arts sont à tous; ni l’œil ni la voix ni l’oreille ne doivent être inutiles, nous sommes mauvais étant incomplets. Quand chaque être sera développé dans tous ses sens et dans des sens nouveaux, l’humanité entière aura un degré de développement que nous ne pouvons comprendre"
Ce sens de la création libre dans un monde d'équité, elle l'avait trouvée dans la Commune de Paris: la révolution transforme l'art et la vie. "On voulait tout à la fois arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde".
Elle rêvait d'un art nouveau, libéré aussi du joug colonial, né des musiques indienne, canaque et algérienne qu'elle admirait. Elle avait imaginé un "clavier d’outre-rêve", des sons inconnus en Europe: "ce qu’on jouait sur ce clavier c’était son âme même" "beau à prendre le cœur"
"Je ne parle pas du bonheur idiot des richesses ni de ce qu’on appelle les honneurs, mais de ce qui serait véritablement une joie ; une joie immense capable de faire éclater le cœur." #LouiseMichel
Louise Michel entendait être fidèle aux morts, à l'écoute de leurs combats, de leur sacrifice pour la justice et la liberté. "Est-ce qu'on guérit les morts?", demandait-elle. Pour elle, oui, on pouvait les guérir: par cette loyauté.
Pour elle le régime républicain ne suffisait pas. Parce qu'il ne garantit pas en soi la justice sociale, l'égalité. "Notre République a des rois par milliers. Vous avez beau appeler cela de tous les noms possibles, ils sont les mêmes, ce sont donc des empires autrement habillés."
Après la Commune le poète J.B. Clément avait eu ces mots importants:"Il faut que nos morts nous apprennent à vivre". Si Louise Michel surgit au cœur d'une cérémonie retransmise dans le monde entier, que ce soit pour nous apprendre à vivre: à l'opposé des crimes contre l'humanité.
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