THREAD. Pourquoi, depuis quelques jours, divers partis de gauche sont-ils - comme l'a fait remarquer @GLBouchez ce dimanche - apparemment atteints du syndrome "Gilles de la Tourette" ? 🙂Quand on veut entrer en dialogue, ce ne sont plus qu'invectives et procès d'intention aussi délirants qu'indignes. Plus c'est gros, plus certains représentants de cette gauche s'auto-persuadent que le MR serait une formation "trumpiste", de "droite radicale" voire d'extrême droite ou même raciste.😵💫 Absurde et inacceptable pour notre parti libéral- le plus vieux de Belgique et d'Europe continentale, indissociable de l'histoire de notre pays et qui a participé à toutes les grandes réformes démocratiques - mais il faut essayer de comprendre ce délire. Quelques éléments d'explication. (1/8)
La gauche francophone est dans un grand désarroi. Elle se retrouve dans l'opposition en Région Wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle s'apprête à glisser dans l'opposition au fédéral. Pour elle, c'est un désastre. Et, dès lors, à ses yeux, le futur de la Belgique ne peut être qu'apocalyptique. En effet, le PS, en particulier, est tellement habitué au pouvoir que - tel Louis XIV - il en est arrivé à s'identifier non seulement à l'Etat mais à la démocratie tout court : un gouvernement sans le PS est forcément un gouvernement menaçant la démocratie. Le MR, qui a connu une longue traversée du désert par le passé (13 ans dans l'opposition en RW, 15 ans en FWB et depuis plus de 20 ans à Bruxelles) a une perception plus réaliste et plus modeste des choses.😀(2/8)
Non seulement la gauche n'est plus au pouvoir mais elle n'a toujours pas compris pourquoi. Peut-être (mais ne nous aventurons pas ici dans des conjonctures trop optimistes), le processus de refondation du PS et d'Ecolo va-t-il être l'occasion de procéder à une certaine autocritique. Mais, aujourd'hui, la gauche interprète la victoire du MR comme une victoire du populisme, lequel serait une tendance structurelle déferlant sur le monde. Si cela était vrai, on voit mal pourquoi le MR en aurait bénéficié et pas le VLD. Notons que cette lecture du PS et d'Ecolo est très paternaliste voire méprisante pour les citoyens qui, au lieu de rester sagement dans leur électorat, ont migré à l'extérieur car cédant, forcément, aux sirènes du racisme et du populisme flattant leurs bas instincts. En réalité, cette victoire est l'expression rationnelle d'une classe moyenne et populaire révoltée par les abus, les échecs et les injustices d'une gauche arrogante, communautariste et victimaire de plus en plus déconnectée de la réalité.(3/8)
Mais ce qui est encore plus désarçonnant pour la gauche, c'est que, pour la première fois depuis très longtemps, elle n'exerce plus, en tout plus de manière aussi marquée, l'hégémonie intellectuelle et le magistère moral dont elle bénéficiait jusqu'alors. Quand vous posséder cette hégémonie, vous imposez vos thèmes de société, la grille de lecture pour les interpréter et les solutions que vous défendez. Mais cette position monopolistique l'a progressivement rendue intellectuellement paresseuse ces dernières années, la dispensant même de débattre sérieusement. Quand des intellectuels libéraux voulaient entrer en débat ou opposer des arguments sur des sujets dont elle avait décidé qu'il n'était pas opportun de discuter (communautarisme, islamisme, neutralité, insécurité, immigration, nucléaire, etc.), elle possédait une telle position de force (institutions, médias, associations, revues, etc.) qu'il lui était facile de les évincer, les ridiculiser voire de les exclure du champ médiatique s'ils devenaient trop insistants. En les déclarant infréquentables tout simplement. (4/8)
Mais voilà aujourd'hui, cela ne marche plus. La gauche a perdu non seulement sa capacité à imposer les thématiques de son choix (l'inclusion, la durabilité, le genre, l'intersectionnalité, le combat décolonial, etc.) mais aussi - horreur ! - sa capacité, dans un débat, de disqualifier et de bannir les intervenants qui ne lui conviennent pas. Elle ne comprend plus rien. Pourquoi, alors qu'elle représente le camp du Bien, n'a-t-elle plus le droit d'arbitrer ? Seule explication : le fascisme est à nos portes. Du coup, alors qu'avant, elle mettait les formes pour éluder le débat, aujourd'hui, elle use et abuse du bouton "extrême droite". Mais il ne marche plus. ☹️ Les gens ne sont plus dupes. Ils savent que cette stratégie consiste à refuser de parler de problèmes dont ils souffrent. On assiste dès lors à ce spectacle désolant (et ignominieux) où des représentants politiques qui ne sont pourtant pas des seconds couteaux, appuient frénétiquement sur ce bouton. (5/8)
Cette diabolisation - vile, indigne et insultante - prouve à quel point une certaine gauche - en ne tolérant pas qu'un grand parti démocratique défende des idées et priorités différentes des siennes - piétine les valeurs du pluralisme démocratique et détruit les conditions du débat. Cette incapacité à accepter qu'on peut ne pas être une formation de gauche tout en étant une formation démocratique, qu'on peut être libéral et respectable, cette incapacité trahit une impossibilité à se décentrer et à dialoguer. Heureusement, il reste à gauche de nombreuses personnes possédant cette maturité démocratique.(6/8)
Le MR se droitise-t-il ? Non. J'aurai l'occasion d'aborder cette thématique dans une autre publication. Mais ce qui est sûr, c'est qu'Ecolo et le PS se sont radicalisés ces dernière année. L'un courant après le vote musulman, le second derrière le PTB. Il y a aussi - et surtout ! - chez cette gauche la conviction d'occuper désormais le centre du jeu politique car elle qui accuse le MR de s'extrémiser, dialogue et pactise avec le PTB, l'extrême-gauche non-démocratique. Alors même qu'elle s'éloigne du centre de gravité, elle pense sincèrement et présomptueusement avoir déplacé ce dernier avec elle. Ce fantasme ressemble à ceci : à sa gauche, un PTB désormais respectable et la Team Fouad Ahidar, certes un peu moins recommandable mais, selon elle, à ne pas négliger en raison de l'électorat grandissant qu'il rassemble sous sa bannière. A sa droite, les Engagés de moins en moins respectables car ayant en quelque sorte endossé le rôle du MR. A l'extrême-droite, le MR, évidemment de plus en plus infréquentable. Au centre, elle-même, le cœur battant de la démocratie progressiste et incarnant bien entendu, aujourd'hui comme hier, l'Idée platonicienne du Bien. (7/8)
L'extrême droite doit être combattue méthodiquement et radicalement (à l'école, dans la presse, partout et par tous les moyens). A côté de cela, il est important de comprendre que le diable ne revient pas toujours sous les mêmes habits. Qui est devenu l'un des plus grands vecteurs de l'antisémitisme aujourd'hui ? Qui défend le communautarisme misogyne et homophobe ? Qui cultive la haine de la classe moyenne ? L'extrême-gauche. Elle doit être combattue pour les même raisons, avec les même standards et le même zèle que l'extrême droite. Ceux qui ne veulent pas le faire ne sont-ils pas, en réalité, les vrais complices de l'extrémisme ? Et ceux qui assimilent - à mots couverts ou moins couverts - le MR à Trump, au populisme, à la "droite radicale", à un parti d'ED ne sont-ils pas ceux qui, jetant la confusion dans la population, causent le plus de dégâts à la démocratie alors que nous devrions être tous unis face à ces menaces ? Il est essentiel de renouer un dialogue et de cesser les invectives absurdes. J'invite les vrais socialistes et écologistes démocrates, tolérants et humanistes - que je respecte - à faire cesser ces excès qui avilissent ce grand parti avec qui nous avons longtemps cheminé au cours de notre histoire. (8/8)
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