1/19 Affaire Tavernier - @GregoirePerra (Partie 1)
24 novembre 2025. Tribunal de Rouen.
Procès en appel Perra vs Tavernier.
J’y étais.
@2vanssay était également présente et a publié un retour que je vous recommande fortement de lire en amont.
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Tavernier est seul.
Ma première impression, elle est restée la même jusqu’au bout, c'est celle d’un abandon.
Les soutiens présents en première instance n’étaient plus là.
Et j’ai eu le sentiment, très nettement, que l’appel lui-même n’était plus réellement porté par ceux qui avaient encouragé Tavernier.
Le fait même qu’il ait changé d’avocat est venu confirmer cette intuition.
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Dès lors, quelque chose de plus personnel s’impose. Je commence à éprouver de la peine pour Tavernier.
Je sais qu’il participe au harcèlement de Grégoire Perra.
Je sais qu’il l’a insulté et diffamé.
Je sais aussi qu’il défend un courant spirituel où les dérives sectaires sont importantes.
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Mais voilà.
Je le vois là, seul, faire des allers-retours incessants.
Lancer des regards fébriles vers son avocat.
Tenter de conserver une posture d’homme sûr de lui.
Se tenir droit, marcher d’un pas qu’il veut assuré.
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C’est plus fort que moi... voir quelqu’un en difficulté, quelle qu’en soit la raison, fait naître chez moi de l’empathie.
Cela n’efface rien.
Mais c’est un fait.
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Et d’un côté, je le comprends.
Il a déjà pris cher en première instance.
Et si l’appel échoue, l’exposition sera encore plus lourde.
Les milieux de l’anthroposophie, eux, n’ont structurellement rien à craindre. A part perdre un énième procès indirect contre Perra, ils encaissent, ils absorbent, ils passent à autre chose.
Mais pour Tavernier, ce n’est pas abstrait.
Sa réputation est en jeu.
Son casier judiciaire aussi.
Et avec ça, quelque chose de plus intime encore : le sentiment de honte.
Je pense alors que le soldat Tavernier a été envoyé au front sans savoir que dans les tranchées, c’est la boucherie.
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Il y a aussi la question des dédommagements et des frais.
En cas de défaite définitive, il faut compter les condamnations éventuelles, mais aussi les honoraires d’avocat, déjà engagés et à venir. Je précise ici que je n’ai aucune certitude... il me semble toutefois plausible que l'ANPAPS et, plus largement, les milieux anthroposophiques, apportent un soutien matériel ou financier. Je le dis prudemment, je doute que l’ensemble de ces frais repose uniquement sur ses fonds personnels.
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Ce qui renforce mon sentiment d’empathie, c’est aussi le décorum judiciaire.
La salle d’audience, les robes, la chorégraphie réglée des avocats, le fait qu’il faille se lever à l’entrée des juges.
Tout cela donne l’impression d’une justice présentée comme immanente, presque sacrée.
Et, pour moi, cette symbolique produit surtout un malaise. Quelque chose de factice, de pesant, parfois même d’oppressif.
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Plusieurs affaires ont été plaidées dans l’après-midi.
Trois juges étaient présents.Lorsqu’ils ne dirigeaient pas l’audience, ils ne faisaient même pas semblant de s’installer confortablement en attendant leur tour.
En revanche, ils luttaient visiblement pour ne pas laisser leurs yeux se fermer complètement.
Gênant.
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Force est néanmoins de reconnaître que, lorsque leur tour venait, les juges faisaient preuve d’une énergie réelle, d’une connaissance approfondie des dossiers,
et d’une maîtrise technique impressionnante dans la manière de poser les questions et de structurer l’audience dans la durée.
Il n’y a pas à dire, juge, c’est un métier.
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Après que la juge a posé le cadre (anthroposophie, écoles Steiner, MIVILUDES, Grégoire Perra, les procédures antérieures, Nicolas Tavernier, ANPAPS, ainsi que le jugement de première instance) l’avocat de Tavernier prend la parole.
Il commence par évoquer son propre parcours, son expérience, son vécu, avant d’en venir à sa demande principale : la nullité de la procédure, au motif que certaines injures reprochées à Tavernier devraient, selon lui, être requalifiées en diffamation.
Il dira plus tard, dans ce qui m’a semblé être une forme de défi lancé aux juges, que c’est à eux de voir s’ils souhaitent appliquer le droit… ou pas.
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Je suis doublement choqué.
L’avocat mise sur un vice de procédure.
L’histoire judiciaire montre que ce type de stratégie peut fonctionner.
Mais, du point de vue de l’éthique et de l’intégrité,
gagner (ou faire annuler) un procès sur la seule base d’une requalification entre injure et diffamation me paraît profondément injuste.
Ce genre d’injustice, la justice procédurale sait pourtant l’ignorer.
Et c’est précisément à ce moment-là que je commence à m’inquiéter pour Perra.
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Pourtant, et c’est ainsi que je l’ai perçu, cet argument procédural semblait être le seul réellement mobilisé par l’avocat de Nicolas Tavernier.
Et, pour moi, c’est un aveu de faiblesse.
Si ce vice de procédure ne prend pas, j’ai alors le sentiment que le procès est déjà scellé,
et que Tavernier s’expose au contraire à une peine potentiellement plus lourde.
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Je comprends alors autrement le long monologue de l’avocat. J’ai eu le sentiment que l’essentiel de cette prise de parole ne visait pas à défendre le fond, mais à occuper l’espace.
Non par stratégie brillante, mais parce qu’il n’y avait, tout simplement, pas grand-chose à défendre.
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Et, un instant, je me mets à la place de l’avocat.
Je me surprends à penser, presque à murmurer,
"quelle purge d’être avocat dans ce genre de situation".
Non pas parce que le dossier est complexe.
Mais parce qu’il est, à mes yeux, indéfendable sur le fond
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L’avocat de Perra balaie calmement l’argument.
Il rappelle qu’un même passage peut contenir à la fois des propos injurieux et diffamatoires.
Il l’explique avec pédagogie et concision, sans emphase inutile, ce qui tranche nettement avec le long laïus de l’avocat de la partie opposée.
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Mais, à ce moment précis de l’audience, j’ai le sentiment que c’est cuit pour Tavernier.
Que quelque chose s’est refermé.
Le contraste est là, net, presque brutal.
D’ailleurs, tout au long de l’audience, je n’ai jamais vraiment su trancher : est-ce que l’avocat de Perra était particulièrement bon, ou est-ce que la faiblesse du dossier adverse rendait simplement cette défense évidente, presque mécanique ?
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Sauf que le procès est loin d’être terminé.
Et la suite sera, pour Tavernier, d’une telle dureté que j’ai fini par souhaiter que cela s’arrête.
À voix basse, je chuchote alors à Stéphanie :
"non mais là, ça suffit… on achève bien les chevaux."
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Partie 2 à suivre, un peu plus tard dans la soirée.
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