🌞Et voilà , la Famille Missionnaire de Notre-Dame (FMND) est toute fâchée par l'analyse que j'avais faite du verdict du procès de Privas à l'issue duquel, pour rappel, elle et son supérieur ont été condamnés pour abus de faiblesse (ils ont fait appel).
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Donc, ils ont sorti un premier article me mettant en cause - j'ai pas réagi, c'était trop mauvais - puis cette fois-ci l'arme ultime: un Docteur En Droit Canonique De l'Université Pontificale Grégorienne®. (Et frère de l'institut, évidemment).
C'est ici: fmnd.org/actualite/Actu…
Donc moi, que voulez-vous, du haut de ma petite licence de Lettres modernes, je tremble. Je me dis que je vais me prendre une déculottée (intellectuelle) terrible à coups de canons, de jurisprudences rotales, voire, soyons fous, de citations du Magistère. Donc je lis.
Et au final je tombe sur un papier non de canoniste, mais de petit garçon pleurnicheur, qui agence ainsi son argumentaire:
1/ Natalia Trouiller est méchante et malhonnête, elle fait dire à la visite apostolique de 2020 des choses qui n'y sont pas, parce que la visite apostolique
de 2020 était sévère mais on peut l'interpréter comme globalement positive.
2/ La visite apostolique était méchante et malhonnête.
3/ Tout ça n'arriverait pas si vous lisiez nos Constitutions qui sont vraiment super, croyez-moi sur parole vu qu'on se garde bien de les publier.
Alors bon, moi je veux bien qu’on appelle un docteur en droit canonique, mais s’il n’est pas fichu de faire une seule remarque sur le droit canonique, c’est peut-être bien qu'une telle analyse ne serait pas tout à fait en faveur de la FMND.
Comme je suis bonne fille, je vais faire ce que Frère Martin me demande et ne fait pas lui-même du haut de ses années d’études à la Grégorienne : je vais m’en tenir à une stricte analyse canonique d’un document qu’il ne fournit pas.
Ça a été un peu compliqué mais comme je tenais vraiment à lui faire plaisir, je me suis procuré ces fameuses Constitutions de 2015, comme ça tout le monde y a accès, plus de secrets entre nous ❤️
Vous les trouverez ici : apres-la-ciase.fr/docs/2015/2015…
Il y aurait beaucoup à dire. En fait, en prenant comme modèle la Sainte Famille, on prétend imiter un modèle fantasmé où le Père et la Mère doivent tout savoir de leurs "enfants" pour en faire des saints.
Problème : on ne sait quasi rien de l'enfance de Jésus à Nazareth.
C'est assez pratique, on peut en faire un gamin ultra-obéissant, qui ne cachait rien à ses parents, etc.
Or les Évangiles ne disent qu'une chose de son enfance : à 12 ans, il leur fausse compagnie pour vivre tranquille sa relation à Dieu.
Intéressant non ?
Le résultat dans ces Constitutions, c'est la description assez fascinante d'une famille incestuelle, avec toute-puissance paternelle, assentiment maternel, infantilisation permanente des "enfants" et intimité non grata.
Et canoniquement il y a des tensions, dirons nous.
Le droit canonique (CIC) n'ignore pas, évidemment, le désir d'absolu de la vie consacrée. Mais il lui donne un cadre.
Cadre qui, jusqu'à très récemment, a été allègrement piétiné dans toutes les communautés nouvelles. Et la FMND ne fait pas exception.
On retrouve dans ces Constitutions de 2015 la même confusion généralisée que dans bien d'autres instituts récents qu'on galère aujourd'hui à faire revenir dans l'orthopraxie canonique, parce que non, cher Frère, le problème ne vient pas de moi, comme vous le suggérez aimablement.
Je vous suggère donc que nous prenions cette fois-ci l'angle du droit canonique (CIC), qu'on peut difficilement accuser d'être insensible à la vie consacrée, et d'analyser ensemble quelques articles de vos Constitutions.
(faut quand même pas trembler des genoux pour oser écrire des trucs pareils. D'abord quand on qualifie un doc de "clé de lecture essentielle", on le publie: l'argument "crois-moi" n'est pas un argument, même pour un Docteur En Droit Canonique©.)
Ensuite parler des évêques successifs de Viviers comme de soutiens constants c'est, comment dire ?
Moi quand je lis ceci, je me demande, cher Frère, si vous mentez éhontément ou si vous êtes juste dans un monde parallèle.
Bref, allons-y sur l'analyse.
🟠Art. 26-29: L'obéissance
Comme tous les religieux, les Domini font vœu d'obéissance. Mais d'une façon un peu... Extensive:
🔸 L'art. 28 §2 décrit l'obéissance comme une « disponibilité totale à tout ce que le Seigneur peut nous demander à travers ses intermédiaires humains »,
🔸 L'art. 28 §1 exige l'obéissance jusqu'aux « petites choses ».
🔸 L'art. 29 impose de demander l'accord des supérieurs avant d'agir.
Tout cela déborde largement le cadre canonique (c. 601) qui concerne uniquement la vie de l'Institut et la pratique des conseils évangéliques.
🟠Art. 28 §2 : L'« ouverture » aux supérieurs
Le CIC (c. 630 §5) protège ce qu'on appelle le for interne — c'est-à -dire la conscience personnelle. Les supérieurs n'ont pas le droit d'induire leurs sujets à leur ouvrir leur conscience (surtout dans une section sur l'obéissance).
Or c'est bien de cela qu'il s'agit. Comme tous les groupes fermés, la FMND dispose de son propre langage, qu'il fait pouvoir décrypter. Ici on a de la chance: il y a un glossaire fourni en annexe des Constitutions.
Et Ă Ouverture, on lit ceci:
Si on y ajoute l'article 29, toujours dans la section "Obéissance", qui demande des comptes-rendus des actions et contacts, on voit bien qu'il y a là la mise en place institutionnalisée d'un contrôle des consciences absolument interdit par le CIC (c. 220 et c. 630 §5)
đźź Art. 40: Direction spirituelle
Le droit canonique garantit à chaque membre la liberté de choisir son directeur spi et son confesseur (c. 630 §§1-4, c. 991). Ce n'est pas un détail : cette liberté protège la vie spirituelle de toute ingérence du gouvernement institutionnel.
Or, les Constitutions prévoient que la direction spirituelle sera assurée « de préférence par des prêtres membres de la Famille Missionnaire de Notre-Dame ». Cette « préférence » institutionnelle crée plusieurs problèmes concrets :
🔸 Les prêtres de la communauté sont hiérarchiquement liés aux supérieurs. Comment un membre peut-il parler librement à son directeur spi si ce dernier appartient à la même chaîne de commandement que ses supérieurs ?
🔸 Confusion des fors interne et externe. Le c. 984 interdit aux confesseurs d'utiliser ce qu'ils ont appris en confession dans le gouvernement — mais si le confesseur est aussi membre de la communauté, la pression est réelle.
🟠Art. 44 §8 : L'apostolat
Le texte précise que les Foyers « ne seront jamais exclusivement au service d'une paroisse ni sous l'autorité d'un curé ». Cette formulation est en elle-même acceptable : le can. 678 §2 reconnaît aux religieux leur apostolat propre.
Mais la « mission non limitée à un diocèse » pose un problème plus sérieux.
Un Institut de droit diocésain ne peut pas se placer en dehors de l'autorité épiscopale pour ses activités apostoliques sur le territoire de ce diocèse (can. 678 toujours).
🟠Art. 50 §2: Renvoyer un postulant qui « manque de désir d'union totale ».
Qui décide ?
Qui évalue ce « manque de désir » et selon quels critères objectifs ?
Sur quelle durée ? Après combien de temps ?
Ce qu'on appelle "progression" spirituelle est loin d'être linéaire.
La vie spirituelle, c'est par nature un désert où se croisent des oasis inattendues, un désir ardent qui devient stagnations longues, avancées brusques, reculs apparents. Tout cela en fait partie au même titre. C'est l'expérience commune de toute vie intérieure sérieuse.
Or, si le c. 653 §1 autorise le renvoi d'un postulant sans procédure formelle, dans le contexte global de ces Constitutions, ce pouvoir discrétionnaire sans procédure contradictoire peut facilement devenir un outil de pression
sur ceux qui ne se conforment pas assez vite aux attentes de l'Institut, ou qui ne montreraient pas une sorte de "phase haute d'excitation spirituelle" permanente dont les effets sur la personnalité peuvent être proprement désastreux.
🟠Art. 62 §1 et Art. 60 §2: Le tandem « Père et Mère ».
C'est l'un des problèmes les plus sérieux de ces Constitutions. Elles organisent une co-direction structurelle : le « Père » (Modérateur) et la « Mère » exercent ensemble l'autorité sur l'Institut.
Or le droit canonique (can. 596) attribue l'autorité à une personne, liée à une fonction précise. Ce n'est pas une question de rigidité bureaucratique : c'est une garantie de clarté : on sait qui est responsable de quoi, et qui peut être surveillé par qui.
Quel est exactement le statut canonique de la « Mère » ? Est-elle une vicaire du Modérateur (can. 620) ? Une co-supérieure ? Les Constitutions ne le précisent pas, et le Code de droit canonique ne prévoit nulle part ce type de binôme obligatoire.
On nage en pleine innovation.
Je m'arrĂŞte lĂ , j'ai mieux Ă faire.
Surtout, n'hésitez pas à me répondre cher Frère : cela me donnera sans doute l'occasion de publier davantage de documents que votre Institut n'a pas envie de voir publiés.
Bien cordialement ⏹️
@UnrollHelper unroll please
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