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Guillaume Nicoulaud @ordrespontane
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Il a 30 ans quand Roy Benavidez, Bérets Verts des forces spéciales des États-Unis, débarque au Viêtnam en 1965 pour y servir de conseiller pour une unité de l’infanterie vietnamienne. #Thread
Manque de bol, Roy est à peine débarqué dans cet abominable bourbier qu’il marche sur une mine lors d’une patrouille et perd l’usage de ses deux jambes. Il se réveille dans un hôpital des Philippines.

Fin de l’histoire.
Sauf que non. Ce que les médecins qui lui expliquent qu’il ne marchera plus jamais ne savent pas, c’est que Roy Benavidez n’est pas le genre de gars à baisser les bras face à l’adversité et ce que Roy lui-même ne sait pas encore, c’est qu’il est indestructible.
Le gars est né en 1935 au Texas d’un fermier mexicain et d’une mère d’origine amérindienne. Quand il a 2 ans, son père meurt de la tuberculose et 5 ans plus tard, c’est au tour de sa mère. Ça commence bien.
Il se retrouve avec son petit frère adopté par son oncle et sa tante, à devoir cumuler des petits boulots en plus de l’école pour subvenir au besoin de la famille. À 15 ans, il en a tellement marre qu’il fugue et laisse tomber ses études.
C’est là qu’il découvre un truc fabuleux : l’armée.

Il s’engage à 17 ans dans la Texas National Guard, se débrouille pour devenir para à la 82ème Airborne (ça paye mieux) puis pour rejoindre les Bérets Verts des forces spéciales.
Bref, en 1965, l’armée c’est sa vie et ce n’est pas une foutue mine qui va l’arrêter. Du coup, toutes les nuits et contre l’avis de ces médecins, Roy rampe dans sa chambre d’hôpital jusqu’au mur le plus proche et tente de se remettre sur pied lui-même.
Il y passe une année entière. Une année à souffrir le martyr, encouragé par ses camarades de chambrée. Eh bien croyez-le ou non, il y arrive : en juillet 1966, alors que personne n’y croyait, Roy sort de l’hôpital en marchant.
Évidemment, l’étape suivante c’est de retourner au Viêtnam. C’est chose faite en janvier 1968 : il est affecté à Loc Ninh, un poste avancé des Bérets Verts près de la frontière Cambodgienne.
Le 2 mai 1968 à 13:30, Roy assiste à la messe quand la radio du camp crache un appel au secours désespéré : « Sortez-nous de là ! Pour l’amour de Dieu, sortez-nous de là ! »
C’est une patrouille de reconnaissance de 12 gars — dont 9 Montagnards (une tribu locale dont nous avons déjà parlé ici) — qui s’est retrouvée coincée dans la jungle par un bataillon d’un bon millier de nord-vietnamiens.
Trois hélicos ont bien essayé de les secourir mais ils se sont fait tirer comme au balltrap : c’est déjà un miracle qu’ils soient parvenus à rentrer à la base. Autant dire que les pauvres gars n’ont pratiquement aucune chance de s’en sortir.
Et c’est là que l’histoire de Roy Benavidez tourne carrément à la science-fiction.
Il a à peine le temps de comprendre ce qu’il se passe, que Roy attrape une trousse de premier secours et un couteau, fonce vers un des hélicos et explique aux 3 membres d’équipages et au contrôle aérien médusé qu’il y retourne.
Arrivé sur zone, comme ça canarde dans tous les sens il est impossible d’atterrir. Pas grave : Roy saute et se lance dans un sprint de 75 mètres pour rejoindre la position des 12 gars de l’équipe de reconnaissance.
Dans l’ordre, il se prend une balle d’AK-47 dans la jambe droite et une grenade qui le touche au visage, au coup et dans le dos.

À chaque fois il tombe, se persuade que c’est pas grave, se relève et repart en courant.
Quand il rejoint la position des 12 gars, il s’aperçoit que 4 sont déjà morts. Il soigne les 8 survivants, leur refile des munitions qu’il avait récupérées sur des cadavres en passant et appelle un hélico pour organiser l’extraction d’un premier groupe.
Au passage, il se prend une balle dans la cuisse droite.
Roy tire les corps des soldats ricains vers l’hélico tout en canardant dans tous les sens avec un fusil d’assaut trouvé par terre. Quand il récupère des documents secrets sur le cadavre d’un gars, il se prend une balle dans l’abdomen et des éclats de grenade dans le dos.
Bref, tout se passe bien jusqu’à ce que le pilote soit mortellement touché et que l’hélico de secours se crashe.
Roy, en toussant du sang, se jette sur la carcasse de l’hélico pour en extraire les blessés et former un périmètre de sécurité autour en bousillant tout ce qui lui tombe sous la main. Coup de bol, le soutient aérien qu’il avait demandé arrive enfin.
Un des survivants de la patrouille lui demande s’il est blessé. Roy lui répond que non, « j’ai été touché tellement de fois que maintenant je m’en tape. »
Pendant que Roy encourage les survivants à continuer à se battre, les viêtcongs les canardent au mortier. Évidemment, ils s’en prennent tous une nouvelle rasade ; Roy, lui, a le visage couvert de sang et ne voit pratiquement plus rien.
Miracle : un autre hélico parvient à atterrir et Roy commence à faire embarquer tout le monde à bord. C’est alors qu’il porte un gars passablement amoché sur ses épaules qu’un viet lui donne un coup de crosse et l’envoie au tapis.
Il a juste le temps de se relever pour apercevoir le nord-vietnamien foncer sur lui avec sa baïonnette et lui transpercer le bras gauche. Roy poignarde le type, retire la baïonnette de son bras et repart en courant avec son blessé sur le dos.
L’hélico décolle enfin après 6 heures en enfer et avec 8 survivants. Roy s’est pris — tenez-vous bien — 7 balles (dont une qui l’a traversé juste à côté du cœur), 38 éclats d’obus (il n’a plus de poumon droit) et 2 coups de baïonnette.
De retour au camp, il va de soi que Roy est mort. On colle son corps dans un sac qu’un médecin s’apprête à refermer quand… Roy lui crache au visage. Il est toujours vivant mais tellement amoché qu’il n’a rien trouvé d’autre pour le faire savoir.
On l’évacue dans un hôpital à San Antonio où on lui décerne la Medal of Honor et la Purple Heart. Il aurait dû avoir une Distinguished Service Cross mais personne ne pensait qu’il survivrait assez longtemps pour la recevoir.
Sauf que si. Après une année entière de soins, l’indestructible Roy Benavidez s’en sort vivant.

Évidemment, il rempile illico dans l’armée où il terminera sa carrière.
Quand il lui remet finalement sa Distinguished Service Cross en 1981, un Ronald Reagan passablement impressionné par le bonhomme déclare : « si l’histoire de son héroïsme était un scénario de film, vous n’y croiriez pas. » #Fin
Un grand merci à @_h16 pour l’idée.

Comme d’habitude, je rappelle que le menu est ici :
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