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Je vais dévider cette bobine d'idées qui enveloppent ma tête depuis un moment. Un thread spontané et sans finalité précise. En français par nécessité et non par vanité. Des évènements réels et des conclusions personnelles. Ne perdez pas le fil.
Un hiver glacial dans une maison en briques d'argile aux milieux des montagnes grisâtres de Saghrou, réveil difficile, frottement des yeux pour les libérer du sébum ceck. Pantalon sec donc grognement de la grand-mère épargné check. Je mange, ou pas, j'enfile les sandales
check. A l'école, l'instit, qui n'est autre que le mari de ma tante nous attendait. Ivrogne et fumeur d'herbe il n'était jamais dans un état normal. Sa victime de la journée : Bas3id. il lui casse un doigt en le frappant avec un bâton fait à partir d'une branche d'olive (ironie)
La deuxième victime : mon meilleur ami (on est né le même jour et on était des voisins). Je l'appelle Victor et vous allez découvrir pourquoi. Victor était un enfant typique du douar sauf pour un détail : son père était plus riche que toutes les créatures du douar réunies.
y compris les instituteurs et institutrices et les agents de la commune et le qaid basé à Ikniouen (fils de pute en passant). Ce jour là Victor à débranché le câble émotionnel qui le liait à l'école. Je l'ai convaincu de reprendre juste parce que je m'ennuiais seul. Il quittera
définitivement 6 ans après. Il n'a pas supporté la précarité dans laquelle on vivait à l'internat de Tinghir. Ce qui était pour nous un mini paradis était pour lui une place dans le bagne. Il rentre au douar et s'associe avec la oisiveté pour un bon bout de temps.
La vie dans le douar était aussi grise que les montagnes qui l'enveloppaient. Pourtant pendant l'été la vie reprend ses couleurs après neuf mois en blanc et noir. Les MRE arrivent et nous, enfants misérables issues d'arbres généalogiques dont les racines puisent dans la nappe de
la misère depuis le début des temps, étions émerveillés par toutes ces voitures dont les arêtes comportaient toutes les bonnes choses dont on aura jamais accès. Des vêtements et des bonbons et des jouets (ah ces bicyclettes !) Pour la famille et rien que la famille.
Le père de Victor a fait le choix de ne pas emmener sa famille en France. Je comprendrai par la suite qu'il menait une double vie dans les HML de la Paillade. Victor profitait donc accidentellement de ce choix parental. Son père, pour compenser leur apportait des merveilles
de France. Tant qu'on y est je vais continuer avec Victor et éventuellement revenir après pour parler de Moha (C'est moi Moha ). Alors Victor a grandi vite (abondance alimentaire obligé. Je rigole) et devint mariable (ça n'existe pas mais z3ma il a dépassé les 20 ans)
Sa tante, qu'on surnomme Madame Sambrano (ref. Film mexicain pr ma génération). Championne du monde des mariages arrangés entre famille (conserver la richesse matérielle et immatérielle en interdisant l'accès à la low cast). Lmohim, vous me suivez. Victor est mariée à sa cousine
Sa cousine était une bombe (aux yeux du petit Moha on est d'accord) et Victor était assez content de son sort. On a bu ensemble du pastis mélangé avec du coca la nuit de son mariage. Et il était prêt pour l'aventure. Victor était timide et ne parlait pas un mot en Français
Sa cousine elle ne parlait pas un mot en berbère. Une salade quoi. Kss i7royn je comprends rien à ce que tu dis maraskrgh dghi et ainsi de suite. Je lui ai appris quelques phrases lah ittaqbbal. La cousine retourna en France, Victor courait dans tous les recoins pour préparer
les papiers odakshi. Moi je regagne l'Université au début de Septembre et c'était notre dernière fois où l'on se voyait. Il rejoint la cousine à Nancy 59 si je me trompe pas. Ils viverent heureux ou pas pendant un bout de temps avant qu'il découvre que sa cousine ne l'aimait pas
Elle sortait avec quelqu'un avant pendant et après leur engagement. La fille n'a donc fait qu'adhérer le temps d'un été au conformisme familial. Victor, fier qu'il est et par dessus tout un Oatta avéré, il déprime et s'en veut à mort. Il se mit à boire et à se droguer
La dépression eu raison de lui et nous l'arrachera un jour glacial dans un bar de fortune à la Paillade.
Tout le monde enviait sa vie pourtant. La vie facile, exonéré de la misère, marié à une zmagrie blanche neige, eu les papiers pour vivre en France. Tout ça n'avait pas freiné le destin qui l'attendait dont la trame fut préparé par sa tante Mme Sambrano un jour maudit de l'hiver.
Fin de ce chapitre. Je reprendrai m3a lgana. Bonne soirée et désolé pour le flood.
Je reprends le thread. Après le décès de mon ami d'enfance j'ai essayé d'analyser cette fatalité au travers les conditions qui y ont conduit. D'abord la notion de l'école dans des patelins comme le mien. Les édifices remontent aux années 50/60 et sont faits de blocs d'amiante.
Les élèves trouvaient dans l'école un refuge qui les dispense du labour des champs. Les parents quant à eux y voyaient le chemin vers la prospérité ou du moins une carte à jouer contre la misère. En plus c'est gratuit. Les profs sont à l'époque importés des grandes villes.
Dès étrangers aux allures bizarres parlant un arabe dialectal incompréhensible à la majorité des élèves. Surtout ceux dont la famille ne possédait pas une télé. Des profs qui mendient fruits et légumes et ne peuvent pas sortir la nuit pour aller aux toilettes (toilettes ici
C'est derrière un arbre lointain ou le mur d'une maison inoccupée). Ils leur arrivaient de faire leurs besoins dans des sachets en plastique et les jetaient dans les érables des maisons avoisinantes).
L'école était donc une sorte de décharge de problèmes sociopsychologiques où chacun, élèves et profs, adoucit ses frustrations en faisant semblant d'adhérer à un projet sociétal cohérent. Les élèves faisaient semblant d'être des élèves et les profs d'être des profs.
Je reprends après. N3ass
Reprenons. L'école était donc pour nous un espace où les hostilités avec la "vrai vie" sont suspendues. On avait accès temps des autres enfants sans interférence des adultes. On jouait, on se disputait et on faisait semblant d'être des élèves. Puis il y a la cantine
Oh les dates venues d'Iraq et de la mortadelle halal et les pâtes et le thon (tout ça dans le cadre de l'US AID). C'était un régal et les repas faisait passer la nourriture qu'on nous servait à la maison pour de la merde (pardon maman)
Donc l'école en somme n'a pas donné à Victor aucune satisfaction et n'a pas chassé de sa tête l'idée de suivre les pas de son père : Immigrer et par ricochet devenir riche sans trop se compliquer la vie. Victor n'aimait pas les devoirs, ni les coups de bâton,
ni le droid qui s'installait chaque jours dans ses petites jambes frêles. Il n'aimait pas non plus les professeurs venus de la ville et leur favoritisme envers ceux qui leur apportaient le petit lait et les légumes. Il n'aimait pas l'école mais ils nous aimait nous les autres
faux élèves. L'école ne l'a pas sauvé de son destin. Nous non plus mais nous on était des enfants et les enfants n'ont pas de yeux au côté sombre de la vie. L deuxième élément c'est la banalité de l'oisiveté et l'acceptation générale dont elle bénéficie.
Chez nous au bled, vous me dites pour la ville, tu peux faire le choix de ne pas travailler toute ta vie et personne ne viendrait te poser des questions. La famille est comme une éponge qui absorbe tous les défauts et perversions des membres qui la composent.
Le père de Victor était à lui seul un gros matelas qui pompait les dérives de ses trois enfants. Victor ne faisait rien à part regarder HBB la nuit et dormir le jour (du moins c'est à quoi j'assistais de temps à autre). Victor était un principe aux dimensions locales.
Pourtant tout le monde le respectait. Il foutait rien et personne ne lui proposait une voie alternative au chômage volontaire par ce que ce dernier était tout simplement normal.
Donc Victor savait qu'il avait ce raccourci magique qui n'était pas accessible qu'à lui et à quelques fils de nantis, Immigrer et s'en mettre plein les poches et revenir faire le Gatsbi de Saghrou. Mais pour Immigrer il y avait deux choix à cette époque: les barques ou le mariage
Vous imaginez Victor le fils à papa et le fils choyé par les hommes et les djinns monter dans un bateau. Je sais c'est pas logique. Il va se marier et vous connaissez la suite. Une fois qu'il a rompu avec une société qui fait de l'inactivité une virtue et où les hommes
vénèrent d'autres humains pour ce qu'ils ont dans le couffin et il a embrassé la société occidentale où le travail est vrai mesure, Victor a vécu le choc de sa vie. Il s'en remettra à à jamais parce que le temps ne lui a pas laissé le temps de tout repenser.
Fini pour ce soir. Fatigué :)
Allez on reprend malgré la fatigue.
J'étais pas au bled pour l'enterrement de Victor. Je ne savais pas qu'il nous a quittés. Je ne savais pas qu'il était malheureux. Je ne savais rien parce que nos deux mondes étaient étanches. Il était en France et moi dans une ville loin du bled. RIP Victor. Revenons à Moha.
J'arrive à l'école et le professeur était là seul dans la salle la tête contre le mur. Je l'ai même vu secouer son front contre le mur en murmurant quelque chose en arabe dont je n'ai pas pu saisir le sens. Il continua malgré le bruit que faisaient les les pas des autres élèves
qui arrivaient. Il faisait froid et les fenêtres étaient si généreuses qu'elles accueillaient tout le froid venant de l'extérieur à bras ouverts. Le professeur sort une clope Best et l'alluma aussitôt. Ses yeux étaient collés au plafond pendant qu'il fumait sa cigarette.
"Moha viens ici!". J'avance en étant sûr que ça sera pas grave. C'est le mari de ma tante enfin. Il voulait que je dise à mon père qu'il voudrait passer le soir regarder ce programme de musique "Taxi" (si je me rappelle bien). Je repars à ma place la tête dans les nuages
Souvent lorsqu'il appelle un des autres mômes à ce ton c'est pour lui pourrir la journée ou même toutes l'enfance. Il frappait comme un chien enragé. Il frappait pour se défouler. Il frappait pour diluer sa misère. Il frappait pour frapper. Il n'avait pas besoin de le justifier.
Chez la populace du bled, le professeur est infaillible et aura toujours raison. Un professeur qui frappait était forcément un professeur rigoureux et discipliné. On évitait donc reporter de tels incidents de peur d'être lynchés de nouveau. Société de malades.
Il est minuit. A+
Moha était généralement épargné et les rares fois où il était battu était plutôt dans le cadre de punitions collectives. La vie à l'école était donc acceptable en somme. Il passait d'une classe à une autre sans glaner de vrais souvenirs hormis quelques images floues.
Il arrive en sixième à pas sûrs. Il est désormais plus conscient de son monde et ce qui s'y passe. Il y a en particulier ce souvenir qui flotte à la surface et repousse tous les autres au fond du crâne : "Touria" la plus belle fille de toute la galaxie. Elle était en 3eme.
A cet âge, c'était trop tôt de parler sentiments. Mais je dois rester fidèle à ma mémoire. Moha aimait Touria. Même son prénom était exceptionnel dans un patelin plein de Isha, Khdjou et Fadma. Son père était un autre immigré de la génération Mogha. Elle était donc relativement
aisée. Jolis vêtements, pommettes saillantes témoins d'une bonne nutrition et une discrétion agissante pour un petit Moha en besoin d'attention. Il la suivait furtivement, il la frôlait volontairement mais ne disait jamais un seul mot. Le feuilleton mexicain "Guadalupe exaserbait
son malaise. Il s'imaginait un Rodrigo en quête d'un amour sans faille. Sa réalité censurait même les intentions les plus innocentes. Puis il a trouvé une astuce. Envoyer une camarade de classe lui faire part de ses sentiments.
Ensuite pour prouver sophistiquer ses messages, il accompagnait ses messages d'amour par de la camelote pour femmes volée du petit magasin que tenait son père. Il découvrira ensuite que Louhou sa camarade gardait l camelote pour elle même.
C'était trop compliqué à entretenir. Moha décida de l'aimer de loin et a arrêté ses investissements non fructueux. Le temps a érodé ces sentiments pourtant dévoués et sincères et son mariage au frère inné de Victor (coïncidence) fut le ruisseau qui a emporté jusqu'au moindre
souvenir. Elle quittera pour la France elle aussi.
Le collège le plus proche est à 45km du village. C'était la rentrée et Ichou le père de Moha préparait sa Motobecane au soleil. Bientôt le grand départ pour une autre monde. Moha enfila sa pyjama bleue et rejoint le père sur la moto.
L'odeur de l'essence était aussi agréable que toute les petites rêveries qui se bousculaient dans la tête du petit Moha. C'est fini le labeur des champs et les réveils nocturnes imposés par la grand mère. Moha est devenu un homme et peut désormais gérer sa vie tout seul.
Moha rejoint Lahcen son colocataire, qui était déjà en troisième du collège, dans une chambre qui faisait état de chambre à coucher, de cuisine et d'une salle de lecture. Les champs avoisinants leur servaient de toilettes et pour se doucher il fallait attendre le jeudi le jour du
souk hebdomadaire quand les douches publiques sont ouvertes. C'était agréable cette liberté rythmée par de bons tagines fait par Lahcen et les dattes qui nous parvenaient du bled chaque Jeudi. Le père décida tout d'un coup de transférer Moha vers Dar Taleb de Tinghir.
Dans la famille tout le monde s'attendait à ce que le droit à l'internat revienne à Moha parmi 6 autres de la commune. Il était classé le premier dans les examens du sixième et sa famille était des plus pauvres. Le président de la commune en décida différemment.
Il faut donc payer 900 dhs pour avoir une place a Dar Taleb. 900 dhs c'est bcp d'argent pour un paysan qui s'essayait à tous les business sans jamais réussir. Ichou a tout essayé pour barrage à sa misfortune. Il était boucher, Vendeur de légumes, épicier, poissonnier (sardines )
Il a ouvert une boutique pour vendre des fringues aux femmes et d'autres articles de beauté. C'était le business qu'il a entretenu le plus longtemps. Il cachait pas son intérêt pour la gente féminine et cette boutique joignait l'agréable à l'utile. Il s'est marié à 19 ans et a eu
son premier enfant (Moha) un an après. En avançant dans l'âge il découvre qu'il a de la côte auprès des femmes.
Ichou était un bon vivant au milieu de la misère qui l'entourait de partout. Il est le cuisinier dans tous les mariages ce qui lui donnait accès aux causeries des femmes et à leurs parfums. Elles aimaient faire un saut chez les cuisiniers surtout quand Ichou mène le jeu.
de bricole en bricole, de métier en métier il finira par devenir peintre en bâtiment. Ce choix ingénieux a coïncidé avec la vague de construction dans le village. Les MRE se sont mis à construire des bâtiments partout.
Ichou rentra à la maison avec à la main un carton sur lequel est dessinée une mosquée. Il demanda aussitôt à Moha de lui ramener les crayons de couleur pour peindre la mosquée. Perplexe, Moha essaya de trouver un crayon ou deux au fond de sa trousse qui était vide ou plutôt vidée
C'était au CE1 ou CE2, il avait la malchance de partager la table avec une fille. Profitant d'un moment de faiblesse ou le petit Moha lui avait fait une avance quelconque, elle troqua son silence contre le contenu de la trousse. elle avait tout pris.
Ce soir là, rien n'avait pu sauver le petit Moha de la violence de son père. Les crayons en couleurs, maudits soient ils, n'étaient vraiment la raison. C'était le bout d'aiguille qui a fait exploser le ballon d'une frustration immense qui gisait dans le cœur d'Ichou.
Le bout de papier était en fait le prix de la contribution à la construction de la mosquée Hassan II. Un bout de papier fade acheté au prix de longues journées de travail. Ichou voulait en le coloriant le rendre mois pénible à voir. Il voulait tuer le temps et a failli tuer Moha.
Moha a peut être oublié le mal du moment mais jamais la symbolique d'une injustice qui a transcendé son père pour atterrir en coups de babouches sur son dos. Il décida, quelques années après, de ne jamais mettre les pieds dans cette mosquée.
Fini pour ce soir. On recharge pour la suite. Bonne nuit
Je reprends. Ici Londres il fait froid et les gens sont froids et je me sens seul dans cet hôtel dans un coins lointain de Londres. Ça me rappelle mon premier jour à Dar Talib et c'est de là que je vais reprendre.
Donc j'arrive à Dar Talib communément appelé "Lkhiria" avec un mois de retard par rapport à tout le monde. On m'offre une place dans le dortoir qui contient 45 lits. Mon père, le grand Ichou, a du souder le lit lui même pour que je puisse avoir cette place. Le matelas était sale
Moha devenu homme malgré lui doit partager le dortoir avec 44 autres sauvageons venus de partout. Ça les amusait jeter des pierres contre les placards dès que les lumières étaient éteintes. Il fallait faire avec et s'y habituer.
Le premier déjeuner dans le grand réfectoire. Moha tombe sur une grande fourmille dans son plat. Honnête et transparent il appela le surveillant général pour lui faire part de cette découverte inhabituelle. Le surveillant l'accusa Presto d'avoir volontairement mis la fourmille
dans le plat. Il a fallu appeler le grand Ichou pour lui notifier la mauvaise conduite de son enfant. Au fond de lui même il savait que son fils était infaillible mais il fallait l'obliger à demander des excuses à tout le staff de la cuisine et devant tout le monde.
Deuxième injustice vécue par Moha. Il baissera la tête pour le restant de son séjour dans ce qu'on appellera par la suite "la hiri".
Il était un bon élève. Mais il était perdu. Il sera récupéré un an après par AWI. Ça a commencé par un bon déjeuner chez son prof d'éducation islamique. Les fruits à volonté suivis d'un discours enjôleur sur la vie et l'au-delà étaient ce qu'il fallait pour captiver le petit Moha
Commença ainsi la phase la plus difficile de sa vie. Moha était pris entre le courant de la rigueur religieuse et son amour héréditaire pour la gente féminine. Dans la mouvance il y avait cette belle fille originaire de Ouaklim. Sublime, pieuse, gentille et charismatique.
Je me rappelle plus de son nom mais Dieu sait combien j'étais amoureux d'elle. J'ai beau étouffer cet amour unilatéral et Insensé mais il avait toujours raison de moi. J'ai composé des poèmes sur elle, j'ai forcé le destin autant que je pouvais pour être dans son chemin.
Mais tout était vain. Elle disparaîtra comme toutes les belles choses que j'ai aimées et je repris la marche interminable du bohème. Mon amour pour le secte état pourtant inconditionnel. J'étais l'élève parfait. J'assistais aux assises du Mardi et aux prières du Samedi.
C'était l'occasion pour Moha de rompre avec la mauvaise bouffe de Lahiri et de prouver son appartenance spirituelle à la Jamaaa. Son émerveillement était rattrapé par son inclinaison envers le grand secte des femmes. Il rompit avec le AWI à la deuxième année du baccalauréat.
Je suis fatigué.
Reprenons le thread. Moha était donc en deuxième année du bac quand il décida de faire son dernier voyage hors du périmètre urbain de Tinghir. Il fallait aider le père ne serait ce que pour payer les frais de Lahiri, acheter la fourniture et de nouveaux vêtements...etc.
*son premier pas son dernier.
A Nador il retrouva les jeunes de son douar dans un garage transformé en habitation pour la durée du séjour qui durera tout l'été. Il était le seul à s'appliquer à la religion de part son appartenance à la mouvance aadliste. Il se tolérait de temps en autre d'écouter
de la musique classique et surtout Mohamed Abdelouahhab et Oum Kalthoum. Un jour en rentrant ils retrouva ses colocataires entrain de jouer du foot avec la toute nouvelle cassette qu'il venait d'acheter. Pour eux c'était de la merde. Avec le recul je trouve qu'ils avaient raison.
C'était une autre rupture après celle avec AWI. Je repris les choix musicaux de mon père le grand Ichou. Et j'ai remplacé toutes les stars arabes avec des stars à résonnance locale : Haddou Ouchawsh, Mghni, Haddad Oakki, Tamhawsht, Ouchttine, Royicha, Laakri et j'en passe.
Aujourd'hui, au delà de la beauté des paroles, ecouter la musique de l'Atlas est ma façon à moi d'entretenir l'esprit du grand Ichou que Dieu ait son âme. C'est ma façon de lui rendre hommage et corroborer son style de vie dans ses moindres détails. A Nador, Moha a ouvert les
yeux sur la grandeur après un long séjour dans l'enceinte fortifiée de la misère. Les grosses voitures des rifains, leur bouffe, leurs mariages étaient tous des signes flagrants de l'existence d'un monde plus intéressant que celui dans il vivait jusque-là.
Bon c'est le moment pour Moha d'aller chercher du travail au lieu de ouvrir sa bouche à chaque berline - ou femme - qui passe. Il partit au Mouqef tout seul puisque tous ses colocataires travaillent déjà à son arrivée. En bas du meur, il s'assit et ouvra les bras à la fortune.
Celle-ci le snoba royalement. La première Mercedes 240 s'arrêta -"tu peux faire manouvrier ?" Demanda le moustachu derrière le volant. - c'est quoi manouvrier ? dit Moha. Le moustachu n'ajoute pas un seul mot. Moha ne savait pas le sens de ce mot. Sa chemise blanche et le gel
ne l'ont pas aidé à attirer l'attention de personne pour tout le reste de la journée. On lui fera cette remarque autour du dîner dans le garage.
C'est tout pour ce soir. A+
Le deuxième jour, Moha était là avant tout le monde. Il a rangé sa chemise blanche, vu comme signe de nonchalance par les visiteurs du Mouqef, et s'est passé du gel pour la même raison. Il finira par être choisi pour un travail sensé durer deux jours. Moha fait son calcul.
Ça sera 2800 ryal (140 dirhams) et ça sera le premier salaire de toute sa vie. Mais il y avait un problème ; le travail consistait à remonter de la caillasse du rez-de-chaussée au quatrième étage par les escaliers. C'était pénible pour un maigrichon comme Moha.
Il tiendra pourtant jusqu'au dernier sac. Ça lui a pris une demi journée. Le patron de la journée lui annonce presto que la prochaine tâche serait de remonter des sacs de ciment. Il a suffi d'un sac pour déclarer forfait. C'était trop difficile cette fois ci puisque impossible de
décider du poids contrairement aux sacs de caillasse qui étaient remplis sur mesure. Le patron était clément et a décidé de payer 1000 ryal (50 MAD) pour la demi journée. C'était assez pour se payer un sandwich de ton et un 3assiri avant de partir rejoindre les ustensiles dans le
garage vide. Tout au long du trajet, une pensée s'acharnait à marteler les nerfs de Moha. Ça va être impossible de survivre dans ce monde si tu comptais sur tes muscles pour travailler. Tu n'es pas fait pour ce genre de travail et tu dois revoir tes alternatives.
Au garage. Moha prepara la marmite, mit Ahouzar et sortit avec sa chaise en plastique pour profiter du beau temps. A vrai dire il n'y avait pas grand chose à voir dans l'entourage visible. Un figuier sale tendait ses branches dans tous les sens comme pour se libérer de l'endroit
où il s'est accidentellement retrouvé. Moha lui jeta un regard dédaigneux avant que son attention soit déviée vers deux chats qui tentaient d'entrer dans le garage. Un "ssbb" brusque était suffisant pour les envoyer chercher d'autres demeures.
L'arbre était toujours là, le vent frais de l'après midi tentait vainement de le consoler. Moha ne le regardait plus. Ahouzar continua son interminable refrain "zayd ayoulinw sbr"
Aujourd'hui je peux toujours écouter cette musique en boucle pour le restant de ma vie sans jamais me lasser. Ça représente le mood de joie que mon père nous a légué après son départ trop précoce. En plus de la bonne éducation, cette musique et tout le folklore qui va avec
représente mon capital immatériel et le fil invisible qui me lie à mon père et le garde omniprésent dans tous mes actes et pensées.
On reprend le thread. Let séjour à Nador était court (dans les deux mois) faute de temps puisque la reprise de l'école était imminente. J'ai fini tout de même à décrocher un travail mois fastidieux comme aide à un m3llm du plâtre. Je lui préparait les plaques et la pâte
pour 75 dhs la journée. Les sacs de plâtre étaient moins pesants et faire les plaques était un jeu de gamin. J'étais ce qu'on appelle "staffor" et j'ai pu ramasser une petite bonne somme durant les 45 jours de travail continu.
J'en veux à cette période d'avoir encré la maudite somme de 75 dhs dans ma tête comme étant le seul au delà duquel une dépense de fantaisie devient un péché. J'ai une tonne de remords à chaque fois que je prends des suchis ou une glace chez Amorino par exemple...
La journée de repos hebdomadaire était destinée aux flâneries interminables. On marchait pour marcher. On se posait dans un jardin public ou si le temps le permettait dans un coin de la plage. Moha n'adherait pas forcément à l'ambiance que ses colocs tentaient de créer. Sa tête
était ailleurs. Il est d'ores et déjà en déficit et sa situation ne saurait d'améliorer à force de remuer la pâte du plâtre. Cette guerre est perdue d'avance. Ils se projette dans le futur et se voit entrain de faire la même chose pour les mêmes sous plus des miettes.
Il se voit flâner dans les mêmes ruelles, le dos courbé, les yeux en orbite à l'affût d'une jupe ébranlée ou d'un chemisier détendu. Entrain de répéter la même erreur de ses aïeux et de tous les mâles de sa tribu. Il fut réveillé de sa torpeur par son oncle qui lui annonça la fin
de la promenade. Retour au garage ou la même scène va se jouer sans erreurs. Sh3ria au dîner, musique pour les jeunes scolarisés comme moi, du wiski & bières contre bande pour les autres.
Le séjour à Nador était une leçon de vie pour le petit Moha. Le chemin de la réussite était ailleurs que dans les ombres des chantiers de construction. Il faut sortir au soleil, exceller à l'école et gronder contre tout ce qui consacre la misère et prône le fatalisme.
Moha est de retour au patelin avec comme capital 1300 dhs, un survêt adibas (oui adibas), des chaussures Reebok (oui des vrais cette fois ci) et une ambition exagérée.
La troisième année du bac débuta sans préliminaires. Les jours se déroulaient en se précipitant. Moha ne portait plus le burnous de la piété. Moha animait une, deux, une infinité de filles qui ne partageaient pas le même sentiment. Il aimait sans rien attendre en retour.
Moha était un romantique qui se perdait volontairement dans des histoires impossibles dont il était le seul protagoniste. Moha était un joyeux sans moyens. Un manchot qui aime le jeux de cartes. Il écrivait des lettres et des poèmes qui ne servaient à rien.
Comme il s'était promis Moha a excellé sans jamais trébucher. A Dar Ettaleb il fut promu au grade de "maître" en contrepartie d'une exonération totale des frais de séjour. Un premier cadeau du fils au père.
Son retour au bled a coïncidé avec le départ des MRE et la vague de chagrins qu'ils laissent derrière eux. Le ronronnement des voitures se mêlait aux pleures des voyageurs et de leurs proches. Moha de son côté adhérait sciemment à ce chagrin. Il n'avait pas de proches MRE
mais il aimerait toutes ces belles choses que la venue des zmagris apportait au bled. Une gaieté généralisée et beaucoup de mariages en l'occurrence. Puis les filles zmagries...ces créatures sorties d'une moule différente. Jolies et inaccessibles. Moha les admirait comme
une abeille collée à une vitrine de pâtisserie. Cet été là, une l'a marqué plus que toutes les autres. Appelons la Kathy. Elle avait décidé de prolonger son séjour au bled pour 15 jours de plus et s'est retrouvée donc être la représentante de la race zmagrie.
Elle était 5 ans plus âgée et venait de divorcer. Moha était voir sa tante à son retour de Nador lorsqu'il rencontra Kathy. Tout le monde connaissant tout le monde au bled, un conversation fût donc une banalité. Elle était fascinée (c'est elle qui l'a dit - je me la pète pas)
par la maîtrise du français étant donné qu'il était un "indigène". Moha était aux anges. Le mur du Berlin venait de tomber. Kathy et Moha se se rencontraient dans les mêmes conditions plus fois de suite. À chaque rencontre, la tante était là pour témoigner de l'innocence
des entrevues. Moha naturellement tomba amoureux. Il ne machait pas ses mots lorsqu'il le lui annonça. Kathy, plus mature et rationnelle l'invita au calme. Celà dit elle le fit le plus subtilement possible " Moha tu es quelqu'un que j'aurai voulu rencontrer dans des conditions
différentes et dans une société différente. C'est une histoire impossible et tout le monde va en souffrir."
En bon tête Moha n'était prêt de lâcher prise. C'était la première fois qu'on s'ouvre à lui. C'était la première fois qu'on l'écoutait sans le taguer de philosophe. Il continua ses visites chez la tante en espérant un changement de position de la part de Kathy.
Il se réveilla un malheureux jour de septembre au bruit de la dernière voiture qui n'avait pas encore quitté le territoire. C'était celle de Kathy et ses parents. Elle partit sans adieux. Le vent poussiéreux a balayé toutes les utopies soigneusement construites autour de Kathy.
La fin de l'été et des fêtes. La fin des rêveries et des fantaisies. La fin de la joie et de la gaieté. Le retour de la vie monotone et des jours grisâtres. Il fallait rejoindre la "grande école" dont Moha a pu accéder suite à une série de concours.
Revenons un peu à Kathy. Il souffrait en silence et j'étais son unique confident. Son père brutalisait sa maman et elle ne pourrait rien y faire. Ses sœurs sont mariées l'une après l'autre à des proches malgré leurs jeune âge. Son propre mariage était aussi forcé.
Son époux qu'il n'a jamais rencontré auparavant était un fils d'MRE mais n'a jamais mis les pieds en France. On lui annonça la nouvelle un mois avant les vacances de l'été. La notification était en elle même un acte régulier indiscutable.
Kathy a beau espéré une destinée différente de celle de sa maman, elle même objet d'un mariage arrangé, finira par répliquer la même histoire. Abdou son futur mari était beau gosse et ne manquait de rien. Celà adoucira peut-être un peu ses frustrations.
Abdou ne parlait un mot en français et Kathy ne maîtrisait pas le berbère. Ils trouveront un language à mi chemin entre les deux langues. Ils se marieront, ils essaieront, et peut être ils feront des enfants.
Le destin a dessiné les choses autrement. Après 4 jours de mariage (Asqimou 1 journée + Tamghra 3 journées) comme le veut la tradition d' ait atta, Elle arriva enfin essoufflée dans sa nouvelle demeure.
La maman de Abdou n'était pas prête à ménager cette fleur à peine cueillie. Elle lui signifia illico qu'elle se partagera les tâches ménagères avec les deux autres femmes qui partageaient avec elle le foyer.
Ces tâches consisteront entre autres à ramener des charges de luzernes chaque matin, portées sur le dos, des champs situés au fond du bled jusqu'à la cour des brebis annexée à la maison.
Leur mariage n'avait pas duré longtemps. Kathy ne pouvait pas s'adapter et Abdou, ne voulant pas s'attirer les foudres de la maman, la répudia. Nous reviendrons un jour sur Abdou et sa contribution, sur un autre registre, au malheur de Moha.
L'amour de Kathy était un mélange d'affection pure et de pitié. Moha en l'aimant voulait l'aider à cicatriser. Au lieu de cela, il se blessa lui même. Depuis cet été là Moha et Kathy ne se reviront jamais. Elle se remariera 4 ans plus tard à un autre blédard.
Elle le sauvera du chômage et du mauvais temps en lui assurant un séjour régulier en France. Il la remerciera 3 après en la quittant avec au bilan un enfant et des mois de violence. Pauvre Kathy. La version féminine de Victor.
Pour Moha, arrivé il y a quelques jours en ville, rien ne marchait. A commencer par difficulté de trouver une place à la cité universitaire. En attendant une réponse, et ne connaissant personne dans cette ville géante, il s'installa dans un hôtel à 50 dhs la nuit.
Dépaysé, déboussolé et désillusionné comme un diable aux portes du paradis, il s'isola dans cette chambre minuscule digne d'un pavillon de psychiatrie. Il mangeait peu et souhaitait, pas sans regrets, qu'il lui arrivât qqc qui m'obligerait à partir chez lui.
A l'école, il s'est mis à l'écart. La promotion est composée de groupes homogènes selon les villes d'origine. Lui il est seul du Sud Est. Il ne maîtrisait pas parfaitement la darija. Cette lacune joua contre lui lors du bizutage. On s'acharna contre lui pendant une semaine.
On l'invitait à s'exprimer en darija devant les autres filles et cela fut un spectacle ludique pour la compagnie. Pour lui c'était torturant d'être pris à partie par une bande de gueux pour faire marrer des ignares aux gueules blues.
C'était du bullying institutionalisé auquel Moha ait pu survivre in extremis. La Providence était généreuse en signalant également la fin du séjour dans l'hôtel à 50dhs. Une place lui a été donnée après un mois de tractations.
Moha se tenait à l'écart des groupes homogènes formés sur la base des affinités ou sur la base des origines. Il était le seul du Sud Est et était plus à l'aise avec les élèves de l'Afrique subsaharienne qu'avec ses compatriotes.
Il était le seul à aimer le soleil et prenait un plaisir dépravé à se faire griller le visage déjà amoché par la misère et le mauvais temps de chez lui. Il se tenait là, un livre à la main, à attendre le début des classes. A midi il reprend le chemin de la cité.
Il se sentait seul et les rares appels de son père ne lui apportaient aucun confort. Pour la première fois la peur d'échouer s'empara de lui. Au lycée, il était l'incontournable Moha et ici dans cette ville sans bords, il était méconnu et limite indésirable.
Pour la première fois, il remarqua la médiocrité de sa tenue, les semelles de ses chaussures étaient fissurées et laissaient entrer l'eau de la pluie qui devenait de plus en plus fréquente. Le gros écart vestimentaire s'imposa à ses yeux. Il ne pouvait rien y faire.
Il faisait trop froid pour un mois de septembre. Il décida d'acheter une jaquette chez un marchand de vêtements usagés. C'était sa seule munition contre le froid pendant les prochains trois mois. Ses ossements n'étaient pas garnis pour un tel climat faute d'une bonne nutrition
durant l'enfance. Les jours défilent en lui tirant la langue, les groupes se mêlaient et se démêlaient et de nouveaux rassemblement en naissaient. Moha lui se noyait dans ses questions existentielles sans réponse.
Puis Ichou appelle. C'était le ticket de retour au bled qu'on venait de lui offrir. Son père venait de lui annoncer qu'à son insu il a l'a enregistré au concours des instituteurs et qu'il peut revenir tenter sa chance. Pour Ichou c'était l'occasion de faire des économies. Pour
Moha c'était une raison valable et légitime pour "déserter" cette guerre perdue d'avance. Ichou ne pouvait pas supporter le coût des études supérieures dans une ville aussi chère pendant 4 années. Moha pourrait revenir à Ouarzazate, faire le CPR pendant 2 ans et le voilà instit
Ichou avait d'autres becs à nourrir. Ses oisillons et ceux de son frère avec lequel il partage la demeure. Au total 3 femmes dont la mère, socle de la maison à ce jour, deux femmes, 10 enfants et 5 brebis. C'était beaucoup, même aux critères de niveau de vie adoptés au bled
Alors Moha, croyant à la salvation, appela son cousin pour lui faire part de la nouvelle. Celui là s'interposa en offrant de l'aider si cela ne tenait qu'aux finances. L'excuse étant consommée, Moha devait reprendre les armes à son contre gré.
Reprenons ce vieux thread qui ressemble de plus en plus à Bouteflika.
La journée d'intégration arriva et prit Moha par surprise. Il ne s'y attendait pas et n'y était donc pas préparé. Il prend son ticket malgré le rapport coût/utilité déséquilibré.
Il voulait seulement adhérer autant que possible à la foule parce que la solitude le torturait. Une sortie en groupe dans des bus pour voir les coins les plus emblématiques de la ville suivi d'un dîner assaisonné de discours consommés sur nos qualités qui font de nous la crème de
de la crème. Tout le monde autour de moi suivait ce que l'orateur maladroite sortait de sa bouche écumée pendant que Moha écarquillait les yeux à l'affût d'un regard égaré ou d'un sourire timide du côté des filles. Il a repris ses esprits et ses vielles habitudes.
Adhérer à la foule c'était aussi feindre la jovialité quand tout va mal. Moha était à court d'argent et la pensée qu'il n'aurait pas un sous dans un jour ou deux le tourmentait. Et puis les remords liés à l'achat de ce foutu billet pour venir faire le guignol.
Et puis l'impossible arriva. Une jeune fille l'aborda. Rifaine de Nador, yeux verts brûlants, la perfection. Moha était déjà amoureux même avant qu'il ouvre la bouche. Moha était né amoureux. Moha tremblait avec de l'amour sur les épaules et était toujours prêt à s'installer.
Trimballait je voulais dire mais ça passe aussi. Lmohim mnni mnnk, et il semblait que carcasse à misère dégageait quelque chose d'intéressant. Moha a donc quelque chose d'attirant. Awah. Il y a pourtant un détail qui lui échappait. À Nador c'était impossible d'aborder une fille.
Et ces yeux verts se serait trompés d'aéroport. Moha n'était pas sensé recevoir ce calibre. Ses yeux devraient atterrir ailleurs où il y a joie et prospérité. Dommage y a pas de tutorial pour mieux gérer une situation aussi délicate. Moha était aux anges.
Lui berbère du Sud-est, elle berbère du Rif. Lui la misère, elle (potentiellement) la richesse. Ça serait suffisant pour forcer le destin et prendre un raccourci vers le paradis sur terre. J'exagère mais bon Moha avait de l'imagination aussi.
J'espère que vous suivez. Si voulez que je m'attarde sur un détail ou vous voulez savoir la suite d'un événement que j'ai relaté n'hésitez pas à interagir avec moi.
J'écris sans trop me soucier de l'harmonie du thread. Je veux juste me défouler puisque c'est libre. Et c'est ma façon de célébrer tous ces petits accidents de la vie qui ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui.
Elle ne viendra pas à la boîte de nuit. Son hijab présageait un conservatisme rifain. Moha ne pouvait pas lui reprocher cela. Il n'était progressiste non plus. La boîte n'était pas une finalité en soi. Ça faisait partie du package et il faut tout consommer lorsqu'on a tout payé.
Moha dansait comme pour vider sa silhouette de tous ses maux. Pour la première fois, le regards des autres n'avait d'importance. Il dansait comme un soufi en trance. Il dansait pour lui et pour tous ses aïeux. Il dansa jusqu'à l'effondrement.
Puis la sortie de la boîte et le retour au silence glacial à l'image du temps qu'il faisait ce matin-là. On cherchait un taxi en vain. On c'était moi et quelques damnés qui habitaient à la cité universitaire. Les autres louaient en ville ou disposaient de moyens de locomotion.
J'arrête ici. J'ai un mal de tête atroce.
Fine wslna. Nama la fille aux verts s'intéressait timidement à Moha jusqu'à ce qu'un jour un élève de la quatrième année viendra la cueillir laissant Moha vivre sans nième chagrin. Bnat alladina les filles. Il leur faut toujours un challenge. Si tu es un gentil garçon tu es cuit
Leçon apprise. Il faut hausser la barre. Mais la barre de Moha était naturellement basse. Lli 3ndou 3ndou. Poveraccio et morose même dans ses jours de gloire, il ne pourra jamais faire le poids contre les autres prétendants sophistiqués. Il laissa tomber en attendant.
La première année s'écoula sans dégâts. Un résultat scolaire moyen et grâce au cousin, Moha a pu surmonter les difficultés financières. Le père ichou a baissé les bras depuis le dernier envoi d'argent qui remontait à Novembre. 600 dirhams. C'était tout ce qu'il avait.
Le cousin lui a promis de prendre son fils en charge. Cela l'a soulagé et il pourra désormais réorienter son énergie vers les autres poussins. L'aide n'était pas automatique. Moha devait demander à chaque fois qu'il était dans le besoin et dieu sait qu'il était tout le temps dans
le besoin. Moha devait étouffer sa fierté chaque mois et en parallèle faire passe de tous les petits plaisirs onéreux pour réduire au maximum les demandes de l'aide. La bourse touchée une fois par trois mois le dispensait momentanément de ces demandes.
L'été, saison des mariages et de la joie arriva. Moha revient chez les siens. La sécheresse l'avait devancé. Elle a réduit le peu de végétation au bled en cendres. Pas de champs à travailler, Moha trouva refuge dans les romans et de temps en temps, quand il était seul chez lui,
regardait les films français sur TV5MONDE. Son passage en ville a adouci sa peau et au moins une couche de la misère a été dégagée. Il commence à éviter le soleil et soignait son apparence à chaque virée dans les profondeurs du Bled.
Fucking heart wrenching. Batterie faible. A+
On reprend. Le retour au bled après une année en ville était toujours un plaisir. Le père est satisfait même si il n'a aucune idée de ce que son fils étudiait. La maman Fadma ne s'exprime jamais. Tu ne sauras jamais si elle était triste ou contente. Elle a une mission à accomplir
Et elle se lève chaque matin avec la même énergie pour exécuter sa part du contrat sans jamais se lamenter. Les pommes de ses mains se sont calcifiées à force de trvail manuel alternant les tâches domestiques et celles de l'élevage. Moha commence à remarquer ces détails qui
étaient jusque là une banalité. En ville il en a vu des femmes et là c'est une autre dimension de la femme qu'il commence à observer. Le destin dira-t-on. Ici la femme malgré toute la misère apparente, continue de remplir les mêmes fonctions qui lui sont assignées sans rechigner
L'absence d'un système de comparaison faute de voyages fait que la société accepte le déterminisme social et ajournent toutes les aspirations personnelles. Néanmoins, et paradoxalement, la société s'organise autour de la femme. La plupart des hommes partent en ville chercher du
travail et la vie continue de fonctionner pendant leur absence. Les alliances entre tribus sont à la base tramées par les femmes. Les mariages et donc les alliances au sein de la même tribu sont déclenchés par les femmes. Individuellement et chacune dans son petit monde, la femme
peut être vue comme victime d'oppression par un étranger à la communauté. La femme s'y plaît pourtant et on l'a retrouve entrain de transmettre les mêmes comportement à ses fils avec une intensité sans égal. Elle lui transmet les valeurs de la société patriarcale. De même
on l'a retrouve entrain de "dresser" ses filles pour l'acceptation du statut quo et de la "supériorité" masculine pour pouvoir bien se positionner dans la société. Ce paradoxe entre Les deux facettes de La femme commence donc à inteiguer Moha.
Moha est donc pris entre deux mondes. Un rural où il s'identifie facilement et où toutes les coordonnées qui le définissent sont présentes. Puis le monde de la ville qui constitue son avenir et qui l'absorbera au fil des jours. Mais passer d'un monde à un autre est difficile.
Cette alternance a l'effet d'une douche écossaise. Cela deviendra évident en deuxième année. De retour en ville, le mal du pays était bref. Il a désormais ses repères dans ce monde jadis étrange et hostile. Il a fait des amis et projette de conquérir le monde de nouveau.
La phase sa3idi fi eljami3a Al amrikia est révolue. Moha a compris le système et saura le braver sans problème. Moha a aiguisé sa lame après un été de remises en cause et de réflexions sérieuses.
Pourtant les flops étaient là à l'attendre avant même le début des cours. Il s'est convaincu que la cigarette serait un moyen d'annoncer la couleur. Une bien belle bêtise. Nama était là avec son sourire habituel quand il aperçut Moha la clope à la main. Le sourire mourut illico.
S'ensuit un discours moralisateur sur le changement de peau et de la peinture. Avec le sourire mourut tout sentiment insignifiant soit-il pour Moha. Moha ne voulait pas lui rappeler le grops pas qu'elle fait l'année d'avant en allant de fondre dans les bras d'un autre.
Il est rancunier certes mais ne s'exprime pas lorsqu'il n'y a pas d'enjeu apparent. Elle s'était déjà éjectée et tant pis.
Le deuxième flop est le plus douleureux. Dans le bus en ville Moha s'est mis au chemin de trois filles de la première année. Terrain fertile pour faire son exposé sur l'existentialisme et le sens de la vie à des filles qui s'essayent à l'indépendance. Une était extrêmement
attentive. Elle goba tout ce que le charlatan de Moha disait. Au bout du trajet, elle décida que ça sera lui qui lui fera découvrir la ville. Moha ne croyait pas ses yeux. C'était un match impossible. Moha des ténèbres de Tinghir featuring Mlle Midaoui de l'élite fassie.
Lorsqu'on est pas sûr de lui on devient maladroit. On essaie de faire le point à chaque minute pour s'assurer que l'arrangement est toujours valide. À l'époque on le faisait avec des floods d'sms. L'autre se sent enlacé du jour au lendemain et perd de son espace personnel.
M.M ne répondait pas forcément à chaque SMS et cela urge davantage l'envoi d'autres SMS et Moha se fourre dans ce même putain de cercle vicieux. On dit chez nous "un chien mouillé ça fait rire une seule fois". Moha lui avait l'habitude malsaine de nouer le chien et toute sa
famille s'il le faut pour gagner un ricanement. Petit à petit le bluff se découvre et Moha joue ses dernières cartes.
A l'école il y avait ceux qui habitent la cité universitaire, les autochtones, les locataires puis une bande de chacals qui habitent le CPR. Ces derniers avaient une dent contre Moha. Sans raison apparente puisqu'il n'y avait pas de domaine d'intersection entre eux.
M.M habitait elle aussi au CPR. Les chacals lui répétait en chœur que Moha n'était pas de sa caste, qu'il est un fumeur et qu'il pourrait la dévier par ses errances philosophiques. Elle finira par capituler. Moha reçoit un SMS un après-midi qui s'annonçait calme.
"Simo est ce qu'on peut se voir près de l'école ? " Moha a pressenti le coup. Il y vas donc la tête basse comme un déserteur revenant chez lui. Il n'entend plus les dires de la jolie demoiselle. Il la regardait en essayant d'enregistrer le moindre de ses traits. Cette rencontre
sera la dernière et il faut abreuver son âme de cette beauté jusqu'à la satiété. Une fois le discours terminé Moha fait demi-tour. Il n'a rien tenté. Il connaît désormais les femmes. C'est inutile d'essayer quand c'est fini. Contrairement aux hommes, les femmes font tomber le
disjoncteur une fois pour toutes. Moha entra à sa chambre en somnambule. Sur son pc qu'il avait laissé en sortant se jouait cette chanson de Rouicha. Elle est collée au fond fond de son subconscient. Ça colle parfaitement avec le contexte. Rba3a dz**ml

Ce fût un rappel à l'ordre. Une gifle assourdissante. Cette entreprise qui consiste à avoir une partenaire est toujours déficitaire. Elle consomme temps et énergie et les résultats sont amertume et chagrins. Et puis mon Moha tu es là pour les études et pour sauver tes siens non?
Comme un boxeur qui vient de perdre au KO, Moha a longuement trébuché avant de ressaisir. Et puis qu'est ce qu'un bourdon apporterait à une fleur. L'amour c'est d'abord de l'opportunisme, et mon Moha à l'état des choses tu n'as pas grand chose à se mettre sous la dent.
Rien de rien. De la fierté, des rêves et une ambition inébranlable c'était sa ton bilan d'ouverture. Qu'est ce qu'une fille avec zéro égratignure et un avenir déjà tracé viendrait faire avec toi mon Moha? Va dormir mon Moha en attendant de meilleurs jours.
La toux me rattrape. A+
Reprenons ce thread. Je dois relire les derniers tweets pour retrouver le bout du fil.
La deuxième année avait donc mal débuté malgré toutes les bonnes résolutions de l'été. Moha s'est noyé dans la foule malgré lui. Il s'est fait des mais malgré tout et s'est même mis à la clope et ce fut le signe ultime de la capitulation.
C'était plutôt une année paisible et sans incidents. Les weekends à Souk Larbaa chez mon cousin étaient de plus en plus fréquents. C'était l'occasion de se gaver avant de retrouver les maudits sandwichs à la mortadelle de Lghali.
Moha côtoie le cycle de son cousin malgré lui. Les qaids, les Pachas, les inspecteurs de police etc. Sa présence était toujours passive. Moha ne buvait pas et ne contribuait donc pas aux discussions. Il observait sans prendre de notes. Il aimait pourtant cette ambiance.
Le cousin qui avait promis de soutenir Moha dans un moment de fierté familiale a commencé à fléchir. Sa "contribution" devient de plus en plus mince. Moha n'a désormais que la maigre bourse pour gèrer sa vie. Il n'osera jamais appeler son père pour lui faire part de ses besoins.
En y pensant aujourd'hui j'ai du mal à croire que c'était possible de vivre avec une telle maigre somme. Les vêtements, les loisirs, les cafés...tout ça c'était interdit. C'était dur. C'était insultant. C'était comme aller en guerre en slip et claquettes. C'était la misère.
J'ai usé de sympathie entre berbérophones pour manger à crédit chez Lghali et Lhouceine. J'ai usé de la sympathie entre dépaysés pour manger chez les amis subsahariens. J'ai géré comme je pouvais et j'ai survécu une autre année.
L'été arrive et Moha rejoint la patrie comme un soldat promu. Il a honoré sa partie du contrat avec la société en ayant réussi son année. Il rejoint son ami AB au bled en touriste sans argent. Ils feront le tour de tous les patelins voisins à la recherche d'Ahidouss et des femmes
Moha jouait à Ahidouss depuis son jeune âge. Ahidouss est l'occasion autant pour les hommes que pour les femmes de se libérer momentanément du conservatisme accablant de la tribu. Il y a plusieurs variantes d'Ahidous : Ait Atta, Ait Mrghad, Ait Hdiddou. Puis Tahidoust c'est pour
l'Atlas. Et Ahouash pour Souss. Je vais vous présenter un exemple de chaque variante.
Ahidouss n'Ait Atta

Celui d'Ait Mrghad (ait yaflman) est plus progressiste. Les hommes et les femmes sont alignés les uns aux côtés des autres. Pourtant les deux ethnicités vivent dans la même région.

Celui d'Ait Hdiddou (Imgoun) est plus spectaculaire et est plus proche de ta7ifoust de l'Atlas.

Puis viennent les rois du nashat avec la fameuse Tahidoust. On retrouve la reprise de cette variante dans la chanson amazigh de l'Atlas (Oumguil, Ahouzar, Rouicha, etc)

C'est tout pour aujourd'hui. Je veux pas trop dévier et me retrouver dans des sujets dont je suis pas forcément spécialiste. A+
La troisième année arriva. Désormais Moha a le caractère corsé, la peau un peu grasse et la joie de l'été en supplément. Il connaît du monde et n'est plus un outsider. La pauvreté est cachée sous le tapis et la repoussait à chaque fois qu'elle voulait s'affirmer.
L'année passa sans laisser de souvenirs. Les professeurs étaient médiocres et hautains, les camarades de classe était aussi communautaristes avec une pincée de diplomatie jaune. Moha était là à jouer le jeu. Il était condamné à ce parcours et doit faire sa peine.
Moha snobait toutes les activités associatives. C'était l'occasion des grands show off. C'était des débilités avec beaucoup de maquillage et trop de coutumes luisants. C'était des folclores bas de gamme. Maudites activités associatives et élèves associatifs.
Moha détestait le système mais ne pouvait rien face à son hégémonie. Il avait horreur des élèves " knti raee3 ya ostad" et les profs qui abusaient de leur position pour rabaisser les élèves et les forcer parfois à la prostitution...Il traversa cette année sous l'ombre.
L'été était aussi festif que les précédents. Un début de rapprochement avec Ichou le père. Ils ont même joué à Ahidouss ensemble. La bulle de l'appréhension a éclaté et ils pouvaient parler de sujets qui étaient jusque là interdits. ils n'étaient jamais aussi intimes.
Les frères et sœurs grandissaient et la famille de l'oncle devenait aussi grande. Sous le même toit vivaient 15 personnes. Le père et l'oncle et leurs femmes, 5 garçons et 6 filles. La frontière perméable. Ils partageaient tout sans calculer sauf les petites disputes régulières.
Reprenons. Je sais pas où j'en suis et je risque par conséquent de ne pas être cohérent. Je commence là où tout le mal a commencé. Je commence là où le passé de terminait et le présent reprenait la manche. La 4eme année. La fin de la galère. La fin du bagne. La fin des études...
Ça c'était la théorie. Venons en a la réalité. Une semaine apr s mon arrivée à la grande cita, mi chiama le cousin pour me dire que le grand Ichou n'est plus. Cosa? Ma che cazzo stai dicendo? 44 anni non è possibile che ci lascia così pronto. Ho immaginato tutte le possibilità
ma non c'era nessuna di credibile. Finalmente mi dice che ha fatto un incidente stradale. Porca miseria ma lui non ha nemmeno una macchina. Be. È così. Mio caro babbo è morto...Ichou il figlio di Lahcen è morto. Il sorriso si è spento. La vita non ha più senso. Fan'culo
Tu en année finale des études. 5 frères et sœurs et 5 cousins qui dépendaient de ton daron. Ton daron qui disparaît tout d'un coup après un accident routier. Il était avec un zmagri du bled qui s'essayait à la richesse en conduisant 160 sur une route régionale. Paff tshqliba
Il survit, ton père ne survit pas. Tu es un grand sentimental et tu dois désormais affronter cette grosse réalité. Non tu peux pas. Tu veux pas. Tu es jeune. Fragile. Tu veux pas grandir. Tu grandis malgré toi. Ti veux plus étudier. Ça sert à rien. A qui tu prouvera quoi?????
Je reprends après sinon...
Je reprends...
Lorsqu'on est jeune et inné d'une famille dans le besoin, on est obligé de reléguer tous ces propres rêves et embrasser des projets qui profitent à toutes la famille sauf à toi même. La retombée potentielle ->voir les tiens fiers de toi.. voir ton père fier. Or, il n'est plus.
L'appel de mon cousin était l'appel de la perdition. Ma boussole tomba sur le pavé du destin et n'était plus récupérable. La solidarité et la charité de la poignée d'amis que j'ai pu faire étaient vaines. Rien ne sauvera mon âme moribonde. Rien ne ravivera un arbre déraciné..
Moha trimballait le boulet de la responsabilité avec le peu d'énergie qui lui restait dans les genoux avant de succomber à l'emprise du vide. Il sombra dans l'insouciance et déchira tous ses plans colorés d'un futur meilleur. Il déserta l'école et se mit à fumer...
L'année était longue et fade. Beaucoup d'absences et un désintérêt total pour les cours et la vie estudiantine. Moha devenu désinvolte a perdu le goût à la vie...il pleurait en cachette, se lamentait, en voulait à l'univers. Moha survivait comme le lui dictait son instinct.
La sentence était à la hauteur du comportement. Redoublement + perte de la chambre dans la cité universitaire + perte de la moitié de la minuscule bourse + perte du soutien financier du cousin. La merde lui tombait sur la tête. La vie lui montrait les couilles en ricanant.
Faisons le bilan. Perte tragique de la seule personne qui comptait ; redoublement, perte de la chambre dans la cité universitaire, perte de la moitié de la bourse d'étude, perte du soutien financier du cousin qui venait de se marier. De quoi se tirer une balle dans la tête.
Je devais inventer une histoire de master pour éviter les questions autour de mon cursus qui va durer plus de 4 années prévues. Je pouvais pas partir chez moi non plus. J'ai donc décidé de passer un stage à Rabat.Un ami à mon cousin devenu mon ami par ricochet offra de l'héberger
Mes dépenses étaient donc réduites au minimum et j'ai pu passer les deux mois de stage sans difficulté majeure. La dépression m'enveloppait de plus en plus. J'avais pas d'amis dans cette ville mystérieuse. Les autres stagiaires étaient hautains et froids à mon égard.
Je passais mes nuits sur Skype en essayant de briser le silence qui m'entouraient. C'était un exercice vain. A la fin de ma période de stage mon séjour chez l'ami du cousin ne se justifiait plus. Je fais mes valises et je prends Bougafer pour Tinghir.
Le vide m'attendait à bras ouverts. C'était un mois sans saveur. Les mariages ne représentaient plus grand chose pour moi. Ma blessure était profonde et mon remède n'était pas à portée de main.
Charif m'appela pour m'annoncer la bonne nouvelle. Il m'offrait une place dans l'appartement qu'il louait avec Zak. En contrepartie je devenais leur cuisinier. On m'appelait monsieur Tagine tellement je cuisinait bien... j'acceptai sans hésiter.
Évidemment je cuisinais* tweet sous conditions défavorables à la concentration. Je prends mon sac, ma couverture rouge "semi-mazafelle" achetée par le chauffeur du cousin 4 ans auparavant et le peu d'espoir qui ne restait et je prends la direction de la ville des ogres.
Zak et Charif louaient un appartement donnant sur l'avenue principale.Ils menaient une vie de zwafrias rythmée par de longues veillées, jeux vidéos, cigarettes et autres commodités vivantes.J'étais bien sûr outsider à cette vie; j'étais un étudiant et je ne comportais comme tel
Je cuisinais, je participais aux causeries nocturnes, je fumais tant que c'est gratuit, je lorgnais sur les jolies filles qui nous visitaient de temps en temps tout en étouffant mes envies les plus normales. J'étais comme un immigré clandestin voué à devenir MRE. Je galérais.
Mes colocs-sauveurs me dépannaient de temps en temps. Côté études, j'étais un étranger à l'école. Les nouveaux qui m'ont rattrapé étaient des inconnus pour moi. J'étais un pas-du-tout-coupin pour eux. J'étais assidu mais mentalement absent. Je jouais à l'étudiant en attendant.
L'année passa, je réussis sans grand effort. Je pouvais officiellement déclarer avoir fini les études. Les becs étaient déjà grand ouverts. Mes deux sœurs devaient se marier, mon frère cadet s'apprêtait à aller à l'université, la maison était en ruines, et je paye désormais 1/3
du loyer + les autres dépenses du quotidien. Il fallait surtout pas frustrer mes miens en leur montrant que j'étais incapable de remplacer le grand Ichou même si il fallait m'endetter.Chose qui arriva. J'ai marié mes deux sœurs, réparé la maison et j'ai essayé autant que possible
de signifier aux miens qu'ils pourraient compter sur moi. J'étais fatigué, ensanglanté et horrifié à l'idée que mon chemin épineux était à son début. Mon salaire était infime mais tout le monde l'ignorait. À mon tour je devais pas ébranler cette image merveilleuse que ma famille
a nourri dans son inconscient collectif. Je devais la nourrir à mon tour au prix de ma chair s'il le fallait. Pour ce faire, je travaillais, me privait de tout et ne contenait de la rêverie classique que le destin finirait par ne sourire après cette longue grimace.
En parallèle à cette vie de bagnard, se développait une histoire d'amour avec une étudiante à l'ENA. Elle remontait à l'été de mon stage après un échange constructif sur Skype. Bien sûr, cette histoire n'aurait jamais pris forme si on habitait la même ville. Chacun y trouvait son
compte. Pour moi elle était une distraction presque gratuite et un refuge quand la vie ne sortait ses griffes. Puis cette histoire me permettait de prétendre au conformisme : j'avais quelqu'un comme monsieur tout le monde. Pourtant les sentiments y étaient du mois de ma part.
A chaque fois que j'écris "me" je reviens et je trouve "ne". Aux stylos rouges ne faites pas attention j'essaye de finir ce thread de malade le plus tôt possible. Je sais pas fine ghadi hadshi. Je finirai peut être par vous dire qui je suis. Lmohim supportez le flood
L'histoire d'amour se passait littéralement au téléphone. Noun (appelant la Noun) habitait à Rabat et j'étais dans une autre ville. On se parlait chaque jour pendant des heures. Je démissionne de mon premier job après 14 mois suite à un différend avec le DG. Évidemment ma
destination normale serait Rabat. Je trouve un travail moins payant que j'accepte avec la supposition naïve que être près de Noun serait un complément de salaire. J'étais stupide et mes idées burlesques. Je partageais dans un romantisme mesquin digne d'un mauvais film indien.
patogeais* bien sûr.
Mes premières invitations à sortir étaient déclinées. La seule fois où j'ai pu la voir à son école était un désastre. Elle se tenait à 3 mètres de moi et émettait un malaise flagrant. Un jour j'ai bu et je l'ai appelé.C'était la fin.

In3l twaslk a Noun mn had lminbar.
Avec le recul je me mets à sa place. Tant que c'était virtuel ça passe. On peut donner tous les attributs à la personne et la seule limite est notre imagination. Dans l'imaginaire de Noun Moha était un Apollon, un bon tchatcheur et un amazigh de surcroît.
Une fois qu'elle était invitée à confronter la réalité, elle a résisté jusqu'au bout. Moha n'était rien de tout ça. Il n'avait de qualité que son ambition démesurée chose qui dans la réalité makatchrich khdhra. Le jour où elle a été confrontée à ses contradictions, elle a sortie
la grande artillerie. La pseudo belle histoire d'amour fut assommée et Moha se retrouva de nouveau face à lui même et ses réalités désagréables comme un alcoolique forcé à la sobriété. La vie redevint sans saveur et les questions existentielles firent de nouveau la queue devant
sa porte.Moha le grand sentimental retrouva refuge entre les lignes des fidèles dans la mosquée du quartier.L'amour est perçu désormais comme un luxe permis pour la gente nantie et sans problèmes.Le deuil d'un personnage & la baptême d'un autre.Un transfert d pouvoir sans fanfare
Le reste fût routine et conformisme absolu. C'était perdu depuis le premier cris entre les montagnes grisâtres de Saghrou. C'était perdu depuis le jour où il fût poussé dans l'arène sans armure. C'était perdu depuis le jour où Dieu créa terres et cieux. C'était perdu Moha.
Tous les rêves furent dilués. Toutes les fantaisies mises au placard. Il fallait affronter la réalité amère avec le sourire. L'oncle décida de se séparer. Il y voyait une opportunité financière et Moha y voyait un plan de sauvetage. Moha finit par lui céder tout.
En contrepartie il s'achèta la paix pour lui et ses siens. Encore un exercice déficitaire. Désormais sa famille n'a ni maison ni terres et tous leurs espoirs ont été accrochés sur le dos ensanglanté de Moha. La grand mère décida de suivre Moha. Ce fut son assurance tous risques.
Chez moi la frustration individuelle se noie dans la joie collective.Les mariages, les projets de Hrig réussis, les concours passés..etc sont des évènements que tout le monde s'approprie. La joie des autres nous sert pour gratter les boutons de l'infortune et soulager les maux.
La séparation avec l'oncle présentait un challenge de taille pour le petit Moha devenu grand mais resté frêle et sentimental. Il faut construire une maison pour les deux Fadma (la mère et la grand mère). Pour ce faire il lui faudra bcp d'argent et seul son salaire ne lui
permettra s'aligner deux briques. Il lui faudra également esquiver toutes les tentations qui viennent avec la vie en ville. Il voulait pourtant les accueillir à bras ouverts les foutues tentations. Il faudrait faire un pas géant mon Moha. C'est mort les sorties, les voyages,
les vacances, on ajourne tout jusqu'à nouvel ordre. Moha créa une société de travaux et services et il se mit à faire le tour des prospects à l'affût d'une quelconque opportunité d'affaire. Tu as un mur à construire, Moha le fera au meilleur prix. Tu veux créer une société ça
aussi Moha le fera pour toi. Tu veux déménager et tu as besoin d'une facture appelle Moha. C'était un peu de "Better call Saul" avec tout l'aspect funny qui va avec. Moha finit par mettre de côté de quoi acheter un terrain (au Bled les prix sont très abordables).
Le terrain acheté, il reste à amasser de quoi construire un RDC. Ça devenait urgent d'autant plus que l'été s'approche et les propriétaires de la maison "squattée" depuis deux ans ont prévu de passer leurs vacances au bled. Moha accéléra la cadence de ses aventures financières
tout en oubliant de supprimer le virus de la candeur tinghirienne de son système d'exploitation. Il se fera avoir sur un projet d'exportation de truffes au Kuwait par les petits vendeurs de Maamoura. On lui a filé des patates, des oignons et d'autres merdes roulées dans de
la terre pour des truffes fraîches vendues à 50dhs le kilo. Il a acheté 250 kilos qu'il a emballées et expédiées sans problèmes. Son client lui annonça la mauvaise le lendemain. Le problème est que l'échantillon prélevé pour les contrôles sanitaire était bon. Moha a perdu
de l'argent, Moha est con. Il doit donc attendre pour le projet de construction et ça va être un drôle d'été. Deux familles vont partager la même maison le temps d'un été. Moha, sa mère, sa grand mère, ses deux frères et sa sœur d'un côté et une famille de 5 personnes de l'autre.
A vrai dire les deux familles font partie de la même lignée et tout le monde est cousin de tout le monde. Et c'est même étrangement plus commode de se retrouver ensemble. Les intimités vous dites ? On s'en branle. Au bled on fait pause à ces choses là durant l'été. C'est la
saison des retrouvailles et le renouvellement de l'allégeance à la communauté. Les nuits sont longues et les étoiles étaient les seules témouines de cette communion vive. Les ancêtres étaient sûrement ravis de ce niveau de partage et de ces veillées à leur hommage.
La télé était un accessoire qui marquait l'arrivée de la nuit. Personne ne lui prêtait attention. Moha et Ali le père de la famille hôte partageaient les mêmes avis quant au devenir du patelin. Les querelles politiques ont eu raison de la fraternité ancestrale et l'unité
qui distinguaient Ikniouen du reste des tribus ait Atta. Puis les différents entre les membres de la grande famille Osganchou. Le thé à la menthe ponctuait les sujets disparates et appaisait les esprits par la même occasion. Puis tout le monde dormait là où il se retrouvait au
au moment où le sommeil prenait le dessus. Les corps paisibles jonchaient la grande terrasse en l'attente d'une nouvelle journée qui se défilera sous le soleil bienveillant du mois d'août.
Ammi Ali et sa famille repartirent comme ils arrivèrent vers l'aube. Moha et ses siens assistèrent à ce départ inopportun. La famille de Moha aidait autant qu'elle pouvait à mettre les emplettes dans le fourgon. Des sacs de farines, des cartons d'huile Tagine...etc.
Le lendemain était pesant et âpre. Le silence remplaça l'ambiance allégre et la tristesse s'empara des esprits. Puis pour plomber le petit cœur de Moha la grand mère décida de lui poser la question pénible : "quand est-ce que tu nous construirait un autre murs pour nous?"
quatre murs* obviously
J'ai pas de quoi grand mère et mon salaire maigre n'aidera pas. C'est ce que Moha pensait mais il répondit autrement : "l'été prochain grand mère". Ce un engagement solennel irrévocable. L'été prochain Moha devra construire une maison pour les siens. C'était une équation à deux
variables. C'était un tamis à remplir d'eau. C'était impossible. Moha était dans la grosse merde. De toute façon le goût de la merde lui est désormais familier. Non cette merde était différente. Honorer l'engagement pris devant la grand mère était l'examen de sa vie.
L'été s'envola et l'automne s'affirma en tapant sur la table. Le froid attendait Moha à Rabat comme pour lui annoncer la couleur d'une année sans égal. Les mois se suivaient sans un sous à glisser dans la tirelire. Vers le mois de juin il décida de se rapprocher de nouveau de la
banque pour un crédit à la consommation. Dans deux mois il faudra mettre la dalle et il faut au moins 100kdh pour un RDC. Moha s'efforça à signer pour crédit sur 6 ans. Ça restera un secret. Il virw toute la somme en bloc et le chantier commença aussitôt.
La suite dans 30 min.
Moha sortît de l'agence bancaire la tête basse, les mains dans le dos comme le diable aux portes du Paradis. Il venait de capituler face à la réalité. Il traversa la route sans se soucier des claxons et des insultes à son encontre. Il était ailleurs.
Dans le bus n° 30 qui l'amenait chez lui à Hay Lfath, les idées noires ont bousculé les passagers pour s'installer devant son regard vide. Alors c'est ça la réussite Moha?S'acharner contre tous les aléas possibles pour finalement hypothéquer son avenir contre une poignée de sous?
Puis pourquoi la vie t'en veut autant ? À commencer par cet enclave où tu as vu le jour ? Qu'est ce qu'il y a d'économiquement interessant pour que tes aïeux aient choisi ce trou de merde ? Ont ils été chassé et ont pu trouver refuge entre ces montagnes isolantes ?
Ou leurs aspirations se limitaient à remplir les bides et procréer en se vantant de la largeur du cheptel et du nombre des terres arides possédées ?
Pourtant ils ont manifesté leur patriotisme à plus d'une occasion. Ils se sont fait massacrer dans la guerre de Bougafer en défendant un semblant de patrie à laquelle ils s'identifient vaguement. Ils ont enterré les martyrs et soigné les blessés hors du regard de la patrie.
Puis ils ont manifesté une joie sans réserve à la venue de l'indépendance. Ils aiment tant cette patrie qui les renient catégoriquement. Puis la marche verte arriva. La patrie leur fait un clin d'œil équivoque. Ils en bavent et la suivent dans son aventure. C'est l'occasion
de l'impressionner. La patrie les met dans des camions. Ils s'en régalent. Ils vont libérer la patrie d'un dernier fardeau. Ils sont gaillards et ils sont prêts à faire la guerre. Non ils feront pas la guerre. Ils mangeront des sardines en conserve en exploser. Ils seront filmés
puis retournés à leur montagnes. La patrie est amoureuse de quelqu'un d'autre. Ils sont même pas dans la liste d'attente. Le chagrin prend place au béguin et les drapeaux rouges à étoile verte se transforment en essuie-verres-à-thé. Ils reprennent leur vie monotone. La patrie
peut aller se faire foutre.
A suivre.
3odna.
Les hommes gaillards aux burnous lourds en soie se mirent à sillonner les champs arides avec leurs pas géants. Les chants des criquets se moquaient de leur sort. La sécheresse et le rejet de la partie les a transformés en #cadavreschauds.
Patrie* obviously
Ils étaient pieux, ils ont honoré ces terres en creusant les khattarates et en ramenant l'eau du fond fond de la montagne mais la providence divine n'est pas à leur avantage. Ils n'ont plus de quoi nourrir leurs familles et malgré tout ils sont résignés à rester.
Le chauffeur du bus réveilla Moha de ses pensées qui devenaient de plus en plus malsaines. En rentrant chez lui, les pensées reprennent de plus belle. Pourquoi ils sont pas partis faire fortune en ville ? Qu'est ce qui les retenaient tant dans cette enclave ?
Ça t'aurait épargné ce périple dans la seule finalité est de faire vivre les tiens dignement. Pourquoi ton père n'était pas parti avec #Mougha? Tu serais maintenant en France entrain de caresser la fortune. Enfin je suis pas sur, tu serais peut être un autre Victor.
Si ta mère tombe malade tu ne sauras pas capable de la faire soigner. Prq l'Etat ne subventionne pas ce que tu fais pour une famille dont elle devrait avoir la responsabilité? Tu paies le même IR que quelqu'un qui n'a que sa gueule à entretenir. Pourquoi dois-je subir l'injustice
À partir du mois prochain Moha n'aura que la moitié de son minable salaire à débourser entre loyer et charges familiales et ses propres charges. Le reste correspond à la mensualité du crédit. Moha est dans une cage à hamster.
Alors c'est ça la réussite. Étudier jour et nuit, faire passe de son enfance et de son adolescence pour se retrouver dans cette situation. La crème de la crème et les managers du futur se résument à une capacité d'endettement au dessus de la moyenne.
Moha ramasse les qlqes morceaux de dignité qui lui restent et se mit dans une réflexion plus proactive. L'auto flagellation doit s'arrêter. Ta situation est un fait accompli et tu as une seule porte : trouver un boulot qui paie mieux et qui te laisse du temps pour les bricoles
J'arrête ici pour aujourd'hui. Je reprends dès que je peux. Lmossama7a les amis
Je fais une dernière visite aux champs et ça m'inspire pour reprendre le débobinage.
Comme Moha est condamné ad vitam aeternam à gérer des problèmes, ils ne tardent jamais à frapper à sa porte.Cette fois c'est sa sœur qui veut divorcer suite à une longue série de violences conjugales étouffées. Si elle veut divorcer, c'est que le poids que du statut "divorcée"
Sera plus légère par rapport à ce qu'elle subit en étant mariée. Moha s'en veut, il veut aller défoncer la gueule au malfrat mais ne peut pas. Un divorce expéditif saura adoucir sa rage et il se promet de s'impliquer d'avantage dans les histoires impliquant des sœurs.
Léger* obviously
Sa sœur vivait avec sa tante qui l'a adoptée tte petite. La tante elle même a été mariée jeune (16 ans) à un vieux monsieur de l'Atlas.Elle était sa deuxième épouse après que la première ait failli à lui faire des enfants. La tante n'a pas pu faire mieux; c'était lui le problème.
La sœur (J) ne voulait plus rester auprès de sa tante. Elle a accumulé tant de mauvais souvenirs qu'un jour de plus entre à alimenter le bûcher lui serait fatal. Elle voulait partir chez sa vrai maman. Le village où elle vivait avec sa tante/mère adoptive était trop petit et elle
risquait de croiser son bourreau ou sa famille ce qui éveillera toutes les horreurs subies durant une année et demi. Moha se devait de résoudre ce gros problème. D'une part la volonté de J et de l'autre le besoin qu'à sa tante de continuer à prétendre qu'elle a une fille et
l'avantage que cela lui confère auprès de son mari et dans les yeux de sa communauté. C'était une autre merde servie à Moha dans un plat rouillé. Vie de merde de bout à bout.
Lorsqu'on vit dans un village les histoires de divorces, de violences conjugales etc ne sont qu'une autre banalité de la vie. Les frères ou les parents pourraient même tenter de persuader une sœur ou une fille à "maintenir" son foyer en continuant de subir l'injustice.
La mère lui dira que ça fait partie de la vie d'un couple que même son père la battait et que malgré ça ils ont pu avoir des enfants ensemble et maintenu la famille soudée.Le père lui dira qu'il préfère mourir que de voir sa fille pointée du doigt parce qu'elle a quitté son foyer
Les frères auront peur d'avoir une sœur "divorcée" puisqu'elle a moins de "contraintes" quant aux avances éventuelles des hommes du douar et l'auraient forcée à boire son malheur pour le bien de la famille.
Moha lui voyait les choses différemment. Son père en quittant cette vie lui a confié ses deux frères et ses trois sœurs. C'est son legs et il se doit de le préserver. Il n'a jamais été égoïste et la société et son conformisme ridicule sont les derniers de ses soucis.
Il donna donc son feu vert pour le divorce dès qu'il a su que sa sœur essayait de cacher son malaise avant d'être trahie par des sanglots dans la voix. Il lui demanda de faire la demande elle-même quitte à ne prendre aucun sous.J s'excusa de la tournure des choses avant de couper
Je m'arrête là pour aujourd'hui. En bonus une photo de l'extérieur de la maison où Moha est né et a passé son enfance et une partie de son adolescence. Je voulais filmer l'intérieur mais la porte est fermée. #cadavreschauds
Here we go again. Avant de reprendre j'aimerais souligner une chose : J'écris on the go, pas d'édition, pas de relecture. Les maniaques de l'orthographe et les stylos rouges peuvent s'abstenir si pour eux les fautes sont plus intéressantes que le récit.
Moha a donc décidé de changer de travail. Il met son CV à jour sur rekrute.ma (service de merde btw) et attend. Quelques mois après il fût respectivement contacté par trois sociétés : une agence de com à Casa bv MV, une société familiale spécialisée dans la vente
des luminaires à Maarif, et une filiale d'une société française spécialisée dans les blocs électriques à Ain Svaa. Les entretiens d'embauche suivent le même pattern.
Alors les entretiens se passent comme suit :
A : Présentez vous :
B :Moha de Ouarzazate, Né en l'année xyz, il a assisté au Mexico 86 et on l'appelle Mexico parce qu'il mettait un T-shirt avec la mention "Mexico 86" dessus.
B :(non dit) lisez le CV bande de cons.
A *Baver parce que le candidat est de Ouarzazate. Il va surement se contenter d'un salaire minable parce-que les standards là bas sont très bas. De plus, les gens de Ouarzazate sont des bosseurs.
B : ...J'ai fait Lycée Zaid Ohmad et Sciences Expérimentales, avant d'intégrer...
B : (non dit) on s'en fout tlqna on veut savoir combien on te payera pour la corvée.
A...J'ai rejoint la société xyz en xyz.....
B : (non dit) il bavard pour un Tinghirien. D'abitude ils sont timides les gens du sud-est. L3jb.
A... Blablabla...
A : pourquoi tu veux changer de boulot ?
B : Dans une perspective de.... ascension professionnelle...plus de responsabilités... évolution de carrière... Esprit d'équipe... Blanche neige....kofitir...Amlou...
B (non dit) parce que j'ai besoin de plus d'argent bande de fdp
A : on remarque que tu changes de boulot trop souvent.
B :la première expérience professionnelle était justifiée par le besoin de prendre en charge u e famille en deuil..le deuxième pour me rapprocher de l'axe économique..le troisième pour me concentrer sur le métier de mon choix
B (non-dit) Vous savez que je sais que vous savez que je veux plus d'argent
A:Qu'est ce que vous connaissez sur notre société
B :Votre société a pour vocation de changer le monde, de libérer l'humanité et de réduire le réchauffement climatique
B (non-dit)) J'en ai rien à foutre.
A : Vos pretentions salariales ?
B: Votre budget alloué à ce poste ?
A: on a notre bufget mais on aimerait savoir vos prétentions.
B : Dinmkoum. Pour un poste pareil et au vue des responsabilités, et pour ne pas être distrait par les difficultés financières odakshi je propose ***
A : c'est noté *écrire frénétiquement sur le dos du CV.
A : vous avez des questions?
A (non-dit) il se prend pour qui le maigrichon aux yeux piquants ?
B : perspectives de développement... agrégats économiques...z3boul....
B : Bayn L3assr mn Dohr il vont nous me rappeler
A :Vous vous voyez où dans 5 ans?
B :DG
A :C'est très bien
A (non-dit) Un Ghighouch de plus qui veut conquérir le monde.
A :On vas éventuellement vous appeler pour un deuxième entretien
B :ça sera à mon honneur
B (non-dit) Tmma bqiti a Moha
A :*n'appelle jamais
B:*zéro appel
La dernière opportunité : Climat Maroc. Poste en Afrique. Moha vouloir plus d'argent donc prêt à partir à la lune. Premier entretien bien. Deuxième entretien avec CFO repêché de chez Holcim. Non accord sur le salaire donc rêve américain tombé à l'eau. Que faire ? A suivre...
CIMAT* obviously
Il n'ya jamais eue de réponse.Ils voulaient un bosseur (Ouled Tinghir M3qoul) avec un salaire minable et Moha voulait se faire payer un salaire à la hauteur des responsabilités qui lui st assignées. Pourtant les entretiens se sont bien passés. Pas d'email de follow-up rien!
Alors Moha prit la décision inattendue : il va 7rg - immigrer illégalement. Je reprends m3a lgana. J'ai des histoires à régler in the background.
Avant de reprendre à partir de ce point, permettez-moi de revenir sur une partie de l'enfance du petit Moha parce-qu'elle est déterminante dans la suite des événements.
Moha était né au début des années 80 (c'est bon vous pouvez situer son âge maintenant 😀). Son père avait à peine 19 ans et sa mère 16 lorsqu'il vit le jour. Deux jeunes avec zéro expérience venaient d'avoir leur premier enfant. Il était donc leur enfant-test et il devait subir
toutes leur erreurs de jugement.A cette époque là, toutes les femmes accouchaient chez elles aidées par d'autres femmes du douar. Le cordon ombilical est coupé à l'aide du même coteaux utilisé pour découper toutes sortes de choses à la maison. Il est ensuite attaché avec un bout
de tissu sans aucune stérilisation préalable. La maman est ensuite "internée" pendant 7 jours pendant lesquels elle reçoit toutes les femmes du douar qui viennent la féliciter et étaler leur sagesse et les maladies de leurs gosses. Il se trouve que le bébé attrape des maladies
dès le premier jour. C'était le cas du petit Moha. Il est né en juillet (Cancer oui 😀) et en Juillet, l'enfer souffle sur Ouarzazate. Il est enfermé avec sa maman dans une chambre pleine à craquer où toutes les mauvaises odeurs dribblent les arômes des herbes aromatiques pour
s'infiltrer dans les petits poumons du petit Moha. Dans son lit fait à partir d'un carton rempli à moitié avec de la paille et couverte par du nylon noir, Moha était déjà l'objet de négociations âpres entre la vie et la mort. La maman s'inquiétait et les autres femmes rassuraient
Les essaims de mouches en cette période de l'année se portent volontaires pour accélérer les infections. Elles couvraient ses petites yeux, sa petite bouche, son visage...etc. Moha souffrait et sa maman était désespérée. Ichou découvrit l'état de son enfant à l'issue des 7 jours.
Face au désespoir un parent devient forcément crédule. La maman de Moha et sa grand mère avaient peur de le perdre. Il était trop malade. Les conseils et les propositions de remèdes fusaient de partout. Les deux Fadma s'appliquèrent. Elles essayèrent toutes les formules.
Moha était devenu un cobaye, un laboratoire pharmaceutique à lui tout seul. Il subit toutes les horreurs dans l'espoir de le dégager des griffes de la mort. On le brûla avec du souffre à deux reprises au milieu et au devant du crâne. Puis sur la poitrine et dans le dos
On lui fit boire toutes sortes de boissons amères faites de mélanges de plantes de la région.
Sa grand mère, crédule et superstitieuse, demanda de l'aide aux fqihs des patelins voisins. Ils transcricrivirent des formules insaisissables en Safran dans des bols en céramique ou sur des œufs blancs; ils lui firent des talismans qu'il devait porter indéfiniment.
Mais toutes les formules étaient vaines. Moha attrapa toutes les maladies possibles, rougeole, gastroentérite, méningites, oreillons...tout. Le pauvre était déjà dans l'au-delà et les siens négociaient son extradition.
On commença à lui verser les gouttes d'eau à l'aide d'une étoffe en soie. Aucune explication scientifique à ce procédé mais cela signifiait la ligne finale de l'espoir.
Fadma la grand mère décida de braver la mort. Un dernier acte de désespoir.Une dernière révolte contre un destin irrationnel. La mort le guettait, et ben qu'elle le prenne. Elle alla l'allonger dans une vieille tombe. Dieu prendera ce qu'il avait donné. Il décide et on s'exécute
La mort fût fascinée par cet acte.On brave pas la mort, on la craint. Moha survit. Il gémit, il émit un cris, il pleura, on le récupéra, il sourit, il se releva.Comme tout africain, Moha s'attacha à la vie jusqu'à la dernière seconde. Moha est vivant. Lâchez les yoyos
Moha est un Miracle. Il est né deux fois. Il grandit, frêle et en danger, mais tenace et courageux. Il finit par grandir sans aucun vaccin et malgré la malnutrition. Moha est là, défiant et têtu. Moha pourrait plier par moments mais ne se casse jamais.
C'est fini pour ce soir. On reprendra avec l'histoire du 7rig. En bonus je partage avec vous une photo exclusive du petit Moha avec le grand Ichou (en turban) et son oncle.
Moha a dressé son bilan : son salaire était correct et à la hauteur de son cursus.Mais il n'était pas un "cadre dynamique autonome, short, pull, Mocassins, bracelet en or 14, voyage organisé à Antalya". Il avait une famille à prendre en charge, le loyer et la mensualité du crédit
Il était de loin déficitaire. Dans un monde parfait, sa grand mère et sa mère devraient avoir une retraite; ses deux frères et sa sœur encore à l'école une allocation de scolarité. Mais on est au Maroc, pays de solidarité institutionnalisée (Fondation Med V de solidarité)
Toute la tribu dépendait de lui. L'évolution professionnelle n'étant pas éminente, Moha opta pour la solution extrême : partir en Europe. Il choisit l'Italie comme destination de préférence. Il était toujours fasciné par ce pays. Sa famille vivait à San Marino.
Désolé je me suis endormi....
Il fallait se préparer à commencer par l'apprentissage de la langue.Dans cette région de l'Italie les immigrés sont rares et pour se fondre dans la foule sans se faire remarquer,la langue est un prérequis. Moha se mit à apprendre cette langue fascinante avec bcp de détermination
Il fallait créer l'environnement de la langue pour pouvoir la maîtriser. La grammaire et l'orthographe à eux seuls ne sont pas suffisants. Il se mit à écouter @radiopopmilano, regarder la @RaiUno quotidiennement.
L'étape suivante est d'obtenir un visa touristique. Passer de la clandestinité à la régularité n'était pas une question urgente. En Août Moha fit ses valises. Il partit durant les vacances annuelles pour garder l'option de revenir à portée de main.
Moha qui croyait en ses chances dans un Maroc potentiellement prospère venait de baisser les bras. Il laisse le Maroc entre ceux qui veulent "Oser le Maroc de demain". Il a des becs à nourrir et n'a pas de temps à perdre dans un Maroc bowabat al3alam and shit.
J'ai la flemme de continuer. Désolé. J'espère avoir le courage demain.
Immigrer, du moins en apparence, est un raccourci pour renverser la situation économique défavorable en un peu de temps. Si l'on compare par exemple un professeur de Lycée au Maroc avec un maçon résident à l'étranger, l'impact économique est évidemment disproportionné.
Au fil des années, Moha a vu des jeunes désœuvrés transformer leurs vies et celles de leurs familles en quelques années. Ce n'est pas une fantaisie, c'est de loin factuel ; de belles maisons sont construites, des terres annexées, des SUV qui carressent les pistes chaque été...
En parallèle, les quelques cadres du Bled (profs, instits notamment) qui ont pu déjouer un système éducatif défavorable, se débattent contre les griffes du besoin. Le salaire mensuel étant accessible à toute la famille, aucun épargne n'est impossible. La vie les broie chaque jour
Pendant que les immigrés cumulent la richesse, les cadres quant à eux accumulent les rides et les courbatures. Ils se marient, répliquent la même routine ancestrale de faire des enfants et se retrouvent dans l'impossibilité de prospérer.
Moha, malgré un cursus exceptionnel, ne faisait pas exception à cette règle. La fatalité le rattrapa même dans la capitale aux forteresses géantes. Son salaire ne lui procurera aucune satisfaction. Le bonheur ne volera pas dans ses cieux. En immigrant, personne ne saura ce qu'il
fait mais tout le monde verra l'impact de ses envois d'argent sur la vie des siens. Éboueur, Serveur, Apprenti maçon, Deuxième 7allouf dans les rangs de la mafia. Il s'en battait les qlawis. Il va partir il va se sauver et sauver sa famille.
Il va renverser la pyramide de Maslow Illico Presto. Il va braver son destin en lui sortant ses boules bronzées Ghighochienne.
Il va souffrir certes, il n'est physiquement apte à braver les challenges que représente le climat en Europe. Mais ce qui importe, c'est l'interface, ce que les gens voient. Ils vont voir Ait Moha passer de simples résidents d'un shithole à une famille de dignitaires.
Moha s'était porté volonté pour un sacrifice pour ses siens. Il est l'aîné, il va se jeter le premier. Tout est prêt pour départ définitif. La valise était prête, le billet imprimé et les émotions emprisonnées. On va pleurer Moha hen? Toutes ton ascendance te regarde maintenant.
*Volontaire obviously
Même si sa décision était prise sous l'impulsion de la colère, Moha a mis un minimum de stratégie en place. Il voulait pas hiberner dans l'illégalité. Il ne saura pas mentir indéfiniment. Son semblant de stratégie était comme suit :
1- Trouver un travail qui ne demande pas un effort physique considérable. Moha n'avait pas une masse musculaire suffisante et tout effort physique permanent serait un énorme challenge ;
2 - Trouver quelq'un qui accepte le travail en noir. En Italie de Berlusconi c'était facile ;
3 - Régulariser sa situation le plutôt possible. Le moyen le plus efficace : se marier avec une résidente, rentrer et attendre la fin de la procédure du regroupement familial ;
4 - Faire valoir son cursus scolaire et son expérience professionnelle pour accéder à des postes moins
fatigants.
5 -S'inscrire dans des associations de protection des droits des migrants, de la faune et la flore, de la race k7l rass et de l'incivilité universelle ;
6 -Devenir membre du parti Populo della Libertà et grimper les échelle jusqu'à devenir responsable régional du parti
7 - Devenir élu et représentant dans la Camera dei deputati pour le compte de région Firenze ;
8 - Utiliser son pouvoir politique pour transformer Ouarzazate en un hub économique international;
9 - Investir dans l'élevage des scorpions et l'exportation de leur poison aux States
10 - Devenir un dignitaire de la région et s'allier avec FAEH;
11 - Faire une déclaration à la télé (Alamazighia) sur le sujet des terres collectives ;
12 - Monter un projet de Lmjhoul dans la région de Arfoud;
13 - Développer un ventre et mettre l3baya en permanence.
14 - Montez le générique sinon ça tournera au ridicule.
Un peu de sérieux Moha. Moha prit sa valise de 23 kilos sharp, son gros sac à dos qui pesait 10 kilos sharp et entra dans l'aéroport pour la première fois de sa vie.
Il n'avait pas de référence pour se plaigner des conditions de l'aéroport. Il ne pouvait non plus émettre
de critiques à l'encontre de la RAM parce qu'il avait réservé dans un vol Jet4u. Son âme l'avait déjà devancé et passé la douane avant lui. Elle n'avait rien à déclarer, elle ne doit rien à ce Bled. Il l'a rejoint dans la chaise au milieu de l'avion.
Moha s'installa dans sa chaise à côté d'un couple Ivoirien. Il s'étaient clairement disputés avant de monter dans l'avion ; ils étaient déjà aux prolongations et Moha devait être l'arbitre sans sifflet ni cartons. Il était un spectateur actif. Ces jugements étaient inaudibles.
*ses obviously *damn
Les énoncés gestuela faisaient part d'un différend profond. Il s'est avérée au fur des insultes et contre insultes qu'il était question d'une suspicion de trahison. La question qui martelait ses oreilles sans répit : Qu'est-ce Awa te veut à 3h de matin ?
avéré* gestuels* rakoum fahmin. Nmshi n3ss 7ssn
Elle n'arrêtait pas de lui poser la même question dans un accent africain pur et avec les doigts qui lui frôlaient les paupières. Il se défendait comme il pouvait essayant de gérer le stresse de sa compagne et les regards audacieux des passagers. Moha était plus embarrassé.
Il était avec eux dans la même ligne de sièges. Il subissait les mêmes regards en plus des jets d'écume qui sortait de la bouche de Sali. Son malaise durera 3 heures. Un mauvais présage de ce quin l'attendait dans le pays de destination.
Cette situation de communication à laquelle il venait d'assister lui offra un sujet pour ses errances philosophique bon marché. C'était question de deux axiomes : Amour et Mariage. Il avait besoin d'analyser les assertions autour des deux énoncés puisque au moins le deuxième fait
partie de ses projets. L'amour est admis (définition propre) comme étant le sentiment qui sous-entend un besoin de donner à la personne aimée (définition limitée à la race humaine bien sûr) tout ce qui est en mesure de lui procurer un quelconque plaisir et ce sans contrepartie.
Cela sous en temps également que le sentiment de plaisir ressenti par la personne aimée conditionne la validation et même l'existence de l'amour.Exemple : j'aime ma mère Fadma. Je fais tout pour lui faire plaisir et le fait de voir la satisfaction dans ses yeux certifie cet amour
Puis vient la catégorie de l'amour qui vous intéresse tous et toutes : Roméo & Juliette, Alfredo & Guadalupe (clin d'œil pour les vieux). Cet amour pour le définir les dames et messieurs vous aurez besoin de jeter des pièces *faire tournée de l7lqa.Cela débloque l'autre énoncé ;)
*Sous-entend
L'amour qui a fait écouler des océans d'ancre et inspire les productions les plus populaires de Netflix. On va le décortiquer pour pouvoir le comprendre : 1- La personne qui aime, 2- la personne aimée, 3- L'enjeu. Oui c'est tout mes amis, trois dimensions et beaucoup de bruit.
Mon épaule me fait mal. Je vais reprendre avec mon vagabondage après. C'est une parenthèse avant de reprendre le récit. Bonne nuit les oiseaux.
Reprise du vagabondage après avoir vidé ma tasse de café.
De l'amour naît un nouveau centre vital fait de deux et non plus d'une seule personne. Deux personnes se fondent volontairement (ou non) dans le four de l'amour pour créer une entité où chacun se cache et repousse tout projet d'indépendance.
On est tous comme des voiliers qui veulent explorer des cartes colorées jamais explorées. L'amour est cette brise qui contre toute attente commence à souffler dans la bonne direction. Le voilier fait son voyage merveilleux grâce au vent. A défaut du vent, le voilier se trouvera
à la merci des pirates et des vagues impitoyables. D'une simple rencontre se découvre l'essentiel, l'absolu.Sur le visage de l'autre se dessine le miracle du partage et de la coexistence essentiels à la race humaine. L'absolu se retrouve dans la proximité, à la portée d'un regard
L'amour se consomme si le voilier n'est pas entretenu. Les trous dans les voiles rendent le mouvement impossible. Le voilier est alors exposé à la moisissure. Il se consomme si les cartes colorées montraient plutôt un monde fait de gris. Il se consomme si le centre vital étouffe
l'une ou les deux personnes qui le composent. Lorsqu'elles peuvent vivre à l'extérieur de ce centre. Lorsque la contribution au maintien du centre est disproportionnée. Qu'on le veuille ou nom ce qui est au début une affaire des cœurs devient avec le temps le terrain de la raison
ce qui était acceptable parce qu'il confère un certain confort psychologique est désormais sous la loupe de la rationalité. C'est ainsi que les frustrations naissent et les questions du genre "qui est ce qui a changé ?" fusent. Le cœur alors s'offusque et crée un front de
rébellion. Il veut restaurer les bons temps. Il rêve, se projette, mais la raison de son fauteuil, formé de squelettes de tant d'amours tués, écrase toutes les rébellion. Le cœur capitule (ou pas) et la raison fête la victoire en sirotant le sang des amours martyrisés.
Une autre notion que j'aimerais remuer est celle du mariage. Théoriquement on se marie pour sécuriser le nouveau centre vital en lui donnant une force juridique et/ou un aspect religieux. La notion du temps joue un rôle important dans cette tentative d'institutionaliser l'amour.
Lorsque deux personnes reçoivent les grâces de l'amour, elles consacrent mutuellement leur temps à l'entretien de ce nouveau né (centre vital). Le temps passe et en parallèle elles font passe d'autres opportunités potentielles d'amour. D'où la nécessité de sécuriser l'édifice.
Le mariage alors sert de barbelés. On en sort avec des séquelles ou on en sort pas. Le cœur peut errer autant qu'il le veuille, il peut ouvrir des brèches pour respirer d'autres airs, mais les entités physiques sont confinées tant que le centre vital est vital.
Il peut être vital pour plusieurs raisons : parce-qu'il est tout simplement le prix du temps perdu; comme quelqu'un qui garde un objet inutile uniquement parce-qu'il en a payé le prix. Parce-que ailleurs c'est incertain et le status quo constitue une zone de confort psychologique
Parce-que la brise de l'amour soufflent toujours et les voiliers continuent l'exploitation des mondes colorés (c'est possible oui 😀 malkoum maktfrjoush flhnoud). Parce-que l'enjeu a changé en quelques chose de plus solide et plus concret : les enfants. Les enfants sont le rappel
qu'un jour il y avait vents, voiliers et cartes colorées. Il faudrait donc honorer l'esprit d'un temps sacrifié en quête du monde des merveilles même si le voilier avait fait naufrage parce-que in fine des enfants ont rejoint le centre vital.
J'arrête mon floud littéraire bon marché. J'ai faim je vais préparer un tagine. Je reprendrai si mon tagine est bon
Lmohim. Le tagine était bon. "Happy hour" and I will be back.
L'avion de Moha atterrit à l'aéroport de Bologne vers 23h. C'est du 4K tout ça Moha. Il fût émerveillé par toutes les choses qui entraient dans son champs de vision comme tout bédouin qui se respecte. Le prochain train était prévu à 3h et Moha s'impatiente de rejoindre 3mmi Ali
À la sortie de l'aéroport un Khroubghi vint à sa rencontre. Khoya fin Ghadi? Rimini et plus exactement Trarivi. 60 Euro Khoya. Ok. Il le suivit dans des ruelles adjacentes jusqu'à sa Zibra noire. Il prirent la route vers Trarivi à la frontière entre Rimini et San Marino.
Le trajet était long mais les discussions étaient amusantes. Le Khroubghi se préparait pour un mariage dans deux mois. Il peinait à se débarrasser de la cigarette.Moha alors sortît son arsenal de persuasion. Notre ami finit par écraser son paquet au bout de la 3ème aire de repos.
Moha voulait surprendre 3mmi Ali. Il voulait lui démontrer qu'il était capable de voyager seul et de le retrouver dans son village dans les profondeurs de la Lombardie. 3mmi Ali était l'image vivante de son père Ichou. Ammi 3li était l'idole de choix de Moha.
Ammi 3li était salafiste durant sa jeunesse. Puis la nécessité l'obligea à choisir le 7rig pour se sauver. On raconte que durant la traversée, il tira un couteau parce que le conducteur de la barque feignait un arrêt du moteur. Il fraya son chemin jusqu'en Italie où il commença
à travailler dans le noir. Futé comme il est, et pour se régulariser, il se mit à cacher des billets de lire italienne sous le carrelage qu'il posait pour le compte d'un entrepreneur Italien. Il utilisa cette manœuvre pour se faire faire un contrat et régulariser sa situation.
Moha arriva à Trarivi vers 3h du matin. L'adresse indiquait n° 56 mais Moha n'arrivait pas à retrouver la maison. Il fallait que des chiens courent vers les portières pour le dissuader à chercher ce foutu numéro. Il appela 3mmi Ali. Il l'informa de son arrivée. C'était un samedi.
3mmi Ali prenait sa dernière cigarette. Il vint le chercher. Tout le monde était content. 3mmi Ali était impressionné. Moha était content. Le reste de la famille dormait profondément. Moha déposa ses grosses valises et dormit à même le salon.
Le lendemain il fût réveillé par l'odeur du Arakhssass. Khdjou était là entrain de préparer ce pain magique. Ali était aussi là. Il triait entre les cassettes. Il finit par mettre celle du grand Ahouzar.
Artrout atnna miyghab omdsakl ddadyaghoul *** Adj aghrib itnna ghifss youran isali dwakal

Pourquoi tu pleures pour un amoureux absent qui va revenir un jour
Laisse les larmes pour celle qui l'a enterré et a remis la terre sur sa tombe.
Moha était bercé par cette musique qui lui rappelait son père le grand Ichou. Il n'avait plus sommeil. Les enfants de 3mmi Ali rejoignirent la seine. Momo, Noura et Amo. Les noms sont déformés pour des raisons propres. Moha se précipita vers les toilettes avant que personne ne
remarque ses cheveux pèle mêle et son entrejambe anormal. Il rejoignit la famille 15 minutes après autour d'un petit déjeuner copieux. Moha s'interdit de regarder les filles de 3mmi Ali Noura et Amo.
Amo était anormalement jolie. Moha peinait à résister. Il s'en voulait à chaque regard fortuit, à chaque mot prononcé à son égard. 3mmi Ali serait déçu à la découverte d'un tel exercice. Moha devait se calmer yakom? Moha est mblouz et il n'a pas grand chose à y faire.
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