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George Kaplan @monsieurkaplan
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La langue de Molière, c’est la langue française, qui a bien évolué depuis Molière. Elle s’est répandue, elle s’est stabilisée, elle s’est normalisée.
L’alphabétisation, l’instruction, l’école obligatoire, la diffusion de l’écrit, du livre et des dictionnaires ont largement contribué à ce qu’une langue française à peu près universelle, la même pour tous, praticable par tous, accessible par tous, soit mise en place.
À l’époque de Molière, le livre, en français ou en latin, était une rareté, un objet de luxe, réservé à quelques élites savantes et économiques.
Bien évidemment, Molière, comme tous ses contemporains, écrivait un français dont l’orthographe était différente de celle d’aujourd’hui.
L’orthographe des XVIIe et XVIIIe siècles, pour ne parler que de ces deux siècles traditionnellement perçus comme ceux de l’âge d’or du français, n’était pas stable ; pas fixée. La grammaire avait également ses variables ; ses usages différents.
Aujourd’hui, on dit « la langue de Molière » comme on dit « la langue de Goethe » pour l’allemand ou « la langue de Shakespeare » pour l’anglais. C’est une image.
Allez faire lire une édition ancienne du « Roi Lear » à un Anglais ou à un Américain de 2018.
Allez faire lire une œuvre de Molière, même en orthographe d’aujourd’hui, à un Français de 2018, saura-t-il ce que signifie « assurément » ? ce qu’est « un amant » ? « un amoureux » ?
[La suite après le cordon bleu de dinde et sa purée cheloue, sans doute allégée en amidon, du CHU.]
[C’était pas très bon, mais il faut bien se nourrir. Mention spéciale au petit pot de compote impossible à ouvrir et qui m’a fait pester comme un chimpanzé face à une boîte de conserve.]
Ordoncques, la langue de Molière n’est pas notre français d’aujourd’hui, dont la grammaire et l’orthographe se sont fixées au XIXe siècle.
Au début du XXe siècle, dans nombre de campagnes notamment, le français n’est pas toujours bien maîtrisé. Mais cela va venir vite. Et dans l’ensemble, tous les Français sont à même de parler et d’écrire la même langue.
L’orthographe est normalisée. Elle n’est pas toujours simple, elle résulte de plus de mille ans de mélange de latin mâtiné de grec, de parlers germaniques de toutes origines et de toutes époques, de mots d’ailleurs, etc.
Je ne suis pas un spécialiste de cette question et je ne voudrais pas dire de bêtises. Marcel Proust avait, je m’en souviens, une truculente formule pour décrire ce salmigondis-foutoir qu’est la langue française. Je compte sur vous pour retrouver ça.
Il n’empêche que, s’il est vain de chercher à se gargariser d’un « génie », d’une « pureté » de la langue française, qui n’est ni plus belle ni plus laide qu’une autre * – et bien qu’elle connût un apogée de finesse et d’élégance au XVIIe siècle –,
Nous disposons d’un outil formidable et précieux : une langue nationale, stable, universelle, accessible à tous, compréhensible par tous. C’est notre langue.
C’est notre langue et c’est la langue de Molière, comme c’est celle de Racine, de Descartes, de Montaigne, de Villon, de Chateaubriand, d’Hugo, de Balzac, de Zola, d’Apollinaire, d’Aragon, de Prévert, de Pérec et de tas de jeunes gens modernes que je ne connais pas très bien.
Notez que c’est aussi la langue de Louise Labé, de Madeleine de Scudéry, d’Émilie du Châtelet, de la comtesse de Ségur, de George Sand, de Louise de Vilmorin, de Beauvoir, de Yourcenar et d’une nombreuse gent féminine moderne que je ne connais pas très bien.
Hélas, trois fois hélas ! Depuis quelque temps, il est de bon ton de considérer que cet outil commun, forgé par les siècles, accepté par tous, est aujourd’hui un monstre d’ignominieuses discriminations.
[Petite pause, j’ai les neurones un peu barbouillés.]
Cet outil commun, le même pour tous, est aujourd’hui accusé d’être le complice, sinon la racine, de toutes les oppressions du monde.
On nous dit que la femme serait, depuis des siècles, négligée, « invisibilisée », opprimée par une langue française sexiste et discriminatoire, parfois spécialement conçue pour la tenir bien enfermée dans sa cuisine.
Même s’il est vrai que les cuivres ne vont pas s’astiquer tout seuls, je ne suis pas certain que la langue française soit un tel instrument de torture au service d’un sadisme masculin peut-être plus fantasmé que réel.
Même si rien ne vaut un bon potage bien chaud et pas trop salé, je ne crois pas à tout ce système avec lequel on nous rebat les oreilles : patriarcat, oppressions, domination masculine, sadisme viriliste et trucs en -ing.
J’ai peut-être tort. Je suis conscient que, en tant qu’homme, je suis susceptible de ne pas percevoir clairement certaines choses. Je ne nie pas certaines injustices qui touchent les femmes. Bien au contraire. L’égalité hommes-femmes est pour moi une évidence.
Mais dans l’ensemble, je ne crois pas à tout cet attirail militant. Et, surtout, je ne crois pas que la langue (française ou autre) ait quoi que ce soit à voir avec ces questions.
Je ne crois pas un instant que la langue soit « coupable » ou même responsable de quelque injustice que ce soit ; envers les femmes, les hommes ; les Noirs, les Blancs, les Jaunes, les Rouges ; les animaux, les êtres vivants imaginaires, Pline l’Ancien ou même Dieu.
La langue n’est que le prolongement de nous-mêmes, de nos pensées, de nos représentations du monde et des sociétés. Elle nous traduit. Elle ne module rien.
Elle n’est pas une arme de guerre. Du moins tant qu’on ne crée pas de guerre. Pourquoi faut-il, aujourd’hui, tout concevoir ou revoir à l’aune d’une guerre des sexes qui me semble bien plus destructrice que constructive ?
Je le redis : j’ai peut-être tort. Mais j’ai beaucoup réfléchi, beaucoup lu sur ces questions. Je ne trouve pas d’issue satisfaisante à l’iconoclasme linguistique qui est en passe de gagner aujourd’hui.
Je sais que ce que je viens de tweeter va à l’encontre du bon ton ; que mon opinion est ce qu’on appelle une « opinion impopulaire » ; que je m’expose à des condamnations qui peuvent être violentes. La langue touche à l’émotion et à l’identité. Y compris chez moi.
J’ai déjà connu ça. Pour moins que ça. Tant pis. Mais je m’égare, pardon.
Ce que je voulais dire, c’est que cela me fait mal, dès qu’il s’agit de défendre la féminisation « au forceps » (si j’ose dire ! #pardon) du vocabulaire, ou l’« écriture inclusive » (avec ses redondances, ses artifices, ses contorsions typographiques…),
ou, plus largement, la personnalisation, la modulation de la langue au gré des intérêts particuliers et des envies de chacun (et mon petit doigt me dit que ce phénomène ne fait peut-être que commencer),
de voir toujours les mêmes ficelles, les mêmes astuces, grossières, utilisées pour disqualifier d’emblée quiconque n’est pas d’accord.
1) taper sur l’Académie française : ouh, la vilaine bande de vieux croûtons ! Ils servent à rien, ils en rament pas une, ils nous gonflent avec leur leçons de morale alors que, c’est évident, on fait bien c’qu’on veut avec nos ch’veux, on est jeunes.
(On notera que tout le monde s’accorde à sanctifier Jean d’Ormesson pour y avoir fait entrer Marguerite Yourcenar mais veut quand même y foutre le feu – ils sont certes morts tous les deux.)
(On notera aussi que la plupart jugent l’Académie sans la connaître. Il y a bien des choses à dire sur l’Académie, en bien comme en mal, comme en « neutre » aussi, mais je ne suis pas non plus le mieux placé pour cela et il y aurait de quoi nourrir un gros livre.)
2) « La langue est vivante, elle évolue ! Ras le bol des défenseurs du “c’était mieux avant”, kikoo, place aux jeunes ! »

[De nouveau une pause, ni trop courte, ni trop longue, promis, à plus dans le bus.]
Donc oui, la langue française est vivante et évolue : la preuve, celle que nous pratiquons aujourd’hui n’est pas la même que celle de notre bien aimé Molière.
Laquelle langue de Molière n’était plus celle de Montaigne, encore moins celle de Rabelais.
Comme je l’ai dit plus haut, la langue française a beaucoup évolué entre son émergence et le début du XXe siècle. Depuis, beaucoup moins. Elle s’est stabilisée, normalisée.
L’orthographe a peu évolué. Elle a été enseignée à tous. Idem pour la grammaire (même si nombre de ses subtilités se sont perdues dans les limbes de La désuétude).
Le vocabulaire, lui, continue d’évoluer. Certains mots tombent dans l’oubli (on ne « ratiocine » plus guère de nos jours, sauf votre serviteur), d’autres jouissent d’un succès fulgurant (« efficient » remplace « efficace », la « racaille » s’est substituée aux « brigands »…).
Aujourd’hui plus que [ça doit remonter à longtemps], de très nombreux nouveaux mots, d’origine anglaise le plus souvent, s’imposent dans notre vocabulaire : planning, start-up, hacker (subtilité : différencier le hackeur du hacker)… Il y a des milliers d’exemples.
Je ne suis pas linguiste. Je n’ai pour tout bagage qu’une khâgne et quelques années d’études historiques. Mais j’ai aussi dix ans de secrétariat de rédaction au compteur.
Or nous, SR et correcteurs, nous avons une position de choix pour observer et accompagner l’évolution du vocabulaire en particulier et du langage en général.
Est-ce qu’on va tout laisser passer, sous le prétexte que si c’est nouveau, c’est moderne, et que si c’est moderne, c’est bien ? NEIN.
Nous ne sommes pas tous pareils. Certains sont plus libéraux, d’autres plus conservateurs. Je reconnais aisément faire partie des SR plutôt conservateurs. Ce qui ne veut pas dire freiner des quatre fers dès qu’une nouveauté apparaît.
Seulement, on essaie de ne pas faire n’importe quoi. D’abord, on a besoin d’une langue normalisée. La même partout. La même d’un bout à l’autre du journal.
Ça ne coule pas de source pour un journal écrit par une flopée de rédacteurs, relu par un ou plusieurs rédacteurs en chef, enrichi de données fournies par des photographes, des infographistes, des lecteurs parfois, bref, plein de casse-roubignolles (#pardon).
Ça se travaille. On fait des choix. « Il paye » ou « il paie » ? « Plate-forme » ou « plateforme » ? Faut que ce soit pareil partout. C’est la « marche maison ». Pour l’orthographe et pour bien d’autres choses (normaliser une référence bibliographique, convertir une somme…).
On corrige les fautes. « Après que » doit être suivi de l’indicatif. Deux « t » à « Warren Buffett ». Abréger correctement les siècles (vous vous plantez tout le temps, mais on a l’habitude). Pas de trait d’union à « extrême gauche », à « extrême droite », à « film culte ». Etc.
Si quelqu’un fait « la course à l’échalotte », c’est pas grave, me direz-vous. Non, c’est pas grave. Mais c’est chiant. Parce qu’il n’y a qu’un seul « t » à « échalote ». On le sait rarement.
Tout ça, a priori, ça n’a pas d’importance. Mais ça en a une : on se doit de faire au mieux un lectorat bien plus hétérogène qu’on le croit.
On essaie de lui fournir un service : une langue cohérente, des références uniformes, etc.
Ensuite, on s’adresse, mine de rien, non pas à dix personnes, non pas à vingt arrondissements parisiens, non pas à des clones de la rédaction, mais à des milliers de lecteurs qui forment un ensemble beaucoup plus hétérogène qu’on le croit.
Et ça, beaucoup de gens ont la plus grande peine du monde à le comprendre. À commencer par les rédacteurs et, surtout, les rédacteurs en chef. C’est surprenant, lu de l’extérieur, mais je peux vous l’assurer. C’est sidérant.
On reçoit des textes bourrés d’anglicismes, de phrases tordues, d’approximations linguistiques, de fantaisies (restons aimables) typographiques, de paragraphes fournis sans l’aspirine qui devrait les accompagner. Et encore, je ne parle que de la forme.
Dans tout ce fatras, de charmantes inventions, des mots « innovants » (ouais !), des tournures de ouf qui pourraient faire de notre vieille langue françaaaise, si sénile qu’on a envie de lui péter les genoux rien que pour le plaisir d’entendre carillonner les os,
une langue vachement plus moderne, plus bath, plus fun, plus yolo, plus swag, plus trendy, plus stylée, plus ricaine (parce que les States, hein, tu vois), plus jeune,
plus définitivement représentative des différentes inclusivités sociétivales dont l’urgente nécessité est mise en évidence par les derniers rapports de la School of Modern Studies de l’université des Melons du Carnegie Hall.
Seulement voilà : en France, au coin de la rue comme à l’autre bout du pays, y a des gens qui ne comprennent pas tous ces mots bizarres, ces phrases à la mode, ces concepts étranges qu’on ne leur explique même pas tant c’est évident pour ceux qui les ont écrits.
Y a des gens qui ne savent pas ce que c’est que le « crowdfunding », qui sont bien perplexes face au mot « autrice », qui écarquillent les yeux devant un « cher•e ami•e citoyen•ne ».
Des vieux ? Des imbéciles ? Des crétins ? Des incultes ? Des cons ?
Non. Des gens. Parfois vieux (qu’on les euthanasie, ça fera faire des économies à la Sécu !), parfois pas très cultivés (qu’on les jette aux lions !), parfois pas bien malins (pourtant, le Diable, c’est la vertu, bordel !), parfois un peu con (à mort les cons !).
Mais pas toujours. Le plus souvent, tout simplement, ils appartiennent à des milieux sociaux, professionnels, culturels différents de ceux qui forment les rédactions, et plus largement les cercles de ceux qui écrivent.
Alors oui, nous, SR et correcteurs, on fait le tri. On est comme des videurs de boîte. On décide qui rentre et qui ne rentre pas.
On laisse entrer dans le vocabulaire ce qui nous paraît utile, indispensable, du moins ce qui traduit une réalité nouvelle, même si c’est souvent de l’ancien ripoliné avec des oripeaux de nouveauté.
On laisse dehors, en revanche, ce qui n’apporte rien, ce qui existe déjà à l’intérieur, ce qui n’est pas connu ou compréhensible par la plupart.
Je résume, je caricature un brin, mais c’est une image qui, je crois, ne traduit pas trop mal la réalité de ces métiers d’édition. Nous travaillons pour être lus partout, par tous, du moins par le plus grand nombre.
Alors oui, nous sommes des « défenseurs de la langue française ». Parce qu’il faut bien faire un minimum de tri. Parce qu’on ne peut pas accepter n’importe quelle évolution linguistique sous le prétexte que c’est moderne.
La modernité, c’est comme un couteau : ça sert à se préparer une bonne salade de tomates comme à éviscérer son méchant voisin.
On ne peut pas laisser tout le monde faire ce qu’il veut avec la langue, au gré de ses opinions, sinon on aboutit à un monde ou personne ne peut plus comprendre personne. Seuls subsisteraient des groupes qui se formeraient en fonction du langage qu’ils pratiquent.
L’évolution naturelle de la langue est quelque chose de très complexe. Quelque chose qui nous échappe largement et que nous ne pouvons vouloir, décider, piloter. J’en suis convaincu.
L’usage seul guide cette évolution. Mais l’usage, ce n’est pas laisser faire, tout laisser faire. Ce n’est pas non plus décider que l’on va transformer une langue manu militari pour la rendre conforme à une idéologie, dût celle-ci être bonne.
L’usage, c’est une chose étrange, polymorphe, une sorte de Sainte Trinité (#pardon, la religion, c’est mal, je sais) qui relie les utilisateurs, les prescripteurs et un ciment particulier, difficile à définir – on va l’appeler le Saint Esprit, allez.
L’usage relève amplement du mystère.
Et puis il y a le temps. C’est important, le temps. Il en a fallu, du temps, pour que l’« ortografe » de Molière devienne l’« orthographe » de Larousse, la nôtre. Il a fallu du temps pour que le 14 juillet devienne le 14-Juillet.
Encore de nos jours, il faut du temps pour fixer une graphie. Il a fallu quelques années pour que le « printemps arabe » devienne le Printemps arabe. On ne sait toujours pas aujourd’hui si, dans dix ans, on écrira « Internet » ou « l’internet ».
Il y a quelques années, tout le monde lisait « un auteur », que celui-ci soit un homme ou une femme n’y changeait rien ; puis il est devenu obligatoire de choisir son camp : lire un auteur ou « une auteure » ; aujourd’hui, on s’écharpe entre « auteures » et « autrices ».
(J’aurais volontiers écrit « on se crêpe le chignon » au lieu de « on s’écharpe », mais je crains que ce trait de causticité supplémentaire n’aggrave mon cas ! #pardon)
[La suite après une pause dîner servie par #PlatoHosto.]
[Pas terrible, cette tranche de rôti de veau. Et la semoule, c’est comme les coquillettes : J’EN PEUX PLUS.]
Notez que pour l’heure, personne n’est d’accord sur la façon de féminiser « auteur ». C’est pourtant le cas le plus emblématique de la féminisation du vocabulaire. Plus que cocasse (#pardon), c’est inquiétant.
C’est inquiétant car, s’il fallait féminiser « auteur », la structure de la langue offre une solution simple et évidente : « autrice ». Ça soulève (pour l’heure) la guerre civile, mais au point où on en est…
Mais cette solution ne peut s’appliquer à d’autres mots en « -eur » : professeur, successeur, croissant au beurre, etc. (#pardon)
Et bien d’autres mots, auxquels on ne pense pas toujours, posent bien plus de problèmes : médecin, designer, bourreau, etc. (Ce fil n’est pas un appel à propositions, vous serez aimable de ne pas répondre : « Moi je propose truc ou muche ! »)
Si l’on veut féminiser le vocabulaire, il faut féminiser *tout* le vocabulaire, pas se contenter de quelques cas emblématiques récurrents. Bon courage.
Il faudra aussi se pencher sur le cas de certaines fonctions généralement tenues par des hommes mais dont la forme est féminine : sentinelle, ordonnance… Ça ne court certes pas les rues, mais ça existe.
Bref, la féminisation, c’est mettre le doigt dans un engrenage plus complexe et plus étendu qu’on le croit. Elle nous confronte tôt ou tard à des cas pour lesquels il n’existe aucune proposition ni aucune solution cohérente.
Tôt ou tard, on est obligé de recourir à des barbarismes. D’inventer en urgence des mots qui n’ont jamais existé et ne se reverront peut-être jamais.
Et que presque personne ne comprendra, mais ça, je crains que ce ne soit le cadet des soucis de ceux qui promeuvent la chose.
C’est pourquoi, en tant que SR, quand j’ai eu des choix à faire (pas de marche, nouveau titre), j’ai toujours recommandé de ne pas féminiser les fonctions et titres.
Je crois qu’aujourd’hui cette position, qui n’a pas toujours été facile, ne serait plus possible. La féminisation est devenue quasi-obligatoire dans la presse généraliste. L’édition n’appartient plus aux éditeurs.
Je reste personnellement convaincu que la féminisation n’est pas utile.
Comme dit plus haut, je ne crois pas à la langue comme instrument machiavélique d’oppression des femmes, et la société me semble largement ouverte sur la question (je n’ai pas encore vu d’autodafé d’ouvrages d’auteurs de sexe féminin).
Je suis bien conscient que j’ai peut-être tort et, surtout, que je me place hors du courant général.
Il en va de même pour ce qui concerne l’écriture dite « inclusive ». Vouloir à tout prix mentionner les deux sexes derrière un genre, au moyen de redondances, d’inventions typographiques, orthographiques, syntaxiques et de rodomontades variées : pourquoi ?
Cela apporte à presque tous les coups de la longueur, de la lourdeur, de la confusion, de l’incompréhension, là où nous avons une langue qui privilégie la simplicité, l’économie, la clarté.
Son seul malheur : avoir un neutre et un masculin identiques. Drame. On avait la paix. Je ne me souviens avoir entendu, dans ma jeunesse, personne s’en plaindre (même le « personne » féminin). Il faut maintenant prouver qu’on est en guerre.
Du coup, on réécrit tout, on traque (souvent fort mal) les mots suspects, on épicène à tout-va, on lénifie au maximum et on sème des « points médians » comme le Petit Poucet, ses cailloux. Y retrouve-t-on son chemin ? Pas toujours.
C’est pas toujours idiot, j’ai lu des réflexions fort intéressantes et des résultats franchement réussis. Mais la plupart du temps, quelle catastrophe !
Le plus souvent, il s’agit, plus que de faire bien, de montrer qu’on veut bien faire. Faut que ça se voie. Faut que ça brille – autrement dit, que ça pique les yeux, comme on dit maintenant. Faut embrouiller un max.
La clarté, la compréhension, l’accessibilité ? OSEF (comme on dit…) ! Faut que ce soit « in-clu-sif », mec – ou plutôt madame, enfin mecdame, je sais plus. Faut bien montrer qu’un mur s’érige entre les deux sexes. (Et quid des sexes moins définis ? Je n’ironise même pas.)
N’oublions pas, par ailleurs, que l’« écriture inclusive », imaginée il y a quelques années déjà par des milieux politiques et militants (on parlait alors d’« écriture épicène »), a été très récemment codifiée par une agence de communication privée
puis habilement distillée dans l’opinion générale par ladite agence et diverses opérations éditoriales (dont une édition de je ne sais plus quel manuel scolaire par je ne sais plus quel éditeur). Permettez-moi d’y voir des motivations pas très « universalistes ».
Après avoir bien semé la discorde (rien de tel qu’une polémique pour promouvoir ses cacahuètes), l’agence a réussi son coup. Je ne sais plus son nom, mais elle me suit ici-même. Elle doit bien se marrer.
La féminisation s’est imposée. Sous quelle•s forme•s ? (#pardon) Mystère ! C’est la surprise du chef, rendez-vous dans cinquante ans ou plus pour le démoulage. L’« écriture inclusive » est en passe de s’imposer elle aussi. Je le sens.
Je le sens car je vois, depuis quelque temps, de plus en plus de personnes l’utiliser ici. Soit. C’est pas interdit. L’entre-soi est un droit.
Seulement, je vois aussi d’estimables confrères l’utiliser tout autant. Ici ou ailleurs. Des rédacteurs et des secrétaires de rédaction. Parfois dans de grands titres de presse. Ça me fend le cœur. Ça me fait mal. Vraiment. (Hashtag #maletears, je crois.)
Puis je vois un compte universellement reconnu dans le domaine de la langue, issu d’un organe de référence en France et au-delà, que je lis et admire, traiter la féminisation et l’« écriture inclusive » comme des évidences, voire comme le bon usage (l’usage contraire étant faux).
Je vois enfin apparaître, par le biais d’un RT, la complainte d’une autre personne envers ceux qui invoquent « la langue de Molière » pour regretter le français que nous connaissons tous. Tout cela m’attriste infiniment.
J’ai déjà lu de nombreuses interventions de cette personne, dont le succès et l’influence sur Twitter sont considérables. Et à raison. Elle dit des choses fort intéressantes et pertinentes sur la langue française.
Bien plus que certaines personnalités qui se targuent d’être au top du féminisme linguistique et dont les écrits me paraissent parfois suspects (je peux me tromper, mais certaines allégations me semblent devoir être minutieusement vérifiées et remises dans leur contexte).
Vous aurez reconnu @Laelia_Ve. Son tweet sur Molière a dû apparaître dans à peu près toutes les « timelines » – et elle est au courant de ce fil. Mais je m’éloigne.
Oui, @Laelia_Ve a raison : les gens (hashtag #lesgens) se trompent bien souvent sur le français que parlait et écrivait Molière (et sans doute la plupart de ses contemporains).
(Que cette aimable demoiselle (#pardon) me pardonne de la citer ainsi alors que nous n’avons guère eu l’occasion de croiser les mêmes cochons.)
Seulement voilà : la langue de Molière, c’est au moins une image, sûrement un mythe.
Les écrivains ne sont pas sacrés, loin de là. Zola et ses fautes de ponctuation, on en parle ? Chateaubriand commettait des anglicismes. Balzac parlait couramment le sabir de la « fashion nation ». Plein d’autres ont écrit bien des choses qu’on aimerait corriger.
Mais je crois que convoquer Molière, même si l’on se trompe, c’est convoquer une langue qui a changé et qui pourtant reste la même.
Une langue à la fois princière et populaire, à la fois centrale (je préfère éviter de me noyer dans la distinction Paris-Versailles) et provinciale, à la fois triviale et élégante, une langue simple et savoureuse qui unit tous les Français.
Une verve universelle qui traverse les siècles. Cette image, sans doute plus construite que réelle, a un point commun avec la langue issue du XIXe qui est parvenue à peu près telle quelle jusqu’à nous : elle est un outil de communication pour tous.
J’ai sûrement commis des erreurs ou des approximations dans ce trop long fil, et je saurai gré à tout un chacun de ne pas m’en vouloir – je ne suis ni linguiste ni historien de la langue diplômé, je le redis.
Mais j’en ai assez de lire, ici et là, depuis des années, des gens, de bonne ou de mauvaise foi, éclairés ou conditionnés, taper, pour le principe, sur les références du passés ou du présent
(Molière, l’Académie française, les sentineaux•elles (#pardon) de la langue, les empêcheurs d’inclusiver (encore #pardon) en rond, les dictionnaires, etc.)
Oui, Molière faisait des fautes d’« ortograf » (l’orthographe, au XVIIIe, c’était encore open bar chez Marmiton) ; oui, l’Académie s’est plantée avec son « nénuphar » et n’a pas la place qui devrait être la sienne (elle en est largement responsable) ; et oui, je suis un gros con.
ET ALORS ? Ça suffit, maintenant. Vous êtes tous priés de vous appliquer pour écrire correctement une langue à peu près une et indivisible. Fini, les fantaisies. Y en a marre. Et pas de discussion.
Voilà. C’était un coup de gueule bien long, mais fallait que ça sorte, désolé. Merci de m’excuser pour les fautes qui se seront inévitablement glissées dans ce fil malgré mon attention ; pour mes longueurs et redites, surtout (tout a été improvisé).
Désolé pour ceux qui découvrent que je ne suis qu’un vilain machiste viriliste antiféministe raciste suprémaciste et je sais-plus-quoi-d’autre-iste.
On m’a expliqué, il y a quelques années, à quel point je ne suis qu’une sombre ordure. Je sais que ça va être rude pour ceux qui me croyaient humain. Désolé, vraiment.
Enfin, désolé pour la longueur indécente de ce fil. (Soit en dit en passant, le premier qui parle de mon « thread », je lui casse la gueule.) C’était vraiment trop long et la rémanence des fils dans une « timeline » est très pénible.
Enfin, ne vous inquiétez pas trop, je songe très sérieusement à changer de métier. Pour bien des raisons en plus de celles développées dans ce fil. La guerre s’épanouira sans moi. On en reparle quand vous voulez. Merci pour votre patience et bonne nuit chez vous. #clic
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