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L'étagère @Letagere
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Est-ce qu'on peut reparler 5 min du Grand Bain à la "lumière" du podcast "Mansplainning" qui lui est consacré ? Parce que perso ça m'a assez désemparée pour avoir envie de défendre l'écriture de perso masculins / blancs / hétéros faite par ce film, mais aussi dans l'absolu. Si si
Certes, à l'heure où des journalistes qualifient de "communautariste" LA rom com sur 10k à sortir en occident mettant en scène des perso asiatiques, ou déplorent que les hétéros soient "laissés de côté" dans un film sur... Act Up (j'invente rien hein 🔽)
Ca peut paraître étrange/inapproprié de défendre la figure de l'homme blanc hétéro en fiction alors qu'elle y est déjà *partout*. Mais c'est de qualité (fond de l'écrit) pas de quantité (%age de représentation) dt j'ai envie de parler car c'est là que je ne rejoins pas ce podcast
(Ecoutez j'ai peur que ce soit un rien long, rant sur l'écriture + moi, un jour de #nanowrimo en plus, y'a un vrai risque donc
- n'hésitez pas à me muter une demie heure si ça vous ennuie
- pour ne pas écrire 10 000 fois "homme blanc hétéro cis valide" etc on va l'appeler #HHB)
Dans ma review éclair du #GrandBain j'ai expliqué avoir passé un bon moment mais regretté des faiblesses structurelles de scénario, et je n'ai pas changé d'avis à ce sujet (la comparaison que le podcast fait au Full Monty va d'ailleurs dans ce sens)
Enfin. Pas que pour moi il aurait fallu "un couple gay" ou autre pour rendre ces mecs intéressants mais au sens où dans The Full Monty, tous ont leur subplot, le script arrive à nous faire nous promener un peu dans la vie de chacun, ce que le montage du Grand Bain ellipse bcp.
Par contre là où le script de Giles Lellouche, Hamidi & Lambroschini est malin, c'est justement en ne situant pas le malaise de ces persos #HHB sur un terrain où on aurait pu dire, comme le fait le podcast, "de quoi ils se plaignent au fond, ils sont hommes blancs et hétéros"
Pour reprendre le propos exact (à 7min10 environ) "au fond, est-ce vraiment si dur pour eux ? Personne ne les oppresse, personne ne les sexualise..."
Je le cite car c'est vraiment cet aspect du podcast qui m'a déconcertée. (Surtout de la part d'un #HHB)
slate.fr/podcast/170469…
Parce que soyons honnête, une femme noire et lesbienne qui m'explique qu'un #HHB a pas à se plaindre, je pigerais beaucoup plus. Le contraste, le différentiel de traitement, etc... mais là c'est un #HHB qui nous explique "être du côté de ceux pour qui la vie est facile". Ah ?
Pour l'instant j'en reste au film : je ne pige pas cette réflexion alors qu'au contraire, ce qui ronge au moins les 2 figures centrales du grand bain, relève... de l'universel, de l'expérience de la vie humaine qui peut vous toucher et vous abimer *même* si vous êtes 'privilégié'
(Micro spoil) Je pense ici au perso Canet dont la mère perd la tête : être blanc rend-il ça plus facile à vivre que ne pas l'être ? Et au perso Amalric en sévère dépression : pas sûre qu'être hétéro soit une barrière magique contre cette maladie par rapport à être gay, par ex.
L'actrice @foismarina avait fait justement remarquer que le Grand Bain faisait rire sans avoir à se foutre de qui que ce soit. On peut lui rajouter une qualité : il compense le fait de ne pas parler de minorités vivant une situation différenciée en évitant des sujets où justement
il aurait pu être indécent de voir se plaindre des #HHB. Par ailleurs, le film traite très explicitement du sexisme dans sa dimension "backfire" sur les hommes : la natation synchronisée étant perçu comme "un sport de filles", il ne saurait être valorisant pour les mecs.
D'où perception par les autres d'atteinte à leur virilité... Voir la scène du supermarché où la frangine du personnage @foismarina lui balance que toute la ville se demande si son mari ne virerait pas pédé des fois. Je m'étonne que ce podcast sur la masculinité n'en ai pas parlé!
Bref, je trouve "certes ils sont fauchés, dépressifs, vieillissants, mais au fond, est-ce vraiment si dur pour eux ? Personne ne les oppresse" juste incroyable. Car justement, la dépression, la vieillesse (la mortalité!) ça touche tout le monde. C'est un truc qui nous réunit tous
Le sujet doit me travailler parce que je réalise que j'en avais déjà parlé en fait, suite à un papier sur Virgin Suicides et la supposition que le privilège blanc protégerait de la dépression (je précise que ce thread parle donc aussi suicide, si jamais)
Je cite encore le podcast:
"qu'on me permette de bailler ferme devant ces films qui nous invitent à chouiner en cœur sur les malheurs d'un héro pourtant né du même côté de la barrière que moi. Je veux bien faire des exceptions si ces malheurs sont très gros"
On a vu le même film?
Alors on a tous des sensibilités différentes mais la dépression ? Pire maladie à mes yeux (et je dis ça en tant que porteuse d'une maladie auto immunitaire évolutive et à terme invalidante, depuis 2005.) En tout cas, objectivement, maladie grave, invalidante, parfois mortelle
Quant à voir sa mère perdre la tête et être confrontée à sa mort future... ouais je dois dire, je le classe aussi dans "malheurs très gros". Tous les malheurs des mecs du grand bain ne sont pas de cette ampleur, mais le film traite quand même de ça.
Je cite une le podcast dernière fois : "les hommes normaux, à qui la vie fait des misères, c'est plus possible" (9 min) Qu'il y en ai une surprésentation au ciné, en littérature, on est totalement d'accord. Mais que ces histoires, dans l'absolu, n'aient aucun intérêt ? Pas sûre.
Pour moi cette vision du film / des persos, par un spectateur qui pourtant *leur ressemble*, souligne 2 problèmes :
1/ - ça participe de la vision qu'on a de la dépression & maladie mentale comme d'un truc pas grave, ou dont se sortir ne relèverait que d'un effort personnel...
Je veux dire, j'imagine (mais je peux me tromper ?) que si le perso Amalric avait souffert d'un cancer et pas d'une dépression, l'auteur du podcast n'aurait pas formulé texto "au fond est-ce si dur pour lui alors qu'il n'est pas opprimé par ailleurs ?"
2/ on arrive à tellement parler (et donc à *penser*) de "privilèges" pour des choses qui relèvent de la décence basique ("ne pas être opprimé") qu'on finit par conclure qu'une vie sans oppression est, pour reprendre les mots de l'#HHB auteur du podcast, "facile". Mais d'où ?
Evidemment je ne nie pas que la vie ne soit pas *plus* facile pr les h que les f, blancs que racisés, hétéros que pour gays... Si vous me lisez vous savez que c'est d'ailleurs une composante que je prends en compte (plus ou moins finement, je ne dis pas) dans pas mal d'analyses.
Mais c'est pour ça qu'au fond je préfère dire de la vie qu'elle est *plus dure* pour les femmes que les hommes, les gays que les hétéros, que plus "facile" pour l'#HHB... Et non ce n'est pas qu'une façon de jouer sur les mots : le langage façonne la pensée, la société...
Et pour ma part, je pars du postulat que la vie, par *défaut*, même en mode "hétéro blanc de sexe masculin", n'est *pas* facile. Personne ne sait pourquoi on est ici, ce qu'il y a après la mort, chacun va perdre ses parents, tout le monde peut connaître la dépression, le vide...
Du coup je crois que je préfère vraiment penser le concept d'"oppressions" que celui de "privilège". D'abord parce que ça permet de penser le différentiel du point de vue de la minorité plutôt que de celui de "l'oppresseur", ensuite parce que ça empêche d'abaisser la barre.
Je sais pas pour vous mais si "ne pas se faire casser la gueule dans la rue pour tenir la main de l'autre" est un *privilège* et pas le minimum à aspirer, on se façonne par le langage une société où la décence est pensée comme exception au lieu de faire un travail de banalisation
Et parfois tous à nos luttes contre nos oppressions spécifiques, j'ai l'impression qu'on oublie qu'il reste des expériences universellement douloureuses et compliquées (quand bien même on aura en effet peut-être pas tous accès aux mêmes chances et options face à ces expériences.)
Or c'est de *ça* que peut *aussi* parler la littérature, le cinéma, l'art quoi. C'est même *pour ça* qu'on a ressenti le besoin d'en faire. Pour appréhender, conceptualiser, "processer" l'expérience irréductible, fantastique, incompréhensible et aliénante de l'existence humaine
Alors je rejoins ce que j'imagine penser T. Messias : on peut très bien en parler, loi du plus petit dénominateur commun aidant, avec des persos qui ne sont pas hétéro, blanc, hommes, voire aucun des 3 ;) Et sur le plan de la représentation, moins d'#HHB ne fera de mal à personne
Mais partir du principe qu'un propos universel sur la vie sur terre ne peut pas nous faire ressentir d'empathie si c'est vécu par un #HHB, je ne sais pas, il y a là un glissement de perception que j'espère ne pas faire mien à terme.
Et autant je ne jugerai pas forcément un opprimé qui le fait, autant je ne comprends vraiment pas le raisonnement dans ce podcast par un #HHB, qui nous dit texto qu'un perso comme lui ne peut plus le toucher. Soit ça relève de la posture, soit je lui souhaite que ça lui revienne
(Désolée, vous pouvez reprendre une activité normale... Oh juste ! Si vous ou quelqu'un de votre entourage souffrait de cette merde absolue qu'est la #dépression, je recommande toute la biblio de @matthaig1, en particulier "Reasons to Stay Alive" & "Notes on a nervous planet")
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