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Adrianne @MonaIzquierda
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📚 The egg and the sperm : comment la science a construit une romance à partir des stéréotypes de genre.

Petite illustration de l'impact des rapports sociaux de sexe sur la production scientifique avec un article d'Emily Martin ⤵️
Emily Martin est anthropologue et elle s'est intéressée dans cet article à la façon dont les scientifiques décrivent les ovocytes, les spermatozoïdes et leurs interactions. L'article complet, en anglais, est disponible ici : web.stanford.edu/~eckert/PDF/Ma…
Elle va travailler autour du vocabulaire. Ainsi, chez les femmes, les règles sont présentées comme des "débris". Les ovocytes ne sont jamais "produits" mais "lâchés", et l'on insiste sur le "gâchis" propre à ce processus où la grande partie ne sera jamais utilisée.
A l'inverse, chez les hommes, la production de spermatozoïdes est spectaculaire, et l'on ne recule pas à mettre en avant l'extraordinaire quantité générée.
Les livres médicaux n'hésitent pas non plus à comparer les deux. Ainsi, là où les femmes "gâchent", les hommes "produisent". Pourtant, si on regarde les quantités, les spermatozoïdes sont bien plus "gâchés" (pour peu que ce terme ai un sens) que les ovocytes.
Plus surprenant, les spermatozoïdes et les ovocytes sont respectivement masculinisés et féminisés. Non seulement on juge différemment selon le sexe la façon dont les individus produisent leurs gamètes, mais on genre les gamètes elle-mêmes.
Et genrer veut dire hiérarchiser. Pour parler du déplacement des gamètes, on dit des ovocytes qu'ils sont "transportés" ou qu'ils "dérivent" (vocabulaire passif). Les spermatozoïdes, à l'opposé, sont dynamiques, forts et rapides : ils se propulsent (vocabulaire actif).
Mais cette différences ne viendrait-elle pas tout simplement de la nature ? Est-ce de notre faute si les spermatozoïdes sont actifs et les ovocytes passifs ? Et bien si on regarde vraiment ce qu'il se passe, c'est beaucoup plus nuancé.
Les spermatozoïdes ne dépendent pas de leur seule force pour aller d'un point A à un point B. Ils dépendent aussi, tout comme les ovocytes, de leur environnement (mouvement musculaires, secrétions, ...)
Et la meilleur façon de voir en quoi le genre précède bien ces descriptions, et non la nature, il faut regarder comment évoluent ces descriptions au fils des avancés scientifiques.
Une des caractéristiques, non moins genrés, prêtées aux spermatozoïdes, et qu'ils "pénètrent" l'ovocyte par leur force mécanique, toujours selon une logique actif/passif.
Seulement, de nouvelles données ont montrées que la capacité des spermatozoïdes à aller en avant est très faible. Ils font constamment des déplacement d'avant en arrière, et ils dépensent 10x plus d’énergie à faire des déplacement sur les cotés qu'en avant.
Autrement dit, le spermatozoïde semble expert pour esquiver toutes le cellules qu'il voit, et l'ovocyte doit être particulièrement doué à maintenir les spermatozoïdes en place. Les deux gamètes participent bien de façon active.
Pourtant, les mêmes chercheurs qui ont fait cette découverte continuent à utiliser l'ancienne représentation. Le spermatozoïde est certes moins fort, mais il est toujours au centre de l’affaire, c'est lui qui "attaque", qui "pénètre".
La découverte en elle même ne suffit pas à effacer les préconceptions genrés des chercheurs. D'autres écrirons même que le spermatozoïde "harponne" l'ovocyte. Emily Martin s'interroge sur ce choix guerrier : pourquoi ne pas utiliser "lancer un lien" ou "créer un pont" ?
Plus tard, des travaux vont montrer qu'il existe des échanges complexes entre les deux gamètes. Dans un article sur le sujet, l'auteur décrit que l’ovocyte possède des molécules sur sa surface auxquelles correspondent des protéines du spermatozoïde.
Dans ce genre de situation, l'usage est d'appeler la protéine un "récepteur". Mais comme il n'est pas concevable que le représentant de la masculinité soit pénétré, fut-il un gamète, l'auteur à choisit d'utiliser le terme "récepteur" pour les molécules de l'ovocyte.
Donc avec ces exemple, on voit bien que le genre va affecter la recherche scientifique d'au moins une façon : la façon dont le science représente les concepts qu'elle produit.
Quels peuvent être les effets de ces représentations sur la société ? On peu dire sans risque qu'au minimum elles entretiennent des stéréotypes de genre. Mais l’anthropologue va plus loin : en plaçant ces stéréotypes de genre jusque dans les cellules, on les naturalises.
Et en projetant dans les gamète une "volonté" de reproduction, des émotions et des sentiments, c'est notre hiérarchie sociale que nous plaçons dans le vivant.
Martin s'inquiète ainsi des conséquences que cela peut avoir sur les droits reproductifs, puisque indépendamment de la volonté du couple, il y aurait une sorte de volonté cellulaire à l'origine du bébé.
Je m'arrête là pour cet article, mais je vous conseil de le lire car j'ai occulté beaucoup de détails. Entre autre, la tendance ridicule qu'ont les articles scientifiques à utiliser le mot "portrait" pour les illustrations de spermatozoïdes ...
... et le mot "image" pour les illustrations d'ovocytes. C'est assez sidérant de voir que genrer des gamètes aboutit à les montrer respectivement comme des acteurs ou des objets.
Je rappel que l'article date de 1991, donc les choses ont peut-être bougées depuis (ou pas). Mon propos était juste de montrer comment le genre va venir interférer avec un processus scientifique, et non pas de faire un exposé sur la reproduction.
Ceci-dit, l'image que j'ai posté au début du thread montre à quel point ces représentations sont tenaces puisqu'un livre pour enfant (2006) reprend ici tous les éléments :
- Une histoire focalisée sur le spermatozoïde, qui est genré au masculin (Paulo)
- L'ovocyte complètement passif
- Les propriétés de vitesse et de force pour le spermatozoïde
On ne peut pas accuser seul l'auteur de romancer de façon sexiste le processus de fécondation quand cette même romance est décrite par les scientifiques quelques années avant.
Ici, c'est en fait chaque étape, de la production scientifique jusqu’à ses vulgarisations les plus simple qui sont en cause.
Petite précision : je n'y connais pas grand chose en biologie, donc désolée d'avance si j'ai mal traduit ou retranscrit cet article. J'ai fait de mon mieux :)
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