, 34 tweets, 6 min read Read on Twitter
Bon cet après-midi je vais parler très calmement aux modérés qui pensent qu'on peut et devrait discuter calmement de grand remplacement et que évidemment quand ils le font ils n'ont rien à voir avec l'extrême-droite.
Mais je vais leur demander de faire leurs devoirs avant en regardant cette vidéo, car elle parle un peu d'eux. À cet après-midi.
Bon allez.
Je vais dire les choses directement : mes amis, la raison pour laquelle votre stratégie face à la diffusion de thèses d'extrême-droite est dangereuse, c'est qu'elle est prévue par l'extrême-droite, souhaitée par l'extrême-droite.
La thèse du "grand remplacement" ne se diffuse pas grâce aux gens qui y croient le plus. S'ils étaient les seuls à en parler, ils constitueraient un petit groupe assez stable et de faible importance, qui parle entre soi, et ça se limiterait à ça.
Par exemple je vois ce message et je me demande : comment l'idéologie d'un type qui ne vend pas de bouquins peut-elle être connue à travers le pays et le monde, si elle a si peu d'audience et est "confidentielle" ?

Ben grâce à vous.
Le parti de Renaud Camus c'est trois pelés et un tondu.
Le soutien d'Henri de Lesquen à la présidentielle de 2017 c'est quasi-personne.
Les gens qui parlent activement de "grand remplacement" son peu nombreux.

Mais c'est pas grave : vous êtes là.
Et vous fonctionnez exactement comme le duo Gamergate-soutiens dans la vidéo : vous êtes la masse dans laquelle se fondre quand on commence à parler du caractère fasciste de cette théorie.
Vous êtes là pour poser le débat exactement comme les néofascistes le veulent : pour construire une position raisonnable ("Non, le "grand remplacement" n'existe pas") en position extrême (face à "Oui, c'est une réalité") et vous mettre vous-même au milieu.
Ce faisant, le débat est posé dans les termes que souhaite l'extrême-droite : en légitimant la place de leur vision ethnonationaliste du monde. La position modérée (ne pas admettre ce débat) devient un extrême.
Et du coup le débat, de lui-même, transforme en modéré (qui ne veut "que" provoquer des déportations et pas massacrer des civils à la kalchnikov) celui qui était infréquentable hier.
Et ça leur sert : comment donc ! Ne voulons-nous pas discuter, posément, du pourcentage de vérité dans leurs théories du complot ! N'acceptons-nous pas de débattre sur la base de leurs termes, par exemple celui consistant à définir comme "allogène" tout non-Blanc en Europe ?
Et le truc pratique, c'est que pendant qu'on est bloqués dans l'alternative entre débattre de savoir s'ils ont raison ou débattre de savoir s'il est bon de débattre pour savoir s'ils ont raison, un truc dont on ne débat pas, c'est comment les empêcher de nuire.
Ca laisse du temps à leur base de se radicaliser, à leurs idées d'être imposées dans le débat public.

Et c'est comme ça qu'on se retrouve un lendemain d'attentat à inviter un type qui défend l'idéologie d'un terroriste à un débat pour savoir si le terroriste avait raison.
C'est comme ça qu'on se retrouve avec des formules toutes faites sur la nécessité d'un compromis et d'un débat pacifié entre des gens qui veulent tuer ou déporter des innocents et ces innocents.
J'aime pas cette comparaison, mais c'est comme ça qu'on en vient à exiger un débat à temps de parole égal entre nazis et juifs.
Et s'il y a un truc que l'extrême-droite a bien compris, c'est l'efficacité que le discours sur le fait qu'"On nous empêche de débattre !" avait sur vous, les modérés, qui finissez du coup par vous sentir obligés de leur passer les plats.
Faire du débat sur une idéologie ethnonationaliste un débat sur le droit des ethnonationalistes à "avoir peur" est un truc efficace à chaque fois.
Et les ethnonationalistes comptent sur vous pour faire ce boulot pour eux.
Et je sais ce que vous vous dites : quelle importance pour VOUS, d'être applaudis voire même repris par des extrémistes, après tout, VOUS, vous n'en êtes pas, pas vrai ?
Mais quelle importance ça a à partir du moment où vous faites leur boulot pour eux ?
Vous popularisez leurs thèmes de prédilection, leur vocabulaire, leurs raisonnements, vous inscrivez leurs positions comme mauvaises, certes, mais comme faisant partie du paysage à prendre en compte. Et ils vous permettent même de dire "Non mais je suis pas comme eux".
Et vous faites tout ça en continuant de vous sentir bien, et de mobiliser des valeurs positives : de tolérance, de démocratie, de liberté de débat (qui conduisent à dire d'un type qui propose de déporter vos compatriotes qu'il n'est pas si extrême que ça, tout en présentant les
gens qui s'émeuvent de la popularité gagnée par son idéologie comme étant "les vrais fascistes", puisqu'après tout, eux ne veulent pas débattre, et que vous le savez, le débat c'est l'alpha et l'omega de la démocratie).
Vous n'êtes pas les requins, certes. Seulement l'eau nécessaire à ce qu'ils prospèrent. Sans vous, ils étoufferaient.
Mais allons au bout de votre raisonnement : ne serait-il pas bon de vraiment discuter des choses ?
Mais oui. Il y a quantité de choses à discuter, quantité de savoirs à mobiliser. Il y a beaucoup de travail.
La question c'est comment vous posez la question. Poser la question de la race comme relevant d'une essence génétique et culturelle, comme le fait Renaud Camus, c'est différent du fait de la poser que relevant de processus d'assignation, comme le font les études critiques.
D'autant que pendant ce temps il reste quantité de questions que vous continuez à ne pas poser. Ce n'est pas comme si vous vous étiez rués à la rescousse des gens qui parlent de racisme systémique ou structurel ces dernières années.
Quand vous dites "Mais les Français ont peur de la présence d'allogènes", vous avez déjà accepté, avant même de prononcer votre phrase, que les racisés en France ne sont pas *vraiment* Français.
La montée d'une pensée extrême comme le fascisme ne se fait pas en un jour. Elle nécessite un travail de sape constant, minutieux, et insidieux. Elle commence comme ça.
Exactement comme le type dans l'expérience de Milgram ne commençait pas dès le début à balancer des électrochocs mortels à l'autre "sujet". Statistiquement, il finissait quand même par le faire.
Vous vous voulez de braves défenseurs de la démocratie ?
Vous avez du boulot devant vous. Bien plus de boulot que de simplement tendre un micro à un militant fasciste pour le laisser dérouler sa doctrine.
Il est temps d'arrêter d'être feignants, et il est temps d'arrêter de croire que vous vivez en commentateurs abstraits du reste du monde. Ce n'est pas le cas.
Dernière chose : arrêtez de croire que la victoire contre l'extrême-droite est proche, quand tout ce que vous faites indique que vous êtes déjà en train de vous préparer à la défaite face à elle. Parce que c'est ce que nous faisons, et qu'il faut se le dire.
I'm done.
Fuck you.
Missing some Tweet in this thread?
You can try to force a refresh.

Like this thread? Get email updates or save it to PDF!

Subscribe to Pandov Strochnis )
Profile picture

Get real-time email alerts when new unrolls are available from this author!

This content may be removed anytime!

Twitter may remove this content at anytime, convert it as a PDF, save and print for later use!

Try unrolling a thread yourself!

how to unroll video

1) Follow Thread Reader App on Twitter so you can easily mention us!

2) Go to a Twitter thread (series of Tweets by the same owner) and mention us with a keyword "unroll" @threadreaderapp unroll

You can practice here first or read more on our help page!

Follow Us on Twitter!

Did Thread Reader help you today?

Support us! We are indie developers!


This site is made by just three indie developers on a laptop doing marketing, support and development! Read more about the story.

Become a Premium Member ($3.00/month or $30.00/year) and get exclusive features!

Become Premium

Too expensive? Make a small donation by buying us coffee ($5) or help with server cost ($10)

Donate via Paypal Become our Patreon

Thank you for your support!