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Je continue dans le partage d'expérience avec ceci, en espérant pouvoir faire gagner du temps aux auteurs débutants surtout :)

10 leçons apprises en 10 ans d'écriture : un thread

Les confirmés, n'hésitez pas à ajouter vos leçons !

#écriture #littérature #auteurs #écrivains
Commençons en marquant bien qu'il s'agit des leçons que j'ai apprises : ce ne sont pas les leçons métaphysiques universelles, et ce ne sont pas les leçons que j'entends enseigner !

Je vous explique ici mon cheminement d'écrivain en 10 étapes ; prenez ce qui vous semble bon :)
1/ Une phrase = une grande idée

Je crois que j'ai vraiment effectué un grand bond dans l'écriture quand j'ai laissé tomber la prétention de pouvoir raconter 1000 trucs sur 1000 sujets différents dans une seule phrase

Et je crois que c'est un problème assez universel !
Ça ne veut pas dire qu'on se limite aux phrasettes de 4 mots ! On peut faire long, mais toujours concentré sur le même sujet.

Un moyen de simple de vérifier : comparez le début et la fin de la phrase. Passe-t-elle de la culture des patates à l'astrophysique ? Si oui, on segmente
2/ Plus la phrase est longue, plus il faut être rigoureux

Ça peut paraître contre-intuitif : on se dit "j'ai plus de place, je peux mettre plus de trucs". Mais c'est tout l'inverse !

Plus la phrase est longue, plus le lecteur doit jongler avec des infos en suspens à l'esprit...
Ça nécessite d'être très, très économe avec les mots, et de garder un fil conducteur extrêmement clair, qui semble aller de soi - d'où le point 1, on reste focus sur une même thématique !

On élague les adverbes, les adjectifs en trop, on ménage des pauses avec les virgules :)
3/ Le plus grand levier de fluidité, c'est la relation de Chasles

Vous vous souvenez de la relation de Chasles, avec les vecteurs ? Celle qui dit que AB + BC = AC ?

En écriture, c'est pareil : chaque phrase commence là où l'autre se termine. Ça paraît bête ? Exemple !
Phrase avant :

"Sophie posa les lunettes que j'avais achetées hier sur la table et poussa un soupir. Ces lunettes m'avaient coûté..."

Phrase après :

"Sophie poussa un soupir et posa sur la table les lunettes que j'avais achetées hier. Ces lunettes m'avaient coûté..."
Je n'ai presque RIEN fait ici, à part déplacer les éléments pour pousser les lunettes le plus loin possible dans la phrase, pour connecter avec la phrase d'après :)

Une astuce qui n'a l'air de rien, et qu'on pense appliquer intuitivement... que nenni ! Ça change tout !
4/ Ça ne sert à rien de multiplier les périphrases pour désigner le protagoniste

Un travers fréquent, par peur de la répétition, consiste à semer des "la blonde", "la jeune femme", "l'héritière de la famille impériale" partout dans son texte.

En mode Daenerys.
99 % du temps, il vaut mieux aller à la simplicité et donner le prénom, ne serait-ce que parce qu'un lecteur ne "lit" pas les prénoms ; il les reconnaît.

Après, les périphrases ont leur intérêt suivant le contexte :

"La souveraine édicta son premier décret", oui !
"La souveraine coupa sa quiche lorraine", à moins de vouloir susciter un effet de décalage, non ;)

A vous de voir quand la périphrase apporte réellement du sens, révèle quelque chose sur une facette de votre personnage qui prendrait le dessus momentanément par exemple.
5/ Si éliminer une répétition crée plus de gêne à la lecture que la répétition elle-même, il est temps de laisser tomber

Un chat noir n'est jamais un félidé domestique nanti d'un poil à l'anthracite particulièrement intense.

Vraiment, c'est juste un chat noir.
6/ Le verbe dirige la phrase

Pas le nom, pas l'adjectif, pas l'adverbe, pas même le sujet : LE VERBE.

Parfois, on écrit le bon verbe, mais sous une forme affaiblie, adjectivale, alors qu'on pourrait juste en faire le centre névralgique de la phrase.

Osons le verbe !
Exemple qu'on pourrait lire :

"Son coup de poing fulgurant l'atteignit dans la gueule"

Mais y'a plein de gras, on tourne autour du pot. Le verbe est là, caché ! Désormais, j'écrirais plutôt :

"Son poing lui fulgura dans la gueule"

Bah ouais, BIM ! Je gagne des mots, je COGNE.
7/ Les expressions toutes faites empêchent de progresser

C'est la vie. Demain est un autre jour, mais rira bien qui rira le dernier, car à chaque jour suffit sa peine et un de perdu dix de retrouvés. On n'est jamais battu à plate couture : tendons l'autre joue.
C'est vrai, c'est chouette de lâcher un petit "peu me chaut", de colorer ici et là son texte de Fantasy avec des expressions médiévales, de dégainer des citations. Ça fait classe.

Mais... on n'est pas censés écrire nous-mêmes ?

Attention à ne pas sous-traiter auprès des morts
Utiliser une expression figée - déjà, le mot "figée" devrait faire fuir ! -, c'est s'assurer que sa phrase va ressembler à des millions d'autres phrases qui la contiennent. Un peu dommage quand on veut se démarquer !

Ceci dit, on peut les détourner. Prudence toutefois...
8/ La ponctuation est fondamentale

C'est dingue comme un tiret change complètement une phrase - ou pas.
9/ On peut parler d'à peu près n'importe quoi, du moment qu'on y met les efforts qu'il faut

Mais il faut y croire, et se donner les moyens de rendre cette cuillère rouillée intéressante si elle a un lien fort avec les thématiques du roman ou son intrigue.
Je vois beaucoup d'auteurs se demander "quelle longueur maximale pour une description", par exemple.

Y en n'a pas vraiment : il suffit d'arrêter dès que ça devient chiant. Et ça peut être chiant dès le premier mot ! Dans ce cas, on ne décrit pas. C'est pas grave.
Évidemment, la description est un peu ennuyeuse par essence car elle fige (tiens, retour du mot) l'action.

Donc il faut tout donner. Varier la rythmique, dégainer de la métaphore, y mettre toute sa conviction.

Vous pouvez faire d'un fermier lambda un perso super cool !
10/ Ne jamais cacher ses défauts derrière l'excuse du style

Quand on arrive à un niveau suffisant pour prétendre avoir un style - je dis bien "prétendre" -, on commence à se trouver des tas d'excuses :

"Oui mais moi, mon style est simple, ou complexe, ou généreux", etc.
Si votre texte manque de quelque chose, ou souffre d'un excès de quelque chose, style ou pas style, vous avez un problème à régler.

Le style, c'est jamais que la façon dont vous allez le régler.

Si vous pensez que toucher à un mot de votre prose, c'est trahir votre style...
... c'est que votre style tient encore à peu de choses. Je l'ai appris à mes dépens !

Voilà. C'est tout pour moi ! En espérant ne pas avoir été trop relou. Il me reste encore pas mal de choses à apprendre, donc rendez-vous dans 10 ans pour voir ce qui aura changé ou pas ;)
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