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#1erMai Je suis tellement en rage, les stratégies de maintien de l'ordre sont de plus en plus criminelles. Je suis, il faut bien le dire, traumatisée par ce que j'ai vécu hier.
Et pourtant j'en ai vu des vertes et des pas mûres en manif. J'ai compris depuis longtemps qu'être une manifestante pacifique ne protège pas des violences policières.
En quelques années de présence dans le cortège de tête, j'ai été matraquée lors d'une charge, gazée à bout portant à la bombe au poivre, j'ai eu des troubles respiratoires pendant plusieurs semaines à cause de palets de gaz lacrymo tombés trop près de moi.
J'ai vu des "boules de feu" passer à mes pieds et je me suis pris des éclats de grenades de désencerclement dans un tibia.
Bref j'ai vécu pas mal de situations plutôt stressantes.
Mais je n'ai jamais eu peur de mourir comme hier.
Hier j'étais boulevard de l'Hôpital avec des collègues de travail, voyant que ça gazait et que le cortège n'avançait plus on décide de quitter la manif pour aller boire verre. On rebrousse chemin pour retourner boulevard Saint Marcel et trouver un troquet.
Bien sûr la nasse policière s'est inexorablement refermée sur la manifestation. Impossible de sortir. Voyant que la foule commence à s'amasser nous tentons de nous frayer un chemin pour retourner sur nos pas et chercher une issue.
Nous entendons qu'il est peut-être possible de sortir rue Poliveau, mais la foule est si dense et compacte que nous ne pouvons plus avancer. Les flics balancent du gaz lacrymo à une cadence infernale, l'air est irrespirable, impossible de bouger.
Avec mes collègues nous nous tenons par la main. Je vois dans les yeux de ma stagiaire qu'elle commence à paniquer, les gaz lui piquent les yeux et la pression de la foule commence à être franchement angoissante.
Soudain la pression s'intensifie, je suis petite, je ne peux rien voir, mais j'entends que la police charge et matraque, a priori à deux ou trois mètres de là où nous nous trouvons, derrière moi un homme protège sa mère et hurle aux gens d'arrêter de pousser.
Impossible de se pousser ou de reculer pour fuir la charge. Dans la nasse nous sommes serré·e·s comme des sardines. La panique est totale. Je pense à cette femme que j'ai vu passer quelques minutes auparavant avec une poussette et un bébé, je me demande si elle est en sécurité.
Un de mes collègues est emporté par la foule. C'est cinématographique, il tend la main vers moi, mais je suis trop loin et je le vois disparaître au moment où la foule se referme sur lui.
Ma stagiaire et moi nous sommes placées trop près du mur. Nous ne pouvons pas bouger et nous nous prenons de plein fouet la pression de la foule tentant d'échapper aux coups de matraque.
Soudain je sens et j'entends ma cage thoracique craquer. Je hurle. Je pense que je vais mourir là, écrasée par la foule, à cause de cette stratégie policière criminelle. Ma stagiaire est en panique totale. Je me dis que c'est trop bête de mourir comme ça, je cherche une issue.
Des voix s'élèvent, crient pour que les portes de l'immeuble qui se trouve près de nous s'ouvrent. C'est presque un miracle, je vois les portes du numéro 20 qui sont grandes ouvertes, j'attrape ma stagiaire et la pousse autant que je peux vers l'ouverture.
Nous nous engouffrons dans l'immeuble et montons les escaliers pour faire de la place à d'autres. Ma stagiaire revit. Une foule compacte se masse dans la cour, le hall et les étages. Compacte et hétérogène, hormis les enfants presque toutes les classes d'âge sont représentées.
J'écris frénétiquement à mes collègues pour leur dire que nous sommes en sécurité, le collègue que j'avais vu disparaître dans la foule a lui aussi réussi à rentrer dans l'immeuble en suivant des street médics. Il nous rejoint.
Une jeune femme emprunte le téléphone de ma stagiaire pour écrire à ses amis qu'elle est en sécurité, elle a perdu son téléphone pendant le mouvement de foule. Beaucoup de gens semblent choqué·e·s, j'ai vu plusieurs personnes faire des attaques de panique.
Nous attendons pendant trois quarts d'heure que ça se calme pour sortir de l'immeuble. Une fois dehors nous ne pouvons que constater que la rue est toujours nassée, nous marchons sur un bon kilomètre pour trouver une issue via un escalier qui donne sur la rue Pascal.
Nous en avons reparlé ce matin au travail avec ma stagiaire, nous avons eu toutes les deux très peur de mourir. Nous avons mal dormi. Et ma côte me fait souffrir le martyre quand je respire.
Nous retournerons manifester, mais je pense que pour moi comme pour elle il y aura un avant et un après 1er mai 2019.
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