Profile picture
, 25 tweets, 7 min read Read on Twitter
#Thread
Le 26 novembre 1965, la France met sur orbite son 1er satellite à partir de sa base d'Hammaguir dans le Sahara algérien. Après l’URSS et les Etats-Unis, elle devient alors la 3ème puissance spatiale capable d’envoyer des engins dans l’espace.
Après la défaite des nazis en 1945, les Américains et les Russes s’attachent les services des principaux ingénieurs et techniciens allemands ayant travaillé sur les missiles V2. Ils embarquent aussi la majorité des fusées en état de marche.
Ces ingénieurs allemands formeront le noyau dur de spécialistes à l'origine des missiles balistiques et des lanceurs spatiaux américains et soviétiques. En 1958, l’allemand Wernher von Braun (naturalisé américain) sera même nommé directeur du centre de vol spatial de la NASA.
L’armée française ne parvient à récupérer ni fusée V2 complète ni documentation exploitable. Mais en 1946 elle réussit à embaucher une centaine de spécialistes allemands, dont certains viennent d'être libérés par les Britanniques qui ont renoncé à poursuivre leurs investigations.
Un laboratoire de recherches balistiques est créé (LRBA). L’objectif est de doter la France de missiles balistiques et anti-aériens à longue portée, pour faire face à la menace soviétique. Le développement commence laborieusement, avec peu de moyens, enchaînant succès et échecs.
Parallèlement au développement des missiles balistiques, le LRBA lance en 1949 un modeste programme de fusées-sondes pour la haute atmosphère. À la fin des années 1950 la majorité des spécialistes allemands étaient retournés dans leur pays natal, en plein décollage économique.
En 1958, Charles de Gaulle est de retour au pouvoir, avec toujours la même obsession : la grandeur de la France et son indépendance stratégique. De Gaulle veut une dissuasion nucléaire crédible pour rendre la France « inattaquable », même par une super-puissance.
Pour que cette dissuasion nucléaire soit crédible, il faut la doter de missiles balistiques capables d’atteindre les grandes villes russes à partir des sous-marins et des silos de lancement. Il faut donc développer de puissantes fusées.
Dès 1958, de Gaulle triple le budget de la recherche (tout en affichant bientôt d’impressionnants excédents budgétaires). En 1959 il relance le programme de missile balistique, que la France devra développer seule après l’échec des négociations avec les Américains.
En 1961, en pleine course à l’espace américano-soviétique, souhaitant profiter de l’expertise acquise avec les missiles stratégiques, de Gaulle décide de créer une agence spatiale française, le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales).
À l'origine, la fusée française, puis européenne, est donc intimement lié au développement des missiles intercontinentaux de la dissuasion nucléaire en France. Tout comme aux États-Unis et en URSS.
En 1964, de Gaulle donne son feu vert pour la construction d’une base de lancement en Guyane. La population locale n’est pas consultée. Mais le Général vient lui-même annoncer « un grand projet » aux Guyanais, sans le dévoiler car encore tenu secret.
Les Américains sont eux aussi mis devant le fait accompli, et ne peuvent que constater l’implantation d’installations stratégiques dans leur zone d’influence. 100000 hectares de jungle sont défrichés autour de Kourou (10 fois la superficie de Paris).
En 1964, Kourou compte 600 habitants, qui seront relogés dans une toute nouvelle ville. En 1964, la Guyane française n’a que 40000 habitants, alors qu’elle est aussi grande que l’Autriche (!). En quelques années, le petit village se transforme en une ville de 19000 habitants.
Kourou a été choisi car situé très près de l’équateur, ce qui offre un accès direct à toutes les orbites. Un avantage majeur sur Cap Canaveral et Baïkonour, qui nécessitent fréquemment de passer par des orbites intermédiaires. Ce qui engendre d'importants coûts supplémentaires.
Ce pourquoi des fusées russes Soyouz sont aujourd’hui lancées à partir de Kourou. La France s’est dotée de la meilleure base de lancement du monde. Le 1er tir à partir de Kourou aura lieu en avril 1968.
En 1962, six pays européens (France, Allemagne, Italie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Belgique (+l'Australie où est situé le pas de tir retenu), s’associent pour la construction d’un lanceur d'engins spatiaux. Mais la fusée Europa est un échec et sera définitivement abandonnée en 1972.
En parallèle du projet européen auquel elle participe, la France poursuit le développement de son propre lanceur 100% français (on ne sait jamais...). Ainsi, entre 1970 et 1975, les fusées Diamant-B et BP-4 parviennent à placer 5 satellites en orbite. Un beau succès.
Après le coûteux échec de la fusée Europa, l’Allemagne et le Royaume-Uni se tournent vers la NASA pour lancer leurs satellites. Ce qui signerait la fin du lanceur européen. Et les États-Unis font tous leurs efforts pour dissuader l’Europe de reprendre le développement d’une fusée
Mais, forte des succès de ses lancements guyanais et défendant l’autonomie spatiale européenne, la France parvient à retourner la situation. Le 31 juillet 1973 à Bruxelles, les européens trouvent un accord sur le projet Ariane.
La France, convaincue de sa technologie, a tout fait pour rallier ses partenaires européens. Elle s’est non seulement engagée à supporter 60% du financement d’Ariane, mais aussi à payer tous les dépassements au-delà de 120% du budget.
En contrepartie de cet effort considérable, et pour éviter un nouveau désastre européen, la France obtient la maîtrise d'œuvre complète du programme et la conduite industrielle du projet. Et bien sûr, les tirs devront se faire à partir de la base française de Kourou.
Le projet Ariane garde le nom de code « L3S » (abréviation française de « lanceur de substitution de troisième génération »). De là à dire que la France aurait produit Ariane quoi qu’il arrive, mais souhaitait partager ses frais de conception, il n’y a pas loin...
Les européens ne pouvaient pas refuser l'offre française. Si Ariane est un succès, ce sera un succès européen. Et si c’est un échec, il sera surtout français. En 1975, l’Agence Spatiale Européenne est créée (ESA). Aujourd’hui encore, la France en est le 1er contributeur.
Le 1er tir d’Ariane a lieu en décembre 1979. Dès 1980, les lanceurs Ariane s'octroient 50% des parts du marché des lancements de satellites commerciaux. Ce qui fait d’Arianespace le leader mondial du secteur. Même si la concurrence se durcit… #Fin
Missing some Tweet in this thread?
You can try to force a refresh.

Like this thread? Get email updates or save it to PDF!

Subscribe to Ben oui
Profile picture

Get real-time email alerts when new unrolls are available from this author!

This content may be removed anytime!

Twitter may remove this content at anytime, convert it as a PDF, save and print for later use!

Try unrolling a thread yourself!

how to unroll video

1) Follow Thread Reader App on Twitter so you can easily mention us!

2) Go to a Twitter thread (series of Tweets by the same owner) and mention us with a keyword "unroll" @threadreaderapp unroll

You can practice here first or read more on our help page!

Follow Us on Twitter!

Did Thread Reader help you today?

Support us! We are indie developers!


This site is made by just three indie developers on a laptop doing marketing, support and development! Read more about the story.

Become a Premium Member ($3.00/month or $30.00/year) and get exclusive features!

Become Premium

Too expensive? Make a small donation by buying us coffee ($5) or help with server cost ($10)

Donate via Paypal Become our Patreon

Thank you for your support!