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Vous avez sûrement déjà vu le nom de Bir Hakeim sur des rues, des places ou la station de métro à Paris. Et vous savez éventuellement qu’il s’agit d’une bataille, plus ou moins lointaine et plus ou moins anecdotique. Mais sans plus.
En 1942, la bataille de Bir Hakeim fut en réalité la plus importante contribution de l’armée française à la victoire des alliés en Afrique. Et cet exploit militaire hors du commun contribua énormément à la reconnaissance politique de la France libre de De Gaulle.
En décembre 1941, le Général de Gaulle met la 1ère Brigade française libre (5500 hommes) à la disposition de la 8ème Armée britannique. Début 1942, après leur déroute dans l'Ouest de la Libye, les Britanniques font face aux troupes germano-italiennes autour de Tobrouk.
Le but est d’empêcher les allemands de s’emparer de l’Egypte et du Canal de Suez. En février 1942, les unités de combat de la 1ère BFL (3700 hommes) s'installent à Bir Hakeim, au nord de la Libye près de la frontière égyptienne, intégrant un vaste dispositif de défense.
Les 3700 soldats français qui s'établissent à Bir Hakeim sont d'origines diverses, dont beaucoup de volontaires impatients de se battre. Infanterie de marine, légion étrangère, troupes coloniales, artillerie, fusiliers marins, génie, transmissions, train, services de santé...
Un ensemble hétérogène, mais équilibré et disposant d’une grosse puissance de feu: 86 canons, 44 mortiers, 18 canons antiaériens, obusiers, 86 fusils antichars, 76 mitrailleuses lourdes, 366 fusil-mitrailleurs et au moins 20.000 obus de 75mm. Ainsi que 10 jours de ravitaillement.
La grande majorité de l'artillerie est d'origine française, récupérée au Levant, complété par du matériel fourni par les Britanniques. 120.000 mines ont été méthodiquement enterrées tout autour du camp retranché. La plupart des casques sont britanniques.
Le hasard fait que ce sont des officiers français ayant combattu en 14-18 qui établissent la défense française à Bir Hakeim. Le Général de Larminat et le Général Koenig, qui restera seul pour diriger la 1ère BFL pendant l’attaque.
Pour fortifier Bir-Hakeim, de Larminat et Koenig appliquent à la lettre la doctrine de l’armée française : « Tout obstacle qui n’est pas sous le feu, n’est pas un obstacle ». Les 16 km² de Bir Hakeim deviennent à ce moment-là la place forte la mieux défendue du monde.
Le 26 mai 1942, Rommel passe à l’offensive avec 90000 hommes et 575 chars. Il attaque Gazala au nord et lance ses cinq meilleures divisions au sud, appuyées par une division italienne.
Rommel donne l’ordre à la division blindée italienne Ariete, d'attaquer Bir Hakeim par le sud-est et d’anéantir la position française. Pour Rommel, parfaitement informé de la faiblesse des effectifs français, ce ne sera qu’une formalité.
Pendant les 45 minutes de la charge des blindés, les Français détruisent 32 chars sur 70 et feront 91 prisonniers. Les Italiens doivent se replier en hâte, très sérieusement diminués. Les Français, eux, n'ont que deux blessés, un camion et un canon détruits.
Pendant que les Français résistent à Bir-Hakeim, les positions Britanniques cèdent les unes après les autres. La 8è armée est rapidement forcée de se replier vers El Alamein en essuyant de lourdes pertes : 35000 capturés, 15000 tués ou blessés, 1200 chars hors de combat.
Après ses succès au nord face aux Britanniques, Rommel demande la reddition des Français afin "d'éviter des morts inutiles". Demande rejetée par Koenig. Excédé, Rommel prend le commandement de l’offensive contre Bir Hakeim et fait venir toutes les unités disponibles en renfort.
Une division motorisée italienne, une division légère allemande et 3 régiments de blindés arrivent en renfort. Près de 40000 allemands et italiens assiègent maintenant 3700 français, qui n’ont ni chars ni avions. Rommel déchaîne alors les enfers sur les positions françaises.
Grâce à Larminat et Koenig, les troupes françaises sont si bien protégés que les obus ne sont mortels que s'ils touchent directement leur cible. Et les français ne se contentent pas de riposter. Chaque jour ils lancent des attaques meurtrières contre les Allemands.
À partir du 2 juin 1942, les positions françaises sont complètement encerclées par les forces de l'axe. Du 2 au 10 juin, plus de 80.000 obus de gros calibre sont tirés de part et d’autre. Et la position française est continuellement pilonnée par l’aviation allemande et italienne.
L'isolement des Français est presque total, à 1 contre 10, parfois soutenus par les chasseurs de la RAF. L’échange qui suit résume alors leur situation à Bir-Hakeim :
« Mon Général, nous sommes encerclés ! »
« Parfait, nous pouvons donc attaquer dans toutes les directions ! »
Le 10 juin 1942, à court de munitions et d’eau, la 1ère BFL reçoit enfin l’ordre d’évacuer. Les Britanniques ayant eu le temps de renforcer leur défense à El Alamein. Les Français réussiront alors un ultime exploit en parvenant à sortir de leur enclave pendant la nuit.
En bloquant l’avancée de Rommel vers l’Egypte, les Français ont permis aux Britanniques et aux Australiens de préparer la défense d’El Alamein, qui sera une victoire alliée décisive et qui aboutira plus tard à la capitulation de l’Afrikakorps.
Malgré l’acharnement des combats, les pertes françaises sont assez limitées: 140 tués, 130 blessés et 763 disparus(dont 600 prisonniers). 22 sont morts après leur capture par manque d’eau. Et 118 prisonniers ont disparu lors du torpillage du navire qui les emmenait vers l’Italie.
Pour Rommel, le bilan est beaucoup lourd. Il a perdu 3300 hommes et près de 300 ont été faits prisonniers. 52 chars, 11 automitrailleuses, des dizaines de camions ont été détruits et la Luftwaffe a perdu une cinquantaine d’avions.
Dès les 1ers revers britanniques à Gazala, les défenses d'El Alamein avaient été renforcées par des divisions australiennes rappelées en toute hâte d’Irak. Aujourd’hui encore, on se demande pourquoi Rommel n’a pas simplement contourné Bir-Hakeim au lieu de s’y obstiner.
Rommel a perdu 15 précieux jours à Bir-Hakeim en s’acharnant sur la position française, subissant de lourdes pertes en hommes et en matériel. Alors que s'il était arrivé quinze jours plus tôt à El Alamein, il y aurait rencontré une moindre résistance.
En 1942, l’exploit français de Bir Hakeim connaît un retentissement mondial. Le temps était encore au Blitzkrieg et rien ne semblait pouvoir stopper la Wehrmacht. Les Allemands et les Japonais enchaînaient les victoires depuis 1939.
Dans une avalanche de mauvaises nouvelles, quelques milliers de Français qui se battent avec succès dans le désert de Libye, deviennent un espoir pour le monde entier. Au Royaume-Uni, en Australie, aux Etats-Unis, en URSS, partout les journaux relatent l’exploit français.
Bir Hakeim entraîne une nouvelle prise de conscience du courage des soldats français. Le maréchal anglais Auchinleck: « Les Nations unies se doivent d'être remplies d'admiration et de reconnaissance, à l'égard de ces troupes françaises et de leur vaillant général Kœnig. »
Churchill : « En retardant de quinze jours l'offensive de Rommel, les Français libres de Bir Hakeim auront contribué à sauvegarder le sort de l'Égypte et du canal de Suez. »
En France, une chanson est dédiée à la gloire des soldats de Bir Hakeim.
Mais les forces françaises libres étaient considérées par les Allemands comme des terroristes, au même titre que les résistants. Dès la prise de Bir Hakeim, radio Berlin diffuse ce communiqué :
À Londres, Charles de Gaulle riposte immédiatement sur la BBC en faisant diffuser ce message dans plusieurs langues :
Le même jour, la radio de Berlin proclamait : « À propos des militaires français qui viennent d’être pris au cours des combats de Bir Hakeim, aucun malentendu n’est possible. Les soldats du général de Gaulle seront traités comme des soldats. »
Et ils le seront. #Fin
#Thread de petites anecdotes sur Bir Hakeim (pour ceux qui veulent plus :)
Adolphe Hitler à propos de Bir Hakeim :
Erwin Rommel après Bir Hakeim :
« J'ai rarement vu combat plus acharné. Une fois de plus, la preuve était faite qu'un chef français, décidé à ne pas jeter le fusil après la mire à la première occasion, peut réaliser des miracles, même si la situation est apparemment désespérée. »
Le Capitaine Messmer, officier à Bir-Hakeim (qui deviendra ministre sous de Gaulle puis Pompidou), dira plus tard : "Notre puissance de feu dépassait celle d'une brigade britannique et était au moins égale, sinon supérieure, à celle d'une division d'infanterie française de 1940".
En 1986, lors d’une conférence sur Bir-Hakeim, Pierre Messmer (commandant une compagnie de légionnaires) a donné son sentiment personnel sur les décisions de Rommel. L’importance de Bir-Hakeim, pour Rommel et pour les Allemands en général, était politique plus que militaire. 1/2
L’état-major allemand, et Hitler en particulier, voulait éliminer une fois pour toutes la seule grande unité des Forces Françaises Libres. Messmer pense que Rommel a été victime de son entêtement. Il a cru au début qu’il pourrait s'emparer de Bir-Hakeim en 2 ou 3 jours.
Quelques témoignages de Bir Hakeim.
Général Saint-Hillier : « À côté de moi, l'équipe de pièce d'un canon de 75 est volatilisée par un obus de 88 ; le légionnaire survivant, la main arrachée, charge son 75 en s'aidant de son moignon, pointe son canon et détruit le 88 allemand… »
Capitaine Messmer : « Une section, non seulement sous le feu, mais aussi sous les chenilles des chars allemands, a levé les bras. Pendant un instant j’ai hésité à faire mitrailler ceux qui se rendaient… ».
Messmer : « On m'avait donné en renfort une section nord-africaine. Cette section s'est débandée, les hommes ont filé comme des lapins vers l'intérieur de la position. Pris de rage, j'ai vidé mon chargeur sur les fuyards… ».
Messmer : « Le colonel m'a demandé de relever une autre compagnie sous le feu depuis 2 jours sans interruption, en me disant simplement ceci : "Vous prendrez le commandement du point d'appui. Je vous donne un seul ordre : vous vous ferez tuer sur place si c'est nécessaire". »
Un fusilier-marin à un aumônier militaire à Bir Hakeim : « Dépêchez-vous mon Père, il y a là un garçon qui va mourir ».
L’aumônier : « ne craignez rien, ce soir tous les morts montent au paradis… ».
Proportionnellement à la surface du champ de bataille de Bir Hakeim et à la durée des combats, les bombardements d’artillerie y furent plus intensifs qu’à Verdun et les bombardements aériens plus massifs qu’à Stalingrad. L'enfer.
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