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#DansLAtelierDeLHistorienne un thread ! Les gens se demandent souvent qu’est-ce qu’on fait quand on fait de la recherche en histoire… Il se trouve que je remets les mains dans le cambouis pour la première fois depuis longtemps, alors voilà un aperçu… #archives #imprimerie ⬇️
L’année dernière avec du temps devant moi, j’ai commencé un nouveau projet de recherche pour comprendre les dynamiques du développement de l’imprimerie en Italie jusqu’aux années 1540, les circulations de livres et de personnes dans la région.
Entre autres, j’ai fait deux courts séjours à Brescia (une très très belle découverte, ce dit en passant, ville magnifique, calme et accueillante !) pour consulter les archives et aller en bibliothèque. Ce sont de ces documents que je vais vous parler aujourd’hui.
Aller dans de nouvelles archives, c’est rarement simple. Il faut comprendre le système de classement, pour évaluer où est-ce qu’on peut trouver des documents qui nous intéressent… C’est toujours un peu angoissant…
À Brescia, j’ai principalement dépouillé les registres de la chancellerie, où je trouvais des décisions commerciales et où les imprimeurs et libraires apparaissaient de temps en temps. Concrètement, ça se présente comme une succession de copies de décisions officielles… 👇🏾
J’ai aussi dépouillé quelques cartons de notaires, les listes et déclarations fiscales, avec plus ou moins de succès... Parfois on passe des journées à ne rien trouver, et c'est rageant.
Maintenant qu’on peut prendre des photos en archives en Italie, je repère les documents qui m’intéressent en les parcourant et en repérant les mots-clefs (imprimeur, libraire, importation, exportation, taxe…). Je prends frénétiquement des photos sans transcrire sur place.
En plus de tout ça, je suis allée dans la bibliothèque municipale, où j’ai pu consulter les travaux d’historiens locaux sur l’imprimerie à Brescia, dont certains ont fait des travaux importants en archives et des éditions (partielles hélas) de documents…
Je rentre donc avec plusieurs centaines de photos prises… et pas de temps pour les traiter, ou alors très superficiellement, avant cette semaine…
Ces documents sont majoritairement en latin, parfois en dialecte italien local. Mais surtout, l’écriture est… disons… inégale. Je pense qu’il y a un enfer spécial pour les notaires de cette période.
Dans tous les cas, ces documents ne sont que rarement édités, encore moins traduits : il faut se confronter à une écriture, une langue et une manière de formuler les choses très différentes de la nôtre et d’en tirer les informations pertinentes pour sa recherche.
J’essaie de transcrire les documents les plus importants. Parfois ça marche pas trop mal, comme dans ce cas d’une affaire de jeu où un imprimeur est cité : vous le voyez, le "Julien d'Alexandrie, imprimeur de livre étranger", qui comparait devant la chancellerie de Brescia ?
Parfois, ça marche moins bien comme dans ce document où un libraire de Brescia reconnait une dette envers des imprimeurs vénitiens. Là, je reconnais que l’écriture est un vrai obstacle (cf. les ? et les ... dans ma transcription provisoire).
Les listes fiscales sont l’efficacité même en peu de mot, on sait où le nom de la personne, où elle habite, le montant de son imposition. Quand on a la déclaration, on a même la composition de sa maisonnée, ses dettes, ses crédits, ses possessions foncières… Le bonheur !
Que faire de toutes ces informations ? On peut mettre en série les individus que l’on retrouve, pour essayer de comprendre à quoi ressemble le monde du livre local. Je l’ai fait pour Venise, je me suis donc refait une petite base de données prosopographique pour Brescia.
Le principe de la prosopographie, c’est de classer toutes les informations sur des individus faisant partie d’un groupe. Parfois, je n’ai qu’une mention en passant, comme pour ce libraire. Mais peut-être que je le retrouverai dans un autre document.
On peut ensuite comparer les individus entre eux, évaluer leur nombre, leurs similitudes et différences, comprendre leurs interactions… Bref étudier un groupe !
Parfois, certains documents sont éclairants en soi : par exemple, cette déclaration fiscale d’un imprimeur est très importante car elle montre qu’il avait des dettes importantes envers des imprimeurs vénitiens, en particulier la famille Giunta établie à Venise et à Lyon.
Cet imprimeur, qu’on pensait indépendant, était en fait sans doute plus ou moins sous la tutelle de la famille Giunta, vu l’importance de ses dettes envers elle. À confirmer avec d'autres sources et d'autres travaux...
Ce sont quelques aperçus très personnels. Chacun travaille un peu différemment, avec des compétences diverses. Mais si ça peut faire rentrer un peu dans la boite noir des historiens et des historiennes, ce sera toujours ça de pris... 🙂 si vous avez des questions, n'hésitez pas !
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