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Aujourd’hui je m’attaque à mon 4ème fil : la présentation du scénario #Négatep.
Le plus grand défi de notre siècle sera sans doute la lutte contre le réchauffement climatique. Celle-ci passe par la réduction des émissions de gaz à effet de serre dont majoritairement le CO2.
Les 2/3 des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent de la consommation d’énergies fossiles.
4 : c’est l’objectif de division des émissions de GES que s’était fixée la France en 2005 dans La loi d’orientation sur l’énergie. Sachant que ces émissions sont dues en majorité à l’utilisation d’énergies fossiles, les cibles à abattre sont donc : pétrole, gaz et charbon.
Pour se faire, de très nombreux scénarios ont vu le jour, dont le très célèbre #Négawatt porté par l’association éponyme.
Je le rappelle, si l’objectif est la préservation d’un climat stable, alors ce sont les énergies fossiles les ennemies. Pourtant, beaucoup de ces scénarios prévoient de se passer du nucléaire, le considérant comme une cible à abattre.
Négawatt en est l’exemple type, en osant même sortir des fossiles APRÈS être sorti du nucléaire.
Sauf qu’on ne va pas se mentir, ces scénarios reposent sur des hypothèses très discutables (gestion de l’intermittence des EnRi, stockage d’énergie, capacités d’imports/exports, gestion de la consommation qui s’apparente à une restriction des libertés individuelles,…)
Ci-dessous, un fil qui montre l’absurdité des hypothèses lorsqu’on décide volontairement de se passer d’une base pilotable :
Mais du coup, que se passe-t’il lorsqu’on ne pose plus comme axiome de sortir du nucléaire ? Ou mieux, que se passe-t’il lorsque l’on décide d’en faire un pilier central du scénario ?
C’est ce que propose le scénario #Négatep, porté par l’association @sauvonsleclimat, dont j’ai fait la lecture complète afin d’en analyser un peu la substance, et surtout d’en faire un résumé concis (oui, j’ai quand même mis un peu de temps pour lire les 90 pages !).
Il est disponible ici :
sauvonsleclimat.org/fr/base-docume…
Alors préparez vos calculatrices, laissez vos aprioris sur le nucléaire civil sur le pas de la porte, et c’est parti.
Pour commencer Negatep tente de répondre à 4 objectifs :
Pour ce faire, Négatep se décompose en 4 axes :
J’attire particulièrement votre attention vers la proposition surlignée.
Bon alors, pour savoir où aller, il faudrait d’abord savoir d’où on part.
Tout d’abord, on va faire un petit point définition, la distinction entre énergie primaire, énergie finale et énergie utile :
-L’énergie primaire, c’est celle que l’on extrait de l’environnement : la chaleur de combustion d’un combustible fossile, la chaleur dégagée par la fission de l’uranium.
Pour les EnR électriques, comme il n’y a pas d’équivalence en chaleur (car pas de combustible) c’est directement l’électricité qui est comptée en équivalent primaire.
-L’énergie finale, c’est celle que l’on paye : l’essence ou le diesel à la pompe, le gaz et l’électricité qui passent effectivement votre compteur.
-L’énergie utile, c’est celle qui sert vraiment : l’énergie mécanique effectivement fournie par votre moteur, la chaleur effectivement fournie par votre dispositif de chauffage, etc…
Gardez bien en tête la distinction entre les 3, elle va avoir son importance.
Ensuite petit rappel des unités d’énergie :
Tep (et ses multiples : kTep, MTep): tonne équivalent pétrole, ça veut dire ce que ça veut dire 😁
Wh (et ses multiples : kWh, MWh, GWh, TWh) : watt-heure, une puissance de 1 watt pendant 1 heure.
Équivalences : 1 Tep = 11,628 ; MWh = 41,8 GJ ; 1 MWh = 3,6 GJ
Ensuite, différence entre sobriété et efficacité :
Voici donc la consommation d’énergie finale par secteurs en France en 2015.
Sous forme de camemberts c’est plus lisible :
Et en énergie primaire :
Bon, le mieux, c’est encore d’utiliser un diagramme de Sankey pour visualiser les différents flux. Je remercie chaleureusement @MrBidouille pour son graphique (attention cependant, il date de 2017, donc les valeurs sont un peu différentes, mais la structure est la même) :
Pour avoir ce genre de diagrammes sur différentes années et différents pays de l’UE, je vous recommande le site d'Eurostat, tout y est super détaillé !
ec.europa.eu/eurostat/cache…
Votre mission si vous l’acceptez, faire disparaitre le plus possible de flèches grises du schéma précédent. Par quoi on commence ?
1-Première partie : maîtrise de la demande

#Négatep l’écrit noir sur blanc, la réduction des émissions de GES nécessite une diminution de consommation, MAIS, il ne faut pas oublier que la réduction de consommation n’est qu’un MOYEN, et pas un OBJECTIF !
Commençons par le secteur résidentiel.
#Négatep propose de passer le nombre de constructions neuves (et donc mieux isolées) de 300000/an à 400000/an tout en augmentant les destructions de 50000/an à 150000/an.
Les rénovations thermiques passeraient quant à elles de 300000 à 400000/an avec un objectif de se rapprocher le plus possible d’une division par 4 de la consommation, dans la limite des investissements.
Le scénario rend aussi compte de l’absurdité de la Règlementation Thermique 2012 (RT2012) qui ne s’appuie que sur la consommation d’énergie primaire et non pas sur les rejets de GES équivalents,...
...pénalisant de manière stupide l’électricité nucléaire, et favorisant fortement le gaz dans le chauffage. Bref, l’inverse de l’objectif.
Le mode de chauffage préférentiel dans l’habitat neuf est la pompe à chaleur. Dans l’ancien également, en complément d’une isolation dite « diffuse ».
C’est-à-dire qu’au lieu d’investir dans de lourds et très onéreux travaux d’isolation, on se contente de profiter des travaux d’entretien classiques pour isoler au fur et à mesure l’habitation.
Le tout pour gagner au moins un facteur 2 sur le chauffage (de 200 kWh/m²/an à 100 kWh/m²/an). Le coût total de rénovation est ainsi estimé à 15000€ par logement sur 35 ans.
De cette manière, on passe de 28 MTep/an (330 TWh/an) à 27 MTep/an (290 TWh/an) pour le chauffage, mais le fait d’utiliser en majorité des pompes à chaleur nous réserve une heureuse surprise.
Rappelez-vous, ce sont des consommation d’énergie finale, mais il s’avère qu’une pompe à chaleur permet de récupérer entre 2 et 5 unités de chaleur (énergie utile) par unité d’électricité consommée (énergie finale). Donc les 290 TWh/an de chauffage deviennent 100 TWh/an d’élec.
L’eau chaude sanitaire passerait de 59 TWh à 66 TWh, et on se débarrasserait progressivement du gaz et du fioul en les remplaçant par du solaire thermique, des pompes à chaleurs ou par de simples cumulus qui chaufferaient en heures creuses.
L’usage cuisson devrait augmenter légèrement tout en s’électrifiant de plus en plus.

L’électricité spécifique, elle, devrait rester constante à 93 TWh/an, les gains d’efficacité étant contrebalancés par l’accroissement de la population.
Bilan résidentiel : on passe de 522 TWh/an à 467 TWh/an, dont 300 TWh/an d’électricité.
Continuons dans le tertiaire :

Le tertiaire est très similaire au résidentiel, les actions de réduction de la consommation sont donc les mêmes.

Les 254 TWh/an restent inchangés mais la part électrique passe de 145 TWh/an à 150 TWh/an.
Passons à l’industrie et l’agriculture :
Pas grand-chose à dire sur ces deux là : industrie timide en très légère croissance, usage de plus en plus important de l’électricité, et possiblement une amélioration de l’efficacité énergétique globale de 10% dans la continuité des progrès passés.
L’agriculture de son côté verrait une augmentation des énergies renouvelables, dont surtout du biodiesel pour les engins agricoles.
Il est temps de passer au gros morceau : les transports.

Le secteur des transports est celui qui va nécessiter le plus de changements en profondeur par rapport à aujourd’hui, car il est quasiment entièrement dominé par le pétrole et ses dérivés.
En 2015, la consommation du secteur représente 49.2 MTep dont 25 MTep pour les véhicules individuels, 17 MTep pour les marchandises (route 15 par camions et utilitaires légers, fer 1,4, fluvial 0,4)...
... et 7 MTep pour l’aérien (¾ à l’international y compris outre-mer et ¼ pour les vols intérieurs).
Petit aparté : on voit bien que les vols les plus problématiques niveau CO2, ce sont les long-courriers, mais que vue la difficulté de supprimer le pétrole, toute économie de bout de chandelle est bonne à prendre.
Dans un prochain fil, j’expliquerai pourquoi le gros porteur électrique ne verra jamais le jour.
Les principaux efforts de maitrise de la consommation passeraient par :
•Diminution de la consommation des véhicules neufs (-30 à -40%) (voire la 2L au 100 km de Jancovici ^^) ;
•Transfert modal vers les transports en commun (x2 à x3, ce n’est pas rien) ;
•Faible possibilité de report du fret de la route au rail/fluvial si la distance excède 500 km (moins de 30% du total fret) ;
•Diminution de 50% des vols intérieurs, stagnation pour l’international (y compris outre-mer) et sans doute report vers le train...
Le scénario prévoit 10 MTep de biocarburants produits à partir de 17,5 MTep de biomasse et 7,5 MTep d’électricité. 1 MTep de biomasse nécessite 1,5 MTep d’énergie supplémentaire pour donner 1 MTep de biocarburants,...
...il est donc possible en fonction des prix des différentes ressources et de leur disponibilité d’ajuster le ratio biomasse/électricité : par exemple, à partir d’1 MTep de biomasse et 1,5 MTep d’électricité de produire 1MTep de biocarburants.
A cela devrait pouvoir s’ajouter 2 MTep de biogaz, essentiellement pour les engins agricoles et les flottes captives.
L’électricité a aussi un rôle à jouer : dans les transports en commun d’une part, mais aussi dans les véhicules individuels avec batterie. Et c’est la que la qualité énergétique de l’électricité nous joue un second tour heureux !
Vous vous rappelez de la différence énergie finale/utile ? Dans un véhicule thermique, le rendement du réservoir à la roue est d’environ 30%, efficacité thermodynamique du moteur oblige.
Dans un véhicule électrique, ce rendement peut friser les 85%. A cela il faut rajouter la capacité de freinage régénératif, très utile en ville.
Donc rien qu’en passant du thermique à l’électrique sur un véhicule roulant, on gagne un facteur 3 sur l’énergie finale à service rendu égal.
Voilà comment #Négatep prévoit de substituer 15 MTep de pétrole, par 5 MTep d’électricité.
Donc si on résume les transports :
•Transports en commun électrifiés : 3MTep d’électricité
•Véhicules électriques ou hybrides : 5MTep d’électricité
•Biocarburants liquides : 10MTep
•Biogaz : 2MTep
•Pétrole (ouh le vilain !) : 5MTep
Franchement c’est pas mal du tout, passer le pétrole de plus de 40MTep à 5MTep, chapeau bas si on y arrive.
Bilan global
Revue des différentes énergies :

Renouvelables thermiques et biomasse :
Bois énergie : passage de 9,5 MTep à 13,7 ou 15 MTep (suivant biocarburants) par une meilleure utilisation de la forêt
Biocarburants : Augmentation de 50% des surfaces cultivées de biocarburants, passage de la 1ère à la 2ème génération (exemple miscanthus). Passage de 2,6 MTep à 17,5 MTep (primaire), mais, si nécessaire,...
...possibilité de ne pas augmenter la surface des terres cultivées en utilisant l’électricité comme seule énergie d’apport (1 Tep biomasse + 1,5 Tep électricité = 1 Tep pétrole), auquel cas, 11 MTep (primaire) seraient produites.
Déchets : passage de 2 MTep (primaires) à 5 MTep (primaire) qui donneraient 2 MTep (final) en chaleur et 2 MTep (final) en biogaz.
Solaire thermique (surtout ECS) : 4 MTep
Pompes à chaleur : 9,8 MTep (final) 7 tirés du sol ou de l’air, 2,8 apportés par l’électricité.
Géothermie : passage de 0,2 à 1 MTep.
Renouvelables électriques :
Hydraulique : optimisation des sites existants, possibilité de rajouter 1 à 2 GW en STEP. Au global on se retrouverait avec 21,5 + 5~6 GW en capacité installée pour 70 TWh de production annuelle.
Éolien : ne pas aller au-delà de 18 GW, production 45 TWh.
Photovoltaïque : ne pas aller au-delà de 10 GWc, production 11 TWh.
Bioénergie : possiblement 11 TWh.
Les EnRi, tant que les moyens de stockage adéquats n’existent pas, doivent rester en faible proportion afin de garantir la stabilité du réseau et limiter les coûts de l’intermittence. D’où la limitation volontaire à 28 GW du scénario.
Le gaz s’offre encore 20 TWh de production pour 20 GW installés, essentiellement pour les pointes et boucher l’intermittence des EnRi.
On va maintenant passer au morceau que beaucoup doivent attendre, celui qui différencie tant #Négatep des autres scénarii : l’électro-#nucléaire.
Ce qui va suivre découle d’un constat simple : le seul moyen de production pilotable, bas-carbone, et à la hauteur d’alimenter la France, c’est le nucléaire.
@sauvonsleclimat en arrive donc à cette conclusion : « 𝐃𝐚𝐧𝐬 𝐍𝐞́𝐠𝐚𝐭𝐞𝐩, 𝐥𝐚 𝐩𝐚𝐫𝐭 𝐝𝐮 𝐧𝐮𝐜𝐥𝐞́𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐝𝐞𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐞𝐧 𝐟𝐚𝐢𝐭 𝐜𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐢𝐭𝐞 𝐝𝐞 𝐯𝐚𝐫𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞 𝐝’𝐚𝐣𝐮𝐬𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭,...
...𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐚𝐛𝐨𝐮𝐭𝐢𝐫 𝐚̀ 𝐥𝐚 𝐝𝐢𝐯𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐚𝐫 𝟒 𝐝𝐞𝐬 𝐫𝐞𝐣𝐞𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐠𝐚𝐳 𝐜𝐚𝐫𝐛𝐨𝐧𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐚𝐮 𝐦𝐨𝐢𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐮̂𝐭. »
Ce qui veut dire que cette part du nucléaire dépendra directement de toutes les hypothèses faites en amont sur l’isolation des logements, l’usage de l’électricité dans le chauffage, l’électrification des transports,...
...le taux d’utilisation de l’électricité dans la production des biocarburants, etc…
Et autant dire que les besoins vont aller croissants… La consommation en 2050 pourrait atteindre 756 TWh (57,5 MTep) (voire 843 TWh (65 MTep) si on cherche à ménager la biomasse) contre 480 TWh aujourd’hui, soit une augmentation de 58% (resp. 76%).
Ceci conduit à une production de 845 TWh (resp. 940 TWh). Le scénario utilisant le nucléaire comme principale source bas carbone, on se retrouve donc avec 688 TWh (resp. 783 TWh) de production nucléaire, soit une augmentation de plus de 50%.
Pour ce faire, le scénario prévoit une puissance installée de 100 GW avec un renouvellement progressif des tranches de génération 2, et un prolongement de celles-ci à 50 ou 60 ans sous réserve du feu vert de l’ASN.
Oui, #Négatep explose littéralement le plafond des 63 GW de la LTECV, et c’est tant mieux.
Les lieux d’implantations de ces nouveaux réacteurs n’ont pas été précisés, mais il s’agirait vraisemblablement d’un mix de sites actuels et de nouveaux sites. Si les sites repérés pour le plan Messmer sont toujours valides, je mettrais bien 3 centrales en Bretagne, pas vous ?
Voilà une carte des sites en question :
Finalement, pour la production électrique on arrive à ça :
Pour l’énergie finale, on arrive à ça :
Et pour l’énergie primaire, on arrive à ça :
Vous remarquerez que la part du nucléaire en énergie primaire passerait de ~40% à ~75%. Pas encore tout nucléaire, mais ça s’en rapproche ! 😁
Et pour les émissions de CO2 :
Et je m’arrête là pour aujourd’hui, grosse feignasse que je suis. Je ferai le complément avec mes commentaires et l'analyse du financement une autre fois. 😉👋
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