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Fil sur le pronom ON ! Faut-il l’accorder au singulier ou au pluriel quand il remplace un « nous » ? Pourquoi est-il aussi employé et détesté (« pronom imbécile menteur » « le con qui dit pas son nom » ?) Pq est-il nommé aussi bien pronom indéfini, impersonnel, que omnipersonnel?
Ce fil a été suscité par les demandes du fils de @NassiraELM
qui a déjà + de sens linguistique de Finkielkraut. Je précise que c’est un sujet archi traité en linguistique, grammaire, stylistique, je mettrai les sources à la fin et je peux en indiquer plein d’autres sur demande
@NassiraELM Historiquement, « on » vient de « homo » (dont la forme accusatif, « hominem » a donné homme). « On » peut désigner l’espèce humaine en générale, par ex dans des phrases types proverbes « On ne vit pas que d’amour et d’eau fraîche » (on = tout le monde)
@NassiraELM Dans ce sens, on comprend pourquoi on parle de pronom indéfini = renvoie à un collectif sans limite fixe. MAIS ce qui est fascinant avec le pronom "on" c'est qu'il peut remplacer en réalité TOUS les pronoms (ce qui fait que d'aucuns l'appellent "omnipersonnel" = omni= tout)
@NassiraELM On a l'habitude que le "on" remplace le "nous" : par ex "On est les champions" / "Nous, on s'en va".
Quand il désigne l'humanité en générale, il pourrait remplacer un "ils" ou "elles" : "on ne vit pas d'amour et d'eau fraîche"/ = "les gens"/ "ils, elles"
@NassiraELM Le "on" peut remplacer le "tu" dans des emplois qu'on appelle hypocoristiques (affectueux ou infantilisants). Par ex si vous dites à un bébé "alors, on a bien mangé toute sa soupe?"
moins sympa si un médecin dit à un patient "alors, on va mieux?"
@NassiraELM Le "on" peut remplacer le "je" ! Si par exemple quelqu'un·e vous dit "Ca va?" et que vous répondez "on fait aller"!
"On" peut donc remplacer toutes les personnes, il est d'une plasticité incroyable 🥰
@NassiraELM Cette plasticité de "on" à remplacer toutes les personnes peut être mise en lien avec une figure de style que j'adore, l'énallage : le fait de ne pas employer le "bon" pronom syntaxiquement, pour jouer sur des effets de style ou de rhétorique.
@NassiraELM On en emploie tout le temps dans la langue courante! Le "nous" de majesté par exemple ("car tel est notre bon plaisir"), le "on" de modestie ("on peut penser que")... on en retrouve aussi plein d'exemples dans la littérature.
@NassiraELM Spitzer, a étudié l'énallage chez Racine. Par ex, quand Néron avoue à son confident, Narcisse, son amour pour Junie:
"NERON
Narcisse, c'en est fait, Néron est amoureux.
NARCISSE
Vous !
NERON
Depuis un moment ; mais pour toute ma vie,
J'aime, que dis-je aimer, j'idolâtre Junie"
@NassiraELM Regardons les pronoms: Néron n'assume d'abord pas son amour pour Junie (effet de sourdine, mise à distance avec la 3e personne)/ Narcisse l'interpelle ("Vous"!)/ Néron assume le "je", ce qui va avec une gradation de la déclaration ("aimer"/"idolâtrer")
@NassiraELM Donc, on peut jouer avec tous les pronoms. MAIS "on" est celui qui a le + de plasticité sémantique, on peut donc jouer sur cette indistinction (à quel pronom renvoie-t-il?) Encore un petit exemple dans Racine, quand Néron renonce (pour un temps) à faire assassiner son frère
@NassiraELM Il dit d'abord "avec Britannicus je me réconcilie", puis "on nous réconcilie". Qui est ce "on"? Est-ce un "on" inclusif, qui comprend Néron? un "on" exclusif, qui renvoie à une 3e personne? Qui? Agrippine? Tout se joue dans l'indistinction du pronom...
@NassiraELM "ON" ET NIVEAU DE LANGUE. Est-ce relâché, ou incorrect d'utiliser "on"? De l'employer à la place d'un "nous", ou, comme on l'a vu, de tous les autres pronoms? Eh bien, les linguistes, les grammairiens et même... wait fort it... l'Académie 😵 est d'accord pour dire que non !
@NassiraELM L'Académie nous dit avec justesse (!!!!) "Si on voulait rejeter les auteurs qui ont employé ce pronom, la France n’aurait plus d’écrivains, l’Académie française n’aurait plus d’académiciens et les anthologies littéraires ne seraient que des coquilles vides"
@NassiraELM Je suis d'accord, dommage que l'Académie n'ait pas ce réflexe de l'usage (littéraire et non littéraire) avant de décider ce qui existe ou pas (ça prouve aussi que les rubriques sont tenues par des personnes différentes, et qu'il n'y a pas de cohérence même dans la prescription)
@NassiraELM Les différents dicos donnent des exs littéraires de "on" qui remplace la P1 "Vos soins ne m’en peuvent distraire / Belle Philis, on désespère / Alors qu’on espère toujours…" (Le Misanthrope)
La P2 (Phèdre à Oenone) "Quels conseils ose-t-on me donner ?"
@NassiraELM La P3 : "Si l’on vient pour me voir, je vais aux prisonniers / Des aumônes que j’ai, partager les deniers." (Tartuffe)
La P4 "’il faut écouter et croire à ses maximes, On ne peut rien faire qu’on ne fasse des crimes." (Tartuffe)
etc, etc!
@NassiraELM ON ET NIVEAU DE LANGUE (suite!) Peut-on utiliser dans la même phrase 2"on" avec des référents différents? Ca se fait dans différents registres : "On vint dire à Mme de Kerkaradec qu’elle était servie, et l’on passa dans la salle à manger. (Gautier, cité par Grevisse & Goosse)
@NassiraELM ON ET NIVEAU DE LANGUE (suite2) Une phrase qui mêle le "on" et le "nous" est-elle correcte? Pas selon l'Académie qui préconise de ne pas utiliser des tournures comme "moi, je" et "nous, on". Qu'en penser ?
@NassiraELM Que c'est idiot : le pronom tonique "moi" peut s'utiliser seul dans certains (rares) cas (dans une réponse par exemple), mais il est surtout là pour renforcer le "je". On peut penser que de même, le "nous" dans les formules "nous, on" a un effet +rhétorique que syntaxique
@NassiraELM La formule "nous, on" est extrêmement employée, que ce soit dans des chansons, dans des slogans ("on est là, nous on est là) que dans des formules chocs cf @PhilippePoutou «Nous, on n’a pas d’immunité ouvrière !» (c'est pas moi mais ce gauchiste de @MichelFrancard qui le cite ;)
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard QUEL ACCORD pour "ON"? Faut-il l'accorder à la troisième personne du singulier? Ou quand il désigne de fait un pluriel "On est les champions" l'accorder au pluriel? S'il désigne un "je" féminin faut-il marquer l'accord ("on est contente"?) je vais manger et je vous dis ça ;)
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Alors, l’accord de "on" ! La règle communément admise est la suivante : on n’accorde pas quand « on » renvoie à une entité indéterminée « on est prié de ne pas fumer » par ex. (Ce qui pose aussi pb, ça renvoie à la question du neutre, est-ce que l’indéterminé est vrt masculin ?)
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard On accorde lorsqu’on peut identifier le référent. Par exemple, si j’emploie le «on» pour désigner un « je », je pourrais écrire "on est soulagée". Idem pour un "on" qui remplace un "nous" : "on est contents", même si on mélange une forme singulier ("est") et pluriel ("contents")
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Forcément l'Académie a essayé d'être pénible et de complexifier ça en disant pdt un temps (8e édition dico) qu'on pouvait accorder en genre mais pas en nombre avec le référent (manque de logique, bonjour). Mais finalement elle a admis l'accord (9e édition) plus.lesoir.be/art/1492888/ar…
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard C'est simple me direz-vous? Pas vraiment! Car justement, ce n'est pas toujours facile d'identifier le référent du "on". On joue des fois (consciemment ou pas) sur ce flou : "il faudrait qu'on fasse le ménage" = toi ? moi ? nous ? ("on" inclusif, toi+moi ou exclusif=surtout toi)?
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard C'est pour ça que des fois "on" énerve tant et qu'on entend ces phrases un peu faciles sur "on, le con qui dit pas son nom" ou le pronom menteur", ça peut entraîner des réactions de type "mais de qui tu parles ? SI T'AS QQCHOSE A DIRE DIS LE FRANCHEEEEMEEEEENT"
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Mais cette indistinction peut avoir du sens! Je rebondis sur ce tweet très juste sur l'indistinction du "on" dans cet extrait de Mme Bovary
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Le flou du "on" permet parfaitement de représenter la rêverie d'Emma, qui imagine une histoire d'amour et se projette à la place de la maîtresse du comte ; "On avait brodé cela". Le "on" est parfait pour rendre la rêverie éveillée d'Emma, le mouvement de l'imagination.
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Si on marque l'accord en genre et en nombre, ça oblige à identifier le référent alors que l'intérêt de "on" est quelquefois justement de ne pas identifier le référence, de garder le mystère...
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard DERNIER POINT : ET "L'ON" ALORS? Pourquoi on dit ça? Soutenu ou pas ? On croit que le "l" sert à éviter un hiatus phonétique dans des formes comme "si on" "et "on" mais historiquement non! Explications... (Je m'appuie sur @MichelFrancard sur ce point.)
plus.lesoir.be/art/1492888/ar…
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Comme on l'a dit, "on" vient du latin "homo" (homme). "on" est d'abord non pas un pronom mais un nom (=homme) et peut donc logiquement être précédé d'un déterminant, "l'on" = l'homme, l'être humain, les gens.
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard De fait, on emploie de nos jours le "on" parce qu'on le juge plus élégant, on pour éviter un hiatus, mais ce n'est pas une règle vraiment régulière : on est censé éviter le "l" dans on le, on la, on les, mais on peut l'employer s’il est précédé de où, si, etc....
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard De toute façon, les règles d'élégance langagière sont faites pour ne pas être maîtrisées ;) Ce qui est intéressant, à mon avis, c'est plutôt de jouer avec la plasticité sémantique et syntaxique de "on" !
Voilà, on espère que ce fil vous a plu ! 😉
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Parmi les sources, il y a bien sûr @MichelFrancard dont j'ai cité l'article plusieurs fois
Le Grevisse comme d'habitude
Un article un peu costaud, sur les emplois syntaxiques de "on", en accès libre cairn.info/revue-langages…
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Les passages sur Zola sont très intéressants. Cet article a l'avantage d'allier analyse syntaxique et analyse littéraire!
Sur l'énallage, il y a des débats entre Fontanier et Dumarsais pour savoir si c'est un écart (=figure de style) ou une faute, très révélateurs
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Le livre de Spitzer dans lequel il analyse l'énallage comme "effet de sourdine" chez Racine, c'est "Etudes de style".
Sur le caractère omnipersonnel de "on", on retrouve ça dans toutes les bonnes grammaires, dont la "Grammaire méthodique du français" par ex
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard Voilà, je laisse ceux et celles qui veulent rajouter des sources! (@Gouximan ?)
Mais c'est plus intéressant de se poser ces questions que de juste dire "on c'est moche ou "on ce con qui dit pas son nom hinhinhin", non?
On vous salue! 😉
@NassiraELM @PhilippePoutou @MichelFrancard @Gouximan merci à toutes les personnes qui rajoutent des références, je les copie en fil de fil! Fil collaboratif :-)
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