[#Thread] #COVIDー19 #Crise2021
Je pense que tout le monde a compris que la gestion sanitaire de la pandémie de Covid par le gouvernement a été extrêmement laborieuse pour être charitable.

Mais qu'en est-il de sa gestion économique et de ses conséquences? Petit fil.
Le déconfinement s’est transformé en reconfinement. C'était prévisible: l’évolution épidémique était dans les chiffres hospitaliers du mois de septembre.

Mais cela n'a pourtant pas été envisagé en haut lieu et on constate la même impréparation économique.
Après le confinement le pari du gouvernement était une reprise spontanée et rapide de l'économie une fois les contraintes sanitaires levées. Les ménages avaient épargné durant le confinement, ils allaient consommer en masse et relancer l'activité.

Une "première victoire"... Image
... qui n'a pas duré!

Dès que le déconfinement s'est accéléré, la contagion a repris de plus belle et le R (taux de reproduction du virus) est repassé au-dessus de 1.

Mais il fallait que les Français dépensent et prennent des vacances pour préparer le plan de relance.
Pendant cette période le gouvernement a voulu tourner la page Covid. @BrunoLeMaire annonce que la "dette Covid" serait cantonnée. Et les réformes engagées avant la crise sanitaire (retraite, chômage...) sont remises en chantier.

Bref, retour à la normale.
challenges.fr/economie/budge…
À la rentrée, la stratégie c'était le déni du covid. Le fameux plan de relance ne comportait AUCUNE création d'emploi. Malgré le Ségur, on poursuivait les fermetures de lit. Les jeunes diplômés qui trouvaient porte close sur le marché du travail, ce n'était pas un problème.
En septembre, le gouvernement annonce un plan de relance en trompe-l’œil. 100 milliards en deux ans, largement consacrés non pas à augmenter l'activité productive par la commande publique, mais à améliorer la compétitivité des entreprises en baissant leurs impôts.
Pour le volet activité, le gouvernement comptait sur les dépenses des ménages dont il pensait qu'ils allaient liquider leur épargne accumulée au printemps pendant la période des fêtes.

Sans voir que sur le plan sanitaire, la situation était en train de déraper totalement.
Pendant deux mois le gouvernement est dans un double déni.

1/ Déni sanitaire alors que les chiffres s'affolent et que la croissance de l'activité covid des hôpitaux croît de 30% par semaine.

2/ Déni économique en faisant le pari d'un rapide retour à la normal.
Or, rien n'est normal dans la situation économique depuis mars dernier. Rien ne reviendra à la normal.

Vous avez aimé les vagues de Covid et les joies des exponentielles? Vous allez adorer le Tsunami de faillites et ses effets en cascade.

Explications: 👇
Beaucoup de gens se demandent pourquoi, depuis six mois, malgré un effondrement de l'activité économique, on ne voit pas le chômage exploser ni les faillites se multiplier. Pourquoi la bourse semble tenir, pourquoi aucune banque n'a fait faillite?
En fait, quand on regarde les chiffres, il y a une sorte de paradoxe inexplicable. Depuis le mois de mars, on constate un effondrement du nombre de faillites par rapport à une année normale.

Source: francetvinfo.fr/sante/maladie/… ImageImage
Ce phénomène s'explique très bien. Pour faire faillite, une entreprise doit réunir les deux conditions suivantes:
1/ Avoir une dette supérieure à son patrimoine
2/ Ne plus pouvoir payer ses factures.

La condition 1 reflète un problème de solvabilité, la seconde de liquidité.
En général quand une entreprise n'est plus solvable, elle finit assez vite par ne plus avoir accès à la monnaie une fois que sa trésorerie tombe à zéro, car aucun organisme de crédit ne souhaite prêter à une entreprise non viable. Image
Mais avec le prêt garanti par l’État (PGE), et le chômage partiel, les entreprises n'ont plus du tout intérêt à faire faillite et peuvent facilement l'éviter.

Le chômage partiel permet à toute entreprise de continuer de payer ses salariés. Avec le PGE elle repousse sa faillite. Image
Quand une entreprise non viable économiquement parvient à poursuivre son activité et repousse indéfiniment sa faillite en recourant à l'emprunt on dit qu'il s'agit d'une "entreprise zombie". Morte sur le plan économique, mais vivante sur le plan administratif. Image
Le PGE s'est traduit par un phénomène relevé par la Banque de France.

Entre février et juillet 2020, la trésorerie des sociétés non financières a augmenté de 170 milliards d'euros, et leur endettement s'est accru de 175 milliards.

Source: banque-france.fr/communique-de-… Image
Autrement dit, le PGE a permis de maintenir de nombreuses entreprises en survie artificielle et donc de leur a permis de distribuer des salaires via le chômage partiel.

Il y a donc non seulement des entreprises zombies, mais surtout des centaines de milliers d'emplois zombis.
Durant sa phase de déni, en septembre-octobre, le gouvernement a semble-t-il, décidé d'accélérer la distribution de PGE, espérant sans doute que les morts allaient se relever grâce à la consommation des ménages.

Une anecdote à ce sujet.
J'ai une amie qui a racheté un magasin de fleurs en décembre 2019. Évidemment sa boutique a été très durement touchée par le confinement du printemps. En juin, elle fait une demande de PGE qui lui est refusée car son entreprise a moins d'un an d'existence.
L'été passe et sa situation ne s'améliore pas. Malgré un été plutôt bon sur le plan commercial, son entreprise de deux salariés n'est pas rentable. En octobre, elle doit se mettre en cessation de paiement.

Et voilà que son banquier l'appelle pour lui proposer un PGE.
Car les banquiers ont intérêt à distribuer des PGE. En cas de non remboursement, c'est l’État qui paie. Et tout PGE permet d’engranger des intérêts et une commission. Les conseillers bancaires sont incités à en refiler le plus possible pour toucher une prime de fin d'année.
Voilà comment le système bancaire se met à prêter à tour de bras à des entreprises non solvable avec la bénédiction de l’État et la bénédiction des contribuable.

Cette logique ne vous rappelle rien? Mais si! C'est le retour des subprimes!
Avec une nuance, toutefois.

Cette fois-ci le risque n'est pas assumé par les opérateurs des marchés financiers (qui seront ensuite sauvés par l’État), mais par l’État directement.
Le PGE est en train de créer une énorme bulle de faillites à retardement. Car dès que ce dispositif sera arrêté, toutes les entreprises zombies vont soudainement se retrouver en cessation de paiement.
Ça, c'était la situation fin octobre, le résultat du premier confinement.

Vous ajoutez là-dessus un deuxième confinement et une nouvelle de vague épidémique qui promet d'être plus longue et plus forte que la première. Et tout cela pendant la période des fêtes. 😱😱
Concrètement que va-t-il se passer dans quelques mois?

Dès que le chômage partiel et le PGE cesseront, on va se retrouver avec un mur de faillites et de destructions d'emplois. Il faudra restructurer tout le secteur productif et faire disparaitre les 100ks d'emplois zombis.
Le problème c'est que ça va prendre des mois. Les tribunaux de commerce vont être totalement embouteillés. Une procédure de faillite c'est long, cela demande de passer devant un juge, de solder toutes les dettes. Les arbitrages sont complexes.
Or, tant que la faillite n'est pas prononcée, on ne peut pas calculer les pertes.

Car les pertes ne reposeront pas que sur l’État. Il y a les dettes fournisseurs, les dettes de loyer, les dettes bancaires classiques. Tout le monde va se retrouver avec des pertes imprévus.
Certaines entreprises qu'on croyait solides vont se révéler être zombie. Et des actifs qu'on pensait posséder vont soudainement se retrouver sans valeur.

A mesure que les procédures de faillite vont s'enchainer, de nouvelles pertes vont apparaître dans des entreprises solvables.
Le processus de découverte des pertes durera des mois. Des sociétés immobilières vont voir disparaître leurs loyers commerciaux; des salariés vont se retrouver au chômage, des fournisseurs ne récupèreront pas leur argent. Et les banques, bien sûr, vont accumuler des pertes.
Car les banques et la finance sont en bout de chaine. Il a fallu 1 an et demi entre le retournement du marché immobilier américain et la faillite de Lehmann Brothers. Là, cela prendra encore plus de temps. C'est l'effet domino, ou systémique: l'enchainement des faillites.
Je ne veux pas jouer les Cassandre mais il me semble que ça serait bien que notre gouvernement, pour une fois, ne se fasse pas dépasser par les évènements.

Tout ce que je viens de dire est évident pour tout économiste sérieux. Tout cela est parfaitement prévisible.
Maintenant que le second confinement douche une fois pour toute les espoirs d'un retour à la normale, il ne serait pas idiot de se préparer à "l'anormal" et au mur qui arrive et qui produira ses pleins effets d'ici un an. En pleine campagne de 2022.

FIN de ce fil.
@threadreaderapp unroll please!
Deux compléments suite aux questions que j'ai reçues.

1/ Pourquoi les banques ont-elles multiplié les PGE à des entreprises non rentables alors que l’État ne garantit que 90% des pertes?
2/ La critique est facile, mais qu'en est-il des solutions? Comment éviter ou atténuer les effets de la crise qui vient?
Avant d'aborder la questions des solutions, deux remarques.

1/ Je ne suis ni élu ni à la tête de l’État et de ses administrations. Je suis un économiste universitaire. Mon rôle n'est pas forcément de trouver des solutions mais d'analyser et d'interpréter les faits.
2/ De graves erreurs évitables ont été faites. En avril, j'expliquais déjà que le confinement allait produire des effets à retardement et qu'il fallait s'attendre à un choc financier à l'automne (je n'avais alors pas identifié l'effet retard des PGE).
De plus, j'ai coécrit une tribune dans @lemondefr
début septembre pour alerter des effets de distorsion économique suscités par le plan d'accompagnement du gouvernement.
J'ai aussi beaucoup écrit sur la gestion calamiteuse de la pandémie qui fait qu'aujourd'hui la France est - de loin - le pays d'Europe où la situation sanitaire et la pire.
Tout ça pour dire que la première des solutions c'est d'abord d'éviter de faire des erreurs et de se retrouver dans une situation où il n'y a plus de bonnes solutions.

Ceci étant dit. Que faire?
Les PGE n'était pas forcément une mauvaise idée à la base. Permettre aux entreprises de passer le cap du premier confinement était nécessaire. Le chômage partiel était tout aussi nécessaire. Éviter que des entreprises rentables ne fassent faillite était indispensable.
Néanmoins, il faut admettre qu'il existe des dérives et que certains PGE ne sont pas accordés de manière pertinente. La première chose à faire c'est donc d'exiger des banques qu'elles renforcent leurs exigences avant d'accorder un prêt garantie avec l'argent des contribuables.
Il faut revenir à un rythme de faillites normal, mais aussi renforcer l'accompagnement humain de ces faillites pour éviter un embouteillage dans six mois qui poussera les juridictions à mal traiter les dossiers qu'elles recevront. Une faillite est une expérience éprouvante.
Il faut donc dès maintenant prévoir un accompagnement pour les entreprises et les tribunaux de commerce. Éviter à tout prix une saturation des tribunaux comme il y a eu une saturation des hôpitaux. Ces faillites sont inévitables. Mais ils faut qu'elles se passent bien.
Cet accompagnement doit aussi permettre d'éviter les faillites d'entreprises qui pourront se relever. Quitte à aider financièrement les projets soutenables économiquement. Cela demande des moyens humains importants car il ne faut pas laisser les banques décider seules.
Il faut complètement revoir le plan de relance. Annuler les baisses d'impôt prévues et les transformer en commandes publiques afin de donner de l'emploi et de l'activité. Il faut engager un plan d'embauches massif, notamment pour les jeunes diplômés qu'on envoie au massacre.
L’État doit pouvoir engager des nationalisations, notamment dans les secteur industriel et pharmaceutique afin d'engager des plans de relocalisation. C'est contraire au droit européen d'aider des entreprises nationales. Mais il faut le faire et taper du poing sur la table.
En somme, il faut en revenir à l’État producteur et planificateur. Le marché est à l'agonie. Les entreprises n'ont aucune visibilité. Se contenter de distribuer des aides ou des incitations fiscales n'est pas à la hauteur des enjeux. Il faut enfin faire preuve d'imagination.

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⬇️⬇️⬇️
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