Je me suis fait du mal, j’ai écouté le discours de Macron à la CPU…
Un modèle d’autosatisfaction, de mensonges et d’annonces plus inquiétantes… ⏬
elysee.fr/emmanuel-macro…
Beaucoup ont commenté la petite phrase des « universités qui doivent éclairer le monde ». Il s’inscrit dans tout un passage sur l’importance de l’autorité académique, de la reconnaissance des pairs et du cadre scientifique : « Ne laissons personne le remettre en question ».
Mais Macron joue-t-il au Good Cop/Bad Cop avec Blanquer, quand celui-ci prétend dire aux universitaires ce qu’ils doivent chercher et comment dans un pseudo-colloque, quand il se permet de dire ceux qui constituent un "virus" de la pensée et non.
On passe à la congratulation : combien de milliers d’ouvertures de places d’étudiant.e.s pour compenser la vague démographique !
On lui explique qu’ouvrir des places sans construction de bâtiment, sans recrutement de personnel, c'est du surbooking ?
lemonde.fr/societe/articl…
Mais rassurons-nous : la loi de programmation a représenté un engagement financier sans précédent. Sauf que non : l’augmentation du budget de l’ESR stagne et correspond à l’inflation. #bienessayé
Un tour de passe-passe et des calculs volontairement trompeurs dénoncés au centre, au PS et au PCF, notamment au Sénat :
Alors les grands discours sur la réconciliation de la recherche, de l’enseignement, de la pratique hospitalière, des technologies… le tout sans moyen autrement qu’en parole, ça fait bien rire.
Le satisfecit sur #Parcoursup aussi...
"des taux de satisfaction et de réponse incomparables", "un système plus lisible"
Alors que tous les acteurs du système, des élèves aux enseignants du secondaire, en passant bien sûr par les enseignants du supérieur disent le contraire.
Macron se lance ensuite dans un grand discours visant à intégrer les universités à la formation de l’élite, dans une optique implicite de démocratisation. Il cite les Idex en exemple.
Sauf qu’en termes de démocratisation, les Idex contribuent plutôt à une reproduction de l’élite plutôt qu’à son renouvellement et creusent les inégalités dans l'enseignement supérieur.
Voir aussi les travaux de Hugo Harari-Kermadec.
La volonté affichée d’une université professionnalisante est complexe. Personne ne peut vouloir que les formations universitaires forment des chômeurs.
Mais cette idée reçue est souvent très fausse, notamment parce que les universités sont professionnalisantes !
Les universités forment en licence et en master en lien avec le monde du travail, y compris bien sûr celui hors de l’université et de l’enseignement.
Il faut vraiment n'avoir jamais regardé une maquette ou l'offre de formation des universités pour prétendre le contraire...
Par ailleurs, on peut être conscient des nécessités de professionnalisation à l’université tout en considérant que celle-ci a aussi un rôle intellectuel et émancipateur de transmission de savoir et de méthode scientifique.
Mais cela, il n’en parle jamais pour l’enseignement.
Enseigner à l’université est réduit à la formation en lien à des besoins de la nation. Et si ceux-ci, c’était aussi d’avoir des diplômés insérés dans le marché du travail ET capables de réfléchir par eux-mêmes ?
Cette conception de l’enseignement si réducteur témoigne bien et la manière dont Macron distingue entre ce qui est utile à la nation (ce qui crée de la richesse matérielle, l’innovation technique et technologique pour le dire vite) et le reste, qui est accessoire.
De même la question de l’échec en première année de licence et de l’orientation est un vrai sujet et il y a de vraies améliorations à faire.
Mais ne serait-ce pas aussi parce que Parcoursup a accentué ce phénomène ? c’est ce que beaucoup relèvent (y compris dans mon université).
Je ne suis pas contre le développement des filières courtes et professionnalisantes. Mais est-ce que l’augmentation de leur capacité d’accueil va à nouveau se faire sans moyen supplémentaire ?
Permettons-nous au moins de nous poser la question…
Tout cela témoignent un manque de sincérité évident, malgré les protestations de franc-parler (mon dieu, ce que c’est agaçant…). Mais le plus inquiétant reste à venir.
(et oui, pardon pour ce très long fil...)
Cela a été déjà relevé : E Macron dénonce un système où l’université n’a « aucun prix pour la grande majorité des étudiants », où on a un tiers de boursiers et où on a « un modèle beaucoup plus financé par l’argent public qu’ailleurs dans le monde ».
Déjà, c’est dire que le système français est le plus financé par l'argent public, c'est faux.
Ensuite, le changement systématique qu'il appelle revient bien à faire payer les étudiants pour leur faire financer leurs études.
Y compris via un endettement étudiant peut-être ? C’est en tout cas ce que des conseillers proches d’E. Macron suggéraient.
academia.hypotheses.org/9135
Alors c’est une option bien sûr. Mais ça revient à poser franchement sur la table la nature du modèle universitaire que nous souhaitons. Et ce débat-là, évidemment, Macron ne le pose pas clairement.
Et enfin, on a un passage éminemment confus sur un contrat que les universités devront passer avec l’État, où il est question d’augmenter l’autonomie, mais aussi la responsabilité. Selon quelles modalités ?
Le point n’est pas clair, mais il est un passage qui personnellement me fait froid dans le dos.
Macron dénonce un système déresponsabilisé où on aide un peu plus les universités qui réussissent et où on compense les universités qui ne réussissent pas.
Est-ce que cela signifie que l’État se désengagera des universités qui ne répondent pas aux critères d’excellence fixés par le gouvernement ?
Que celles-ci ne feront plus partie du système de service public de l’enseignement supérieur ?
On voit bien où cela peut mener : les grandes universités auront toujours plus, les petites universités au bassin de recrutement local toujours moins.
Si un tel système aide à la formation des étudiants partout en France, je veux bien manger mon chapeau.

• • •

Missing some Tweet in this thread? You can try to force a refresh
 

Keep Current with Catherine Rideau-Kikuchi

Catherine Rideau-Kikuchi Profile picture

Stay in touch and get notified when new unrolls are available from this author!

Read all threads

This Thread may be Removed Anytime!

PDF

Twitter may remove this content at anytime! Save it as PDF for later use!

Try unrolling a thread yourself!

how to unroll video
  1. Follow @ThreadReaderApp to mention us!

  2. From a Twitter thread mention us with a keyword "unroll"
@threadreaderapp unroll

Practice here first or read more on our help page!

More from @CathKikuchi

28 Aug 21
Pour fêter la fin du 1er jet, un retour sur le processus d'écriture : comment ça marche quand on a un article à écrire ? En tout cas, comment ça a marché pour moi cette fois-ci...
Je ne sais pas si ça intéressera des gens ici, mais à tous hasards...
#Danslatelierdelhistorienne
D'abord le sujet : je voulais travailler sur les contrats d'association pour imprimer dans quatre villes avant 1500. Les comparer pour essayer de comprendre ce que ça nous apprenait sur la manière dont l'industrie se met en place dans les premières années.
Je travaille ici sur des sources qui sont connues et éditées : la première étape a donc été de recenser les contrats, de les rassembler pour pouvoir les étudier en tant que corpus.
Read 15 tweets

Did Thread Reader help you today?

Support us! We are indie developers!


This site is made by just two indie developers on a laptop doing marketing, support and development! Read more about the story.

Become a Premium Member ($3/month or $30/year) and get exclusive features!

Become Premium

Too expensive? Make a small donation by buying us coffee ($5) or help with server cost ($10)

Donate via Paypal

Or Donate anonymously using crypto!

Ethereum

0xfe58350B80634f60Fa6Dc149a72b4DFbc17D341E copy

Bitcoin

3ATGMxNzCUFzxpMCHL5sWSt4DVtS8UqXpi copy

Thank you for your support!

Follow Us on Twitter!

:(