Je vois souvent, sous les tweets de @TristanKamin, @laydgeur, @MaudBregeon voire les miens des gens répondre à des anti-nuc : il est ingénieur dans le nucléaire et tu n'es que [journaliste etc.]
Je sais que l'intention est bonne, mais c'est un mauvais argument.
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Aussi bon dans son job qu'il puisse être, un ingénieur ou un scientifique n'aura jamais toutes les composantes de la sûreté nucléaire dans ses attributions professionnelles.
Il n'est pas capable à lui seul de vous garantir que ça fonctionne bien, juste grâce au job dans sa bio
En revanche, un scientifique connaît quelques méthodes qui lui permettent de faire le tri dans les informations, et de s'assurer de ne pas dire trop de conneries.
En dehors de son domaine de compétences, c'est l'application de ces méthodes qui fonde sa légitimité
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Et, petit secret, ces méthodes ne sont pas réservées aux ingénieurs 😊
Tout le monde peut les comprendre et les appliquer au quotidien, pour essayer de fonder le débat public sur des bases saines.
Ensemble, devenons ingénieurs !
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1. La vérification des sources
Ça paraît tout con, mais la première chose est évidemment de ne pas gober tout cru tout ce qu'on lit.
Si la source est introuvable, il y a probablement une douille. S'il y a une source, est-elle fiable ? Vient-elle d'un organisme indépendant ?
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2. La connaissance des ordres de grandeur
Les phrases "le nucléaire ça pollue pas" ou "le nucléaire c'est risqué" ne veulent rien dire.
Mais on peut dire "le nucléaire émet environ 50 fois moins de CO2 que le gaz"
Ou dans d'autres domaines : ce maire me parle enthousiasmé d'agriculture urbaine. Mais vu les surfaces, combien de personnes ça nourrirait vraiment ?
Ou "il faut supprimer ses emails", mais quelles économies ça réalise vraiment, par rapport au temps que ça prend ?
3. Différencier corrélation et causalité
La méthode scientifique, c'est tester des hypothèses, en supposant nécessairement qu'elle puisse être fausse.
C'est pour ça qu'on a toujours un groupe témoin de contrôle, dans les expériences de médicaments, etc.
Des valeurs toutes seules ne veulent rien dire. Pour être sûr qu'on n'a pas affaire à une coïncidence, des outils techniques existent pour s'assurer que des chiffres qui peuvent vous paraître étonnants ne soient pas seulement le fruit du hasard.
4. Enfin, une curiosité scientifique
Même en n'étant pas ingénieur, ou en travaillant dans un domaine très précis, rien ne vous empêche d'élargir vos connaissances en allant apprendre par ex comment fonctionne un réacteur nucléaire, voire à participer à la diffusion de ce savoir
CONCLUSION
Je ne vous dis évidemment pas d'arrêter de lire Tristan, Laydgeur ou tous les autres, ils sont excellents.
Simplement, attention à ne pas utiliser le titre "ingénieur", "scientifique", "PhD PhD PhD" (😉) comme un argument d'autorité inviolable
Vous pouvez faire une confiance aveugle à un scientifique qui parle de son domaine très précis de compétences.
Pour le reste, c'est aussi à vous de vous assurer qu'il respectent les principes d'une communication scientifique
C'est évidemment le cas pour l'immense majorité.
Mais on peut de retrouver avec des Luc Montagnier qui utilise son prix Nobel pour raconter n'importe quoi, ou des éditorialistes qui peuvent parler d'Ukraine, de covid ou de la présidentielle sur les plateaux télé.
Et enfin :
- faites des sciences, et des études scientifiques, c'est ouvert à tous !
- soutenez la filière nucléaire (si si je vous assure, je suis ingénieur 😌)
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Passion de vacances : aller chez mes grands-parents, qui ne connaissent pas Spotify, et passer l'après-midi à mettre tous les airs d'opéra qu'ils veulent écouter
POV : Tu viens de passer Cavalleria rusticana et mamie est contente
Le fait est que je suis le seul de leurs petits-enfants à apprécier l'opéra, donc ça fait un sujet de conversation facile, ils me demandent de raconter tous mes concerts 😳