Je ne l'avais pas fait jusqu'à présent: un fil sur ce livre auquel nous avons travaillé durant des années. Le voici: l'histoire des révolutions de par le monde vaut bien qu'on y passe du temps, de l'enthousiasme et de la minutie. Elle offre aussi de puiser élan, force et espoir⤵️
Une histoire-monde évidemment: car les révolutions sont souvent marquées par des circulations, des inspirations réciproques mais surtout des solidarités: un internationalisme actif. De manière remarquable, sa force et son courage traversent parfois le monde entier.
Nous avons commencé ce livre à un moment où tant de peuples faisaient mentir l'adage imposé selon lequel la révolution était "terminée". Tunisie, Égypte, Syrie, Libye, Yémen, Bahreïn, Burkina Faso, Hong Kong, Algérie, Iran…: autant de soulèvements populaires impressionnants.
Les révolutions françaises et européennes y occupent certes une grande place. Mais il s'agissait de décaler le regard, de montrer combien la révolution est un phénomène mondial qui n'a pas de "centre" et certainement pas l'Occident: il traverse le monde de part en part.
Nous avons voulu comprendre le protagonisme révolutionnaire: comment des femmes et des hommes "ordinaires" se plongent dans un engagement puissant, courageux, semé d'obstacles, où la joie souvent ne manque pas, comme le bonheur de prendre part à une histoire émancipatrice.
Des hommes et des femmes: car les femmes y jouent un rôle remarquable et même souvent impressionnant. La plupart du temps, elles insistent sur le fait qu'une révolution ne peut se faire sans elles et sans la conquête de leurs droits, symbole et gage d'une émancipation véritable.
Ainsi de l'incroyable révolution haïtienne dont l'importance dans l'histoire de l'humanité est en général trop négligée. Elle est antiesclavagiste et anticoloniale, à l'origine de la première république noire. Parmi ses grandes figures, Toussaint Louverture et Cécile Fatiman.
Ou, lors des grandes révolutions du XXe siècle pour mettre à bas le joug colonial, le rôle trop oublié de femmes issues des classes populaires, à l'instar de l'ouvrière teinturière Mafory Bangoura en Guinée. Question cruciale donc: comment devient-on un sujet révolutionnaire?
Ainsi de la paysannerie, durant des siècles la majorité de l'humanité, qu'on imagine souvent par cliché conservatrice ou réactionnaire. Évidemment elle n'a rien d'homogène et peut se faire parfois protagoniste révolutionnaire, soucieuse de réforme agraire, de justice et d'équité.
Nous explorons des révolutions trop méconnues, comme les importants soulèvements en Espagne au XIXe siècle, qui se font transatlantiques et mondiaux, car antimpérialistes, de Cuba esclavagiste aux Philippines. Une manière aussi de lutter contre une inégalité historique.
Écrire cette histoire permet évidemment de mieux comprendre les grands soulèvements présents. C'est par exemple le cas en Iran: cette révolte d'un incroyable courage s'inscrit dans une longue histoire où les femmes ont pris une place décisive qu'on méconnaît trop souvent⤵️
En Iran, les femmes ont été très présentes et ont joué un rôle majeur lors des mouvements populaires de 1909 et 1951. Ce fut le cas aussi en 1979: en première ligne et premières victimes du régime des ayatollahs qui réprima dramatiquement une partie des révolutionnaires.
Nous travaillons sur le rapport au temps des révolutions. Durant plusieurs d'entre elles, les horloges furent arrêtées symboliquement pour briser le temps dominant. Au Congrès de La Paz en Bolivie, les aiguilles de l'horloge tournent "à l'envers" pour contrer le temps colonial.
La question du temps révolutionnaire soulève celles des valeurs, de la spiritualité, du rapport à l'histoire et aux ancêtres. Dans nombre de révolutions, passé et présent s'entremêlent: il s'agit de ne pas oublier les morts du passé mais aussi en partie de lutter en leur honneur.
De St Domingue en 1791 au Mozambique de 1975 en passant par la Bolivie ou la Commune de Paris se forge une présence du passé dans la révolution menée. Cette vision est parfois empreinte d'une spiritualité liée à l'histoire des sociétés: les ancêtres sont présents en "souvenance".
Et l'art, évidemment! "On voulait tout à la fois: arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde" écrivait Louise Michel, dont on ignore trop quelle artiste elle était, du roman à la musique et à la poésie⤵️
Louise Michel avait imaginé un "clavier d’outre-rêve": "ce qu’on jouait sur ce clavier, c’était son âme même", "beau à prendre le cœur". Elle aimait le quart de ton, inexistant dans l’aire occidentale mais qu’elle connaissait par la musique indienne, canaque et algérienne.
Plus tard, dans la jeune Russie révolutionnaire, l’effervescence artistique est proprement extraordinaire. L’art est partout. Des clubs de diffusion de la culture essaiment, et des milliers d’ateliers proposent des formations en sculpture, chant choral, musique et peinture.
"Les rues sont nos pinceaux, les places sont nos palettes" écrit le poète Maïakovski. Un gigantesque réseau de musées dans tout le pays présente des œuvres d’art moderne. Des groupes de peintres amateurs se créent dans les usines. Des compositions graphiques inédites surgissent.
Des milliers de personnes participent à des créations artistiques comme la Symphonie des sirènes d’Avraamov ou la gigantesque représentation populaire "Vers une Commune mondiale" dont une partie est consacrée à la Commune de Paris. Persimfans est le premier orchestre sans chef.
Influencée par les révolutions mexicaine et russe, Frida Kahlo mêle socialisme et mexicanité, révolution et préservation des cultures autochtones telle celle des Tehuanas dont sa mère était originaire. Son amie Tina Modotti incarne elle aussi un art voyageur et internationaliste.
La chanson Baraye de Shervin Hajipour a fait le tour du monde. On la trouve dans les cortèges de solidarité avec le soulèvement populaire en Iran, de Toronto à Strasbourg et Buenos Aires: l'un de ces chants brise-frontières qui font connaître l’aspiration des peuples à la liberté
À l'ère du capitalocène se croisent l'histoire environnementale et celle des révolutions. Certaines sont nées de crises écologiques (sécheresses, mauvaises récoltes…). Et beaucoup ont combattu les attaques prédatrices menées contre les modes d'exploitation communautaires.
Nombre de révolutionnaires anarchistes et libertaires ont été pionniers dans la pensée et la pratique d'une préservation du vivant, contre les logiques prédatrices et productivistes, et contre l'intensification des pollutions. À l'instar d'Élisée Reclus et de Murray Bookchin.
C'est une invitation à explorer le mot même de "révolution". Durant des siècles il exprimait surtout une donnée astronomique, un sens attesté en latin dès le XIe siècle: le parcours d'un astre dans son déplacement elliptique ou circulaire. Le mot a connu lui aussi une révolution.
La conversion du terme se mène grâce aux révolutions elles-mêmes et à un nouveau rapport à l’histoire, essentiellement au XVIIIe siècle. Nous essayons de lui redonner son sens et sa consistance, loin des logiques publicitaires qui sciemment l'affadissent et l'affaiblissent.
Nous nous demandons si le terme "révolution" peut être employé pour d'autres espaces-temps. Dans l'Athènes classique, le rôle du peuple athénien a été décisif dans le renversement des tyrans et l'instauration de la démocratie. À Rome, l'"expérience plébéienne" l'a été elle aussi.
C'est donc un voyage au long cours dans l'histoire du mot "révolution", ses étymologies et la déclinaison de ses significations. En arabe, "thawra" (الثورة) désigne un soulèvement – celui de la poussière au passage des chevaux –, un jaillissement – celle de l’eau d’un torrent.
Au Yémen, les jeunes qui participent au soulèvement populaire de 2011-2012 se désignent comme "shabâb al-thawra": la jeunesse révolutionnaire. Et en Égypte, durant la même période d’effervescence, on se salue d’un "Sabah el Thawra" – "bon matin de révolution"…
Nous interrogeons longuement le rapport entre violence, guerre et révolution: la violence EN révolution autant que la violence révolutionnaire, parfois ou souvent réaction à une violence contre-révolutionnaire. Le sujet est complexe, douloureux, examiné je crois avec lucidité.
On ne saurait réduire la révolution à la violence et la Révolution française à la guillotine. La révolution n'est pas d'abord un "grand soir" mais une longue conquête de l'émancipation et de la liberté. Ses acquis sociaux et démocratiques sont immenses.
Dans cette émission, nous expliquons pourquoi nous avons donc décidé de mener une telle enquête, la nécessité d’ordonner les archives révolutionnaires et la manière dont ce travail permet d’éclairer les soulèvements en cours et à venir. lundi.am/A-celle-qui-se…
Dans #AuPoste grâce à @davduf, Eugénia Palieraki (@Eugenia_pali) et Quentin Deluermoz expliquent comment l'ouvrage sort de l'européocentrisme pour proposer une histoire ouverte, mondiale, vraiment globale (et avouez que leur sourire est irrésistible…) auposte.fr/une-histoire-g…
72 chercheuses et chercheurs du monde entier y ont contribué. À distance des apologies sans nuance comme des réquisitoires: ni livre rouge ni livre noir. Mais sans tiédeur :) Ou comment des peuples se soulèvent pour renverser des pouvoirs oppresseurs.
Nous n'avons reculé devant rien :) Pas même l'interrogation fondamentale sur la révolution durant la préhistoire. Car l'archive révolutionnaire est vaste: elle comprend aussi l'archéologie. Et les sociétés sans État ne sont évidemment pas sans histoire.
"Révolution! Une histoire qui nous conduit jusqu’aux étoiles. Comment observer les révolutions, sinon avec une longue vue? Quoi de mieux pour analyser ce long mouvement, en courbe fermée, et le temps nécessaire pour l'effectuer?" @XavierMauduit radiofrance.fr/franceculture/…
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Merci @EditionSyllepse & @LibertaliaLivre pour la réédition de ce livre puissant, poignant, d'une actualité brûlante. Pour Guérin qui l'écrit en 1933 le fascisme n’est pas un accident mais la "tentative audacieuse de prolonger, en le transformant, le système capitaliste" THREAD⤵️
Ce texte n’est pas un récit rétrospectif mais l’autopsie d’un présent sanglant. Guérin saisit la catastrophe au moment où elle se déploie: rues quadrillées par les chemises brunes, écoles militarisées, foules galvanisées par des discours incendiaires, brûlure des autodafés.
Pour Guérin, quand le capitalisme moulé dans l’économie libérale n’arrive plus à se maintenir par ses méthodes habituelles – marché, concurrence, régulation parlementaire –, une fraction de la bourgeoisie recourt à des moyens d’exception, à leur brutalité sans phrase et sans nom.
THREAD sur l'histoire des interventions étatsuniennes en Amérique latine: agressions, invasions, annexions de territoires, appropriations des ressources, guerres et atrocités, au cœur de rivalités interimpérialistes dont les peuples sont toujours les premières victimes #Venezuela
La doctrine Monroe (1823) est bien connue: le président Monroe affirme que l’Amérique est "aux Américains" pour contrer l’influence européenne. En réalité c’est l’Amérique aux États-Unis qui s’y octroient une chasse gardée, bafouant les droits des populations et leur souveraineté
Tout commence avec l'exploitation des ressources et l'esclavagisme des planteurs, dans leur soif inextinguible de terres. Ainsi, le Mexique perd la moitié de son territoire originel. L'objectif des États-Unis est d'exercer une domination sans partage, en chassant tout concurrent.
La promotion médiatique de R.Glucksmann est caricaturale mais peu surprenante. Comme le silence sur le départ de presque la moitié des fondateurs de Place publique dénonçant un fonctionnement "pyramidal", une "organisation dont le seul objectif est de mettre en valeur un homme"🔽
Farid Benlagha, l'un des fondateurs, est par exemple parti en accusant un "groupuscule" formé autour de Raphaël Glucksmann et ses proches d'avoir pris seul toutes les décisions. "Une forme de putsch" disait-il publicsenat.fr/actualites/non…
"D'un mouvement polyphonique, on est passés à un fan-club de Raphaël Glucksmann", pour qui "les pouvoirs ont été concentrés entre ses mains". On n'en entend curieusement jamais parler.
Gideon Levy, journaliste du quotidien Haaretz, intègre et juste, est traité de kapo et de nazi dans son pays parce qu'il décrit le génocide à Gaza et estime que de véritables sanctions contre Israël arrêteraient la barbarie. Soutien et gratitude pour son courage. Merci à lui 🙏
Dans ce texte encore une fois probe, courageux et précis, Gideon Levy décrit l'hypocrisie qu'il y a de la part de certains gouvernements… à envisager la reconnaissance d'un État palestinien mais sans jamais envisager de véritables sanctions contre Israël haaretz.com/opinion/2025-0…
"La reconnaissance européenne de la Palestine est un geste creux exonérant Israël de toute responsabilité.
Sans sanctions pour arrêter le massacre à Gaza,
ce n'est pas de la diplomatie, c'est de la complicité." (Gideon Levy, Haaretz, 3 août 2025)
Racisme abject et récupération monstrueuse du meurtre de Mélanie. On ne saurait s'en étonner: Thibault de Montbrial est une pièce essentielle de l'écosystème #Stérin pour coloniser les esprits et les imprégner d'extrême droite, comme l'a révélé L'Humanité.
C'est un dispositif coordonné, avec ses mots de passe et ses infâmes tours de passe-passe. Ici Hortefeux raconte que le meurtre de Mélanie par un ado prénommé Quentin est dû à
- mai 68
- l'immigration.
Ces gens sont au-delà de l'abjection.
Honte, approximations, erreurs et mensonges de bout en bout!
Un fil détaillé ⤵️ parce que là c'est vraiment trop.
Comment peut-on être aussi indigne tout en se faisant à ce point donneuse de leçons? Et évidemment sans contradiction.
#CarolineFourest #GazaGenocide
Caroline Fourest ose parler de "populisme sémantique" à propos de la qualification de génocide à Gaza. Elle passe par une comparaison honteuse avec l'accusation monstrueuse que porte Trump sur un prétendu"génocide de Blancs" en Afrique du Sud.⬇️
Pire: elle prétend de manière vraiment infâme que cette accusation de Trump sur un prétendu "génocide des Blancs" serait un "retour de bâton", le "retour d'ascenseur", en quelque sorte la monnaie que l'Afrique du Sud paierait pour avoir parlé d'un génocide à Gaza⬇️