Le 15 avril 2024, 13h, la part de l'électricité fossile tombe à un plancher record de 2,4 % dans le mix britannique.
La part de la prod éolienne/PV atteint 70,9 %, celle des productions non synchrones 79,9 % (?!).
Thread technique sur la stabilité du réseau britannique👇
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Beaucoup d'opposants aux EnR utilisent le rapport de l'IEA-RTE de 2021 pour indiquer que le 100 % EnR est technologiquement impossible.
Ceux qui prennent le temps de lire le rapport au-delà de la synthèse vous citeront ce passage :
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... mais ceux-là oublient également de citer les solutions existantes pour générer l'inertie que n'apportent pas les onduleurs ou lignes HVDC classiques.
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En 3 ans, les technologies ont eu le temps d'évoluer à grande vitesse. Les "solutions techniques" présentées comme non disponibles sur le plan commercial le sont désormais. Et des systèmes synchrones de grande taille comme la Grande-Bretagne les mettent en place.
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Ainsi, dans son rapport, l'IEA-RTE estimait la limite de production non-synchrone (dans le rapport éolien et PV) à 60-80 % pour pouvoir garantir la sûreté d'un réseau synchrone.
En 2024, cette limite a été dépassée à de nombreuses reprises en Grande-Bretagne (GB).
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Notons que le rapport IEA-RTE parle bien d'un taux de pénétration à l'échelle d'une zone synchrone... et sur ce point, il va falloir rentrer un peu dans la technique.
Une zone synchrone est une région électrique pour laquelle la fréquence est la même à chaque instant.
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La synchronisation nécessite une interconnexion en courant alternatif... or, toutes les interconnexions de la GB sont des lignes en courant continu, que l'on appelle également HVDC. La fréquence du réseau en GB est différente de celle en Fr.
Les convertisseurs des lignes HVDC présentent la particularité de fonctionner comme des onduleurs.
Dit autrement, lorsque la Grande-Bretagne importe, le convertisseur de la ligne HVDC fonctionne comme un parc PV et/ou éolien.
Voir @MrBidouille :
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Ainsi, les lignes HVDC ainsi que les parcs éoliens et PV peuvent être tous trois considérés comme des productions non-synchrones, à la différence des productions synchrones telles que l'hydro, le nucléaire, le fossile ou la biomasse.
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Pour revenir au cas de la G-B, le seuil de 60-80 % a été régulièrement dépassé en 2024 :
1⃣ Le chiffre de 60 % de production non synchrone a été dépassé 38 % de l'année 2024 (?!),
2⃣ Le 70 % près de 12 % de la même année,
3⃣ Et le 80 % pendant 0,3 %, soit 8h à ce jour !
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Ces seuils ont également été dépassés pour le PV et l'éolien sans tenir compte des imports par ligne HVDC :
1⃣ Le chiffre de 60 % a été dépassé 7,5 % de l'année 2024,
2⃣ Et celui de 70 % 0,36 % de la même année.
Alors, comment la Grande-Bretagne, 6e économie mondiale, fait-elle pour éviter le black-out malgré le dépassement de ces seuils❓
Eh bien c'est simple, les solutions considérées comme non disponibles sur le plan commercial par IEA-RTE le sont désormais.
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La GB a donc installé :
- des compensateurs synchrones,
- des onduleurs "grid forming" capables de fournir de la stabilité au réseau à la différence des onduleurs classiques.
Voir :
14/15 carbonbrief.org/analysis-fossi…
Donc ce problème technique, que beaucoup considéraient comme insurmontable, l'est à grande échelle 3 années plus tard.
Si vous êtes anglophone, je vous conseille fortement la lecture de l'article précédent de @CarbonBrief :
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@CarbonBrief Et un autre sur les blocages existants sur les Zones Non Interconnectés en France où des seuils de puissance instantanée EnRv sont toujours fixés par les PPE locales :
Quelques compléments à ce fil pour comprendre d'où vient ce débat sur "l'impossibilité technique" qui a énormément été exagérée, en particulier en 2021 et 2022 :
Le RN souhaite un moratoire sur l'éolien tout en coupant les subventions à la filière.
Pourtant, d'après la @CRE_energie, celle-ci a contribué positivement au budget de l’État en 2022 et 2023 (?!).
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S'agirait-il donc de supprimer une ressource financière tout en menant une politique anti-climatique ?
Creusons un peu le sujet 👇
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Pendant la crise énergétique, les prix sur le marché ont été bien plus élevés que ceux de l'éolien et du photovoltaïque. Ainsi, alors que les subventions étaient censées marcher uniquement du contribuable vers les renouvelables...
Australie : d'après une agence de recherche gouvernementale, le nucléaire couterait en moyenne 50 % plus cher qu'un mix éolien terrestre et photovoltaïque (coûts réseaux et flexibilités inclus).
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Le graphique ci-dessous provient du Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation. Au même titre que le CEA en France, il s'agit d'une agence de recherche gouvernementale dont la compétence est toutefois plus large que le sujet énergie.
Ils mettent régulièrement à jour leur rapport sur les coûts de production d'électricité (GenCost Report). Fin mai, la version 2023-2024 a été publié. Vous pouvez la retrouver ici :
3/18csiro.au/en/news/All/Ne…
Cet arrêté d'octobre 2021 permettait en effet d'étendre l'Obligation d'Achat sur le segment 100 à 500 kWc (de 500 à 2500 m2 de modules PV), là où celle-ci était limitée au segment 0-100 kWc.
Pour le comprendre :
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Auparavant, les toitures de cette taille étaient déjà éligibles au soutien public, mais uniquement via un système d'Appels d'Offres... qui était régulièrement sous-souscrit.
Pourquoi les prix deviennent négatifs sur le marché SPOT ❓
Ils sont causés par un manque de flexibilité sur le système électrique qui peut être lié à plusieurs facteurs :
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1⃣ Certains systèmes de production d'électricité ont une faible capacité de modulation (centrales à charbon, certaines centrales nucléaires en Europe, moins en France) et fonctionnent essentiellement en base.
Le prix des batteries au lithium s'effondre, passant en dessous de 100 $/kWh en avril en Chine. Avec de tels prix, le stockage électrochimique, dans les Véhicules Électriques (VE) et dans les batteries stationnaires va se développer massivement dans les années à venir.
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Il faut ici bien distinguer deux grands usages énergétiques du stockage électrochimique :
- le stockage d'électricité pour le transport, principalement pour voitures électriques aujourd'hui, mais de plus en plus sur des véhicules lourds de type bus voire camions.
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- le stockage stationnaire visant à apporter des services système au réseau électrique et/ou des flexibilités, de plus en plus utiles dans les pays ayant fortement déployé des EnRv dans leur mix.
Il existe un facteur 100 entre la production d'énergie à l'hectare pour des biocarburants de 1ère génération (utilisés dans une voiture thermique)... et la production d'électricité PV pour alimenter une voiture électrique.
Notons également que l'on ne remplace pas les champs par du PV. Il y a bien coproduction, ici les champs de céréales sont ainsi remplacés par une prairie utilisée par un élevage ovin avec un bail à long-terme.
Pour voir le reportage : france.tv/france-2/envoy…