Hier j’ai été auditionnée 11h30 au total sans pause et sans interruption. Un exercice qui je dois le dire demande beaucoup de sang-froid.
Tout d’abord, il faut savoir que tout député européen peut se prévaloir de son immunité durant son mandat et refuser de répondre à ce type d’audition tant que son immunité n’a pas été levée (ce qui nécessite d’abord que le parlement statue sur le sujet à la demande des autorités nationales compétentes, c’est une procédure particulière longue qui peut prendre plusieurs années) + d’info sur le site du parlement. europarl.europa.eu/news/fr/faq/11…
J’ai volontairement décidé à ce stade de ne pas me prévaloir de mon immunité et j’ai volontairement voulu me rendre à cette audition, la citoyenne et la femme politique que je suis n’a strictement rien à cacher de ses positions et mener mon combat jusqu’au bout inclut aussi de faire face à ce qui se joue en matière de répression des militants et militantes de la cause palestinienne. D’autres citoyens et citoyennes n’ont pas le privilège de l’immunité et il me paraît assez naturel, dans la mesure de ce que je peux endosser, de supporter avec eux et elles tous les rouages cette répression. À titre plus personnel j’ai besoin de me saisir pleinement de tout ce qui se joue sur ce type de convocation, ce qui est précieux pour articuler les contestations que l’on peut en faire.
Les auditions ont porté sur deux affaires (il en reste 4 autres à traiter et pour lesquelles je dois être de nouveau auditionnée si je décide de ne pas me prévaloir de mon immunité) sans rentrer dans le détail des questions qui m’ont été posées, elles portaient principalement : 1) 🟠 sur une plainte déposée par le bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNCVA) sur un de mes tweets qui évoquait le « soulèvement » des étudiants et étudiantes de Sciences Po 2) 🔵 sur l’altercation sur X avec l’euro député François Xavier Bellamy
🟠 Sur la première affaire, j’ai été questionnée sur l’usage du mot soulèvement c’était donc essentiellement un débat principalement sémantique basé sur des suspicions, ensuite il m’a été demandé si je n’appelait pas à la révolution ou à l’insurrection, ou encore on m’a imputé la séquence des « mains rouges » des étudiants et étudiantes de Sciences Po tout en faisant le lien avec l’image des mains rouges des événements survenus en Palestine en 2000. Ce qui est assez étonnant pour plusieurs raisons : 1) tout d’abord parce que les étudiants eux-mêmes s’étaient exprimés dans la presse à ce sujet le 28 avril 2024 liberation.fr/checknews/pour…
2) deuxièmement parce que comme le précise l’article de Libe les mains rouges sont une référence dans le militantisme anti guerre et dans la dénonciation de crime commis (avoir du sang sur les mains) bien antérieure aux événements de 2000, ils ont notamment été utilisées sous la dictature de Pinochet au Chili dans les années 90.
3) de nombreuses sources publiques permettent de retrouver l’usage de ces mains rouges en signe de protestation aux crimes commis y compris en Israël.
4) idem lors des prises de parole de Anthony Blinken aux États-Unis
5) Aussi, le Conseil de déontologie journalistique et de médiation (CDJM) avait été saisi suite à mon interview sur France Info à ce sujet dans laquelle les journalistes avaient proféré ces mêmes accusations à mon endroit, il a conclut par 11 voix contre 2 que les règles déontologiques n’avaient pas été respectées.
Enfin sur cette première affaire, qui est le bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNCVA) pour cette affaire comme pour les autres ce qui nous intéresse surtout ce sont les dépositaires de ces plaintes. Le BNCVA est régulièrement épinglé pour sa confusion entre l’antisémitisme et opposition à la politique israélienne, ici dés 2016 la ligue des Droits de l’Homme avait notamment dénoncé une plainte déposé contre le Maire de Stains pour une banderole demandant à la libération du prisonnier politique Marwan Barghouti.
Le BNCVA s’est très régulièrement exprimé sur le plan politique (ce qui n’a aucun lien avec la question de l’antisémitisme en France) contre les avancées de la cause palestinienne.
Il intervient aussi pour reprocher à des élus leur activité ou position politique sur le sujet comme ici contre Clémentine Autain.
Cette plainte du BNCVA est donc incontestablement politique et non pas basée sur une quelconque caractérisation de propos ou actes antisémites.
Je continue avec l’affaire Bellamy 🔵
Dans cette deuxième affaire, Bellamy a à plusieurs reprises dés le mois de mars 2024 (soit dés mon entrée en politique) tenu des propos me qualifiant d’antisémite, d’islamiste ou encore d’avocate du Hamas. Comme chacun le sait j’ai des mois durant, notamment pendant la campagne, endossé un harcèlement politique et médiatique sur fond de racisme, de sexisme, d’islamophobie et de haine anti palestinienne. J’ai à plusieurs reprises partagé et alerté sur les menaces de mort, de viol que je recevais quotidiennement, tout ceci a été alimenté par des prises de position de personnalités politiques et médiatiques.
Suite aux élections européennes je devais occuper le poste de vice présidente de la commission droits de l’homme. Bellamy a oeuvré au parlement pour m’en empêchée. Suite à quoi j’ai écrit : « Pour le moment Bellamy et ses petits copains, proches du régime génocidaire israélien, dorment bien la nuit. Ça ne va pas durer. » faisant bien entendu ici référence au fait d’avoir la conscience tranquille en défendant l’indéfendable. S’estimant menacé de mort il a déposé plainte c’est dans ce cadre que j’ai été auditionnée sur cette deuxième affaire. Je veux aussi ajouter que bien avant cette affaire le collaborateur de Bellamy avait publié ce post sur X. Participant là aussi à déchaîner les uns et les autres contre ma personne. Ces faits eux resteront bien sûr impunis.
Enfin, j’ai demandé aux enquêteurs si des poursuites étaient en cours contre des personnalités qui auraient fait l’apologie de crime contre l’humanité, tenus des propos racistes / haineux / pro génocidaires à l’endroit de la population civile palestinienne, la réponse est non.
Pour finir, mon avocat a partage aujourd’hui un communiqué détaillé dénonçant l’usage qui est fait de ces procédures et leur caractère politique.
« Ces poursuites sont généralement diligentées par le parquet, subordonné à l'exécutif. C'est ce même pouvoir exécutif qui, aujourd'hui, fait preuve de la plus grande ambivalence à l'égard d'Israël, en permettant notamment le survol du territoire français par M. Netanyahou, en dépit du mandat d'arrêt délivré par la CPI et de l'obligation de coopération de la France telle qu'elle résulte des Statuts de la CPI. Cette position va notamment à l'encontre des différentes constatations des violations du droit international, résultant notamment de l'avis de la CIJ du 19 juillet 2024. »
La cause palestinienne est plus que jamais un test pour nos popres démocraties et l’effectivité de nos droits. Je tiens à remercier toutes et tous ceux qui m’ont témoigné leur soutien. Le combat continue. 🇵🇸
À tous ceux qui reprochent aux militants et militantes (sur ce sujet comme sur d’autres) de ne pas aimer la France parce qu’elle se retrouve tout à coup secouée dés lors que ses incohérences sont pointées du doigt et dénoncées, je veux dire une chose très simple : l’amour n’est pas aveuglement, l’amour est exigence.
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🧶THREAD - La loi “contre l’antisémitisme” de Caroline Yadan est une menace directe pour la liberté de critiquer Israël ⬇️
1/ La proposition de loi Yadan repose sur l’idée d’un “nouvel antisémitisme” qui se manifesterait principalement à travers la critique de l’État d’Israël. Pourtant, la Cour européenne des droits de l’homme distingue clairement la critique légitime d’un État des discours de haine ou d’incitation à la violence. Critiquer Israël n’est pas de l’antisémitisme.
2/ La loi repose sur 3 axes principaux. Axe 1 : l’élargissement de l’apologie du terrorisme. La loi propose de pénaliser toute “relativisation”, “banalisation” ou contextualisation d’actes terroristes. Ces notions sont vagues et ouvrent la voie à une criminalisation d’analyses politiques, historiques ou académiques.
🚨Israël mène une guerre juridique à l’international, et il est impératif de comprendre les mécanismes de cette propagande et la complicité de nos institutions. L’essentiel est résumé ci-dessous ⬇️
L’enquête de @Mediapart et du réseau European Investigative Collaborations révèle comment Israël mène une « guerre juridique » contre toutes les personnes tentant de dénoncer ses crimes devant la justice.
Le droit est instrumentalisé pour assurer l’impunité des dirigeants israéliens, comme l’atteste une fuite de plus de 2 millions de mails du ministère israélien de la justice, échangés entre 2009 et le printemps 2023.
En 2009, le département des “affaires spéciales” est créé pour “gérer les questions relatives aux procédures judiciaires internationales […] découlant des actions de l’État”.
Selon un document interne de 2020, le département aurait permis de clôturer des "dizaines d'affaires pénales et civiles dans le monde entier" contre Israël et ses hauts responsables.
🔴🧵 J’ai été contacté par Olivier Pérou (« Le Monde ») et Charlotte Belaïch (« Libération ») pour répondre à leurs questions dans le cadre de la préparation de La Meute 2. Ayant déjà démontré leur mépris des règles déontologiques, diffamations, atteintes à la vie privée, citations inventées, j’ai exigé des questions écrites. Sans surprise, celles-ci étaient dignes des plateaux de CNEWS ou du JDD et je refuse donc de les rencontrer.
Pour protéger les lecteurs de leurs méthodes et garantir la transparence, je publie donc l’intégralité des questions qu’ils m’ont adressées le 24 novembre ainsi que mes réponses, afin que chacun puisse juger par lui-même de leurs procédés et de la manière dont ils déformeront les faits dans leur second ouvrage ⬇️
1. Pourquoi avoir défendu le votre contre la résolution appelant à la libération de Boualem Sansal en janvier 2025 ? Avez-vous demandé à vos collègues insoumis de voter contre ?
Le texte dont il est question a été mis à l’agenda par une coalition de la droite et de l’extrême droite ; il a notamment été signé par Marion Le Pen. Le cas de Sansal a été instrumentalisé à des fins d’ingérence et d’escalade diplomatique avec un pays voisin de l’UE. Par exemple, des amendements ont été déposés pour y introduire la question de l’immigration algérienne, le cas des influenceurs algériens ou encore la remise en cause de l’accord UE–Algérie. Je défendais évidemment le respect des droits fondamentaux de M. Sansal et j’ai moi-même déposé des amendements pour améliorer ce texte, qui n’ont pas été adoptés : europarl.europa.eu/doceo/document… La version finale de la résolution telle que proposée ne relève pas d’une réelle volonté de défendre les droits humains.
J’ai assisté à toutes les prises de parole du débat sur le sujet, dont l’essentiel des prises de position était monopolisé par des députés français issus de la droite et de l’extrême droite, surtout pour critiquer l’Algérie.
Voter contre cette résolution ne signifiait pas être défavorable à la libération de Sansal, mais bien s’opposer à la manière dont son cas était instrumentalisé et se désolidariser de la manière dont il était porté politiquement par l’extrême droite. Boualem Sansal lui-même a rejeté ce soutien de l’extrême droite. Dans cette histoire, il est important de souligner la responsabilité de l’État français, qui n’a pas utilisé l’ensemble des moyens diplomatiques apaisés à sa portée pour obtenir la libération de Boualem Sansal.
Enfin, il faut noter que mon vote au Parlement européen a donné lieu à plus de 50 000 mentions sur X et à 62 articles en 48 h. La plupart de ces articles titraient avec mon nom et ma position. Pourtant, lorsque les écologistes et les socialistes de l’Assemblée nationale se sont largement abstenus lors du vote d’une résolution appelant à la libération de Boualem Sansal en commission des affaires étrangères, et que même François Hollande et Olivier Faure n’étaient pas présents pour le vote, il n’y a eu aucun emballement ni médiatique ni politique. Cela révèle à quel point ce sujet a été instrumentalisé politiquement avec un biais raciste.
Dans le cadre de mon poste de coordinatrice de la sous-commission Droits de l’homme pour The Left, je fais des recommandations de vote qui sont alignées avec mon travail et mes convictions, mais chaque député est ensuite libre de voter ce qu’il souhaite.
2. Le 18 décembre 2024, vous avez rencontré l’ambassadeur d’Algérie à Bruxelles. Quel était l’objet de ce rendez-vous ?
Cette rencontre a été déclarée, conformément au règlement du Parlement européen. Il s’agissait d’une rencontre parfaitement habituelle dans les commissions Affaires étrangères et la sous-commission Droits humains dans lesquelles je siège. Dans le cadre de ce travail, je ne rencontre pas que des acteurs étatiques mais également des défenseurs des droits humains en Algérie, comme le 5 novembre, où j’ai rencontré des représentants d’EuroMed Rights afin de discuter de la situation des droits humains en Algérie.
Retour sur ma dernière convocation pour apologie du terrorisme 🍿 💅 la 3eme depuis mon entrée en politique et mon engagement contre le génocide à Gaza. 🇵🇸
Je tiens en premier lieu à saluer le professionnalisme des agents qui m’ont auditionnée, ils ont été bienveillants et à l’écoute de tous mes éléments de réponse et arguments, ils ne m’ont pas reprochée de dénoncer le génocide ou l’apartheid contrairement aux agents de la précédente audition.
Sans grande surprise on retrouve une liste d’élus exclusivement du groupe Renaissance dont Caroline Yadan en tête des signataires à l’origine de plusieurs signalements, accompagnés par un avocat de la LICRA.
🧶Une guerre civile à Gaza ? Depuis le dimanche 12 octobre, des affrontements armés ont débuté à Gaza entre les forces de sécurité du Hamas et des groupes armés accusés de soutenir Israël. Décryptage :
1/ Israël soutient matériellement et financièrement des groupes armés pour fragmenter la population à Gaza et donner un visage palestinien au nettoyage ethnique.
2/ Israël arme ainsi des groupes armés proches de l’État Islamique, une stratégie assumée en personne par Netanyahu .haaretz.com/israel-news/20…
🧶 THREAD - Le plan Trump-Netanyahou pour Gaza est un chantage cruel : aux Palestiniens de choisir entre une « paix » coloniale ou la poursuite d’un génocide toléré par la communauté internationale depuis deux ans.
1/ Trump présente un « plan de paix » en 20 points, soutenu par Netanyahou. Les Palestiniens, exclus de son élaboration, sont aussi exclus de la gouvernance de Gaza pour des années. Le droit inaliénable du peuple palestinien à l’autodétermination est balayé dès le départ.
2/ Le plan donne l’impression de reprendre les revendications palestiniennes (fin de la guerre, libération de prisonniers, retrait de l’armée, ouverture de Rafah, liberté de circulation, reconstruction de Gaza), mais il en vide le sens.