Dès le premier paragraphe, on commet l'erreur malheureusement commune mais essentielle de confondre profession et intervention. 2/18
La physiothérapie et l'acupuncture ne sont pas des interventions, mais bien des champs professionnels, au même titre que la médecine, le droit, les soins infirmiers ou le travail social. 3/18
L'intervention dans l'étude citée est donc plutôt l'introduction d'aiguilles sous le derme. Cet acte pourrait être posé par un acupuncteur, mais aussi par un physiothérapeute ou un médecin. 4/18
2e erreur encore dans ce même 1er paragraphe : l'étude n'a jamais comparé l'acupuncture (ou plutôt l'introduction d'aiguilles sous le derme) à la prise de médication et la physiothérapie (qui, je le rappelle, n'est pas une intervention). 5/18
L'étude regardait plutôt l'effet d' ajouter cette intervention au "traitement usuel". Essentiellement, les participants pouvaient recevoir tous les traitements qu'ils désiraient qui étaient couverts par leur assurance. 6/18
Il n'y a aucun détail dans l'étude sur les interventions reçues en "traitement usuel". Ça peut aller de "rien" à la consommation d'opioïdes ou même la chirurgie, en passant par le Yoga et la méditation. Les patients de tous les groupes ont eu accès à toutes ces options. 7/18
2e paragraphe. "On a besoin d'interventions qui vont causer moins d'effets secondaires que la médication". Pourtant, on n'a aucune idée de la quantité de médication prise par l'un ou l'autre des groupes. 8/18
Ensuite, les résultats. Bien que "statistiquement significatif", ils ne sont pas "cliniquement significatifs" et sont de l'ordre de l'erreur de mesure, même si les auteurs essaient de leur donner un "spin" positif. 9/18
Dire que "l'acupuncture est une option thérapeutique efficace" basé sur ces résultats, c'est plus qu'une exagération, c'est une fabulation. 10/18
Finalement, après avoir admis qu'il y a probablement une partie (sinon la totalité) de l'effet qui serait attribuable au placebo, Dre Pinard y va d'un commentaire qui semble anodin et bien intentionné mais qui est lourd de sens et, à mon avis, totalement irresponsable. 11/18
"Même si c'est le cas [que c'est juste placebo], où est le problème?"
Pire encore, elle en rajoute en invitant à réfléchir à la place qui est faite dans nos hôpitaux à des professionnels de la santé dits "alternatifs". 12/18
Il est où le problème? Il est là, justement, et il est énorme.
Aucune intervention n'est sans risque. À bénéfice nul et risque non nul, risque > bénéfice, toujours.
Une aiguille, c'est un risque d'infection, de saignement, de pneumothorax. Tout ça pour un effet placebo. 13/18
Un effet qu'on peut avoir en prenant une pilule de sucre, ou avec un "bec et bobo". Un effet qu'on peut ajouter à ceux d'un traitement reconnu, simplement en étant gentil, à l'écoute, empathique. Un peu de "TLC" (tender loving care). 14/18
Finalement, il y a le risque plus pervers du mensonge. Parce que, qu'on ne se leurre pas : donner de la crédibilité aux pratiques "alternatives", c'est dire qu'on croit à la magie. Qu'on croit aux fantômes, à l'astrologie et autres superstitions. 15/18
C'est dire que la science, l'outil qui nous permet de nous rapprocher le plus de la vérité, ce n'est pas vraiment important. Que la différence entre le réel et l'imaginaire, au fond, on s'en fout. 16/18
Dans une ère où les "faits alternatifs" sont une des plus grandes menaces non seulement à la santé publique mais à nos démocraties et états de droit, il est là, le problème. 17/18
On a sorti les dogmes et la religion de nos hôpitaux, ne les laissons pas revenir dans un cheval de Troie. 18/18
@threadreaderapp unroll
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L'idée qui veut que la physio c'est beaucoup de "traitements" et que "ça prend du temps" est un mythe difficile à défaire. Faudrait d'ailleurs le dire à @cdube sante. Les physios sont des EXPERTS de la fonction des systèmes 🧠💪🩻❤️🫁 et leur intervention #1
est L'ÉDUCATION.🧵 1/
La grande majorité des problèmes peut se régler en une seule consult, 2-3 suivis PRN comme filet de sécurité. Parfois ça peut être un simple suivi au téléphone pour rassurer ou ajuster le plan. La plus-value de suivis supplémentaires est questionnable sur le plan médical.
2/
Ceci dit, dans les cliniques privées ou en centre de réadaptation on pourrait défendre l'idée que l'utilité de suivis fréquents réside plutôt dans l'accès à un gym et à un "coach" éduqué qui va pouvoir monitorer l'évolution tout en faisant de l'entretien motivationnel.
3/
Premièrement, rappelons qu'un groupe de médecine de famille (GMF), ça fait partie de la première ligne. C'est là qu'on peut prendre RV avec son médecin de famille, ou consulter en accès adapté (AA) ou au sans rendez-vous (SRV) pour une urgence mineure. 2/
Mon but n'est pas de questionner la rigueur de @METremblayoff et je suis conscient du fait que le journalisme scientifique est particulièrement difficile, mais ce segment démontre qu'il y a clairement un angle mort quand vient le temps de parler de santé dans les medias. 1/15
Dire que la "médecine alternative" est "complémentaire" à la médecine, c'est comme dire que l'alchimie est "complémentaire" à la chimie, l'astrologie "complémentaire" à l'astronomie ou la voyance "complémentaire" à l'actuariat. 2/15
La science n'est pas une opinion. Si la Dre Laberge croit à l'homéopathie (parce qu'il s'agit bien de croyance ici), soit elle ne comprend pas ce qu'est l'homéopathie (spoiler alert: c'est de la magie), soit elle ne comprend pas ce qu'est la science. 3/15