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C'est vrai. Comme je l'ai déjà écrit ici, la faiblesse relative du soutien militaire français à l'Ukraine, en termes financiers, restera pour beaucoup, dont je fais partie, comme une honte nationale au regard des enjeux de sécurité en Europe. 1/
Et c'est vrai, aussi, cette faiblesse, par rapport à l'engagement d'autres pays européens, nous coute en termes d'influence en Europe. Nous sommes moins audibles, parce que nous faisons peu, en comparaison des autres et au regard de notre richesse nationale. 2/
Alors certes, nous contribuons aux aides de l'UE à mesure de notre quote-part (environ 20% de l'aide de l'UE). Mais cela ne représente qu'un cout très modeste pour nous, qui nous place parmi les pays les moins impliqués. 3/ Image
Certes, tout ne se mesure pas en euros et la valorisation d'une capacité militaire ne dépend pas forcément de son prix d'achat théorique ou de sa valeur d'amortissement qui, au moment du transfert, peut être faible (quand on la valorise correctement). 4/
Bien entendu, ce ne sont pas tous les pays qui peuvent fournir des missiles SCALP ou des avions de combat. Bien entendu, nous fournissons aussi une aide "immatérielle" dans les domaines cruciaux du renseignement et de la formation. 5/
Certes, notre soutien diplomatique est crucial. Il est devenu central en Europe (après quelques cafouillages en 2022). Et la coalition des volontaires nous doit beaucoup. Bravo à celles et ceux qui, au Quai et au Minarm, y travaillent avec acharnement. 6/
Mais même en prenant tout ça en compte, l'aide militaire française à l'Ukraine reste singulièrement faible. Très faible. Trop faible. Il semble que le logiciel de nos décideurs se soit, sur ce plan, arrêté à une analyse récurrente "ne rien changer en profondeur en France". 7/
La stratégie française semble être, comme souvent dans les crises, "être au centre de la photo pour le moins cher possible et SURTOUT sans bousculer la société française", en considérant que "c'est loin tout ça, et puis bon, ça peut s'arrêter demain". 8/
N'ayant, en 2022, que très peu de stocks à transférer, très peu de capacités industrielles militaires capables de produire beaucoup et pas beaucoup de marges de manoeuvre budgétaires et politiques, la position française était censée jusqu'à la fin de l'année... 9/
En revanche, fin 2022, il était clair que :
1) le conflit allait durer
2) cela allait être un test industriel avant tout
3) le soutien américain était précaire, très prudent et serait peut-être limité dans le temps
4) l'enjeu de sécurité pour tout le continent était immense. 10/
C'est à ce moment qu'il fallait en tirer les conséquences et lancer un plan d'expansion industriel en France. Dépenser, pour l'avenir, pendant que d'autres achetaient des armes à court terme. En trois ans, nous aurions pu étendre la production bien plus que cela n'a été fait. 11/
Mais cela demandait un plan, complexe, engageant, de long terme, de formation, d'investissement, dont il n'était objectivement "pas certain à 100% que ça serait utile" puisque le risque existait, et existe toujours, que la guerre "cesse dans quelques semaines". 12/
C'est donc l'approche prudente qui a prévalu : ne pas creuser les déficits en dépensant pour l'industrie de défense au delà des "marches" et "surmarches" LPM, limiter le soutien à l'Ukraine au strict minimum pour être sur la photo, faire des "coups qui ne coutent rien". 13/
En parallèle, la position française sur la nécessaire autonomie stratégique de l'Europe a continué de se faire entendre. Et l'histoire nous a donné raison. Mais la faiblesse de notre effort et de notre aide à l'Ukraine nous plombe. 14/
Je pense que la racine du problème est dans la classe politique : toute une génération de politiciens (dans tout le spectre politique) pour lesquels les "enjeux de sécurité"' ne sont pas une question de survie nationale, mais de position statutaire. 15/
Avec un prisme de lecture prépondérant qui est "les relations internationales ne comptent pas vraiment, sauf si on peut en tirer un argument électoral intérieur, donc soyons clivants, superficiels, pour le reste rien ne peut être grave et durable". 16/
Pour la classe politique française, le seul enjeu qui vaille, c'est la prochaine élection. La seule action prioritaire est celle qui permet de contrer l'adversaire politique ou de sécuriser des voix à court terme. Les retraités ou les banlieues plutôt que l'Ukraine. 17/
La dette enfle chaque année de dizaines de milliards, creusée par des déficits structurels qui sont indispensables au maintien des positions électorales. Dans ces conditions, on fait "le minimum partout" sur les autres sujets. Cette attitude est en train de ruiner le pays. 18/
A l'international, notre influence s'effondre. En Europe, nous sommes inaudibles, à trop parler et trop peu produire. A l'intérieur, le pilonnage des actifs attise la fuite des cerveaux et la dénatalité. Mais qu'importe : la classe politique ne vit que pour sa réélection. 18/
Alors je sais que certains, dans ce marasme, surnagent. Des élus authentiquement dévoués à l'intérêt général. Une poignée. Mais qui ne sont pas capables d'influer sur les réflexes d'appareil et de faire cesser cette spirale mortifère. 19/
La France a raison, depuis des décennies, de prôner l'autonomie stratégique de l'Europe, de s'opposer au gaspillage de l'argent européen au profit de l'industrie de défense américaine, de s'opposer à un destin de vassalité pour le continent. 20/
Mais cette attitude contraste avec les choix d'une classe politique qui continue de nous imaginer comme une île stratégique, en paix, qui n'a rien à "défendre" de manière "vitale" et peut se contenter de "payer un minimum pour être sur la photo". 21/
Pour les autres pays européens, cette attitude française se comprend comme une tentative de Paris de sécuriser un leadership à peu de frais, de faire payer nos alliés pour nos lubies, de nous substituer comme "chef de file" à l'Amérique et d'en retirer un bénéfice financier. 22/
En ce moment se joue l'avenir de l'Europe, de sa sécurité, de sa liberté, de sa civilisation. La position française était juste sur le fond des idées, mais ses actes sont contraints par notre profonde crise politique. Espérons que d'autres soient plus lucides et courageux. FIN

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Mar 15
Escorte dans le Golfe : non, "faire un convoi" n'est pas simple (ni forcément la solution).
Comme chaque fois que le commerce maritime est menacé, on redécouvre la problématique de l'escorte, ayant oublié le retex d'opérations "pas vraiment sexy". 1/ Image
En l’occurrence, le problème n'est pas "que" le détroit d'Ormuz ou "que" les mines. Le problème est plus complexe : comment assurer la protection d'un rail de navigation d'environ 2000km et qui longe un pays hostile à des distances ridiculement courtes (40 à 150km). 2/ Image
Pour ce qui est du détroit, la logique semble être de s'assurer d'abord du contrôle des îles que tient l'Iran (notamment Abou-Moussa et les deux Tunb), soit en les occupant, soit (plutôt) en les neutralisant. 3/ Image
Read 17 tweets
Mar 9
L'évolution du conflit dans le Golfe - clairement hors de contrôle - illustre ce que j’écrivais en février dans @LeTemps : le succès dans les opérations ne remplace pas la stratégie. En l’occurrence, on sent qu'il manque à Washington un "plan B parce que ça n'a pas marché". 1/
Les frappes initiales sur l'Iran ont été un "succès" sur le plan opérationnel. Et depuis le début du conflit, les frappes américano-israéliennes sont globalement des "succès opérationnels" au sens ou la quasi totalité des cibles visées sont atteintes. 2/
Bien entendu, le déclenchement du conflit était à la fois contraire au droit international, aventureux sur le plan politique et dangereux sur le plan économique. Mais Trump et Netanyahou s'en fichaient. Je pense que leur approche simple : "finir de casser la puissance de l'Iran"3
Read 23 tweets
Mar 4
On commence à voir un peu plus clair dans la stratégie iranienne pour "essayer de s'en sortir". Une approche asymétrique sous pression, incertaine mais pas complètement dénuée de sens. "Pression, attrition, désorganisation". 1/
Fondamentalement asymétrique, parce que l'Iran a perdu une grande partie de sa "ceinture dissuasive". Ses proxies sont en miettes, sa défense aérienne est anéantie et une bonne partie de ses missiles à longue portée détruits. Ne restent que les missiles à courte portée... 2/
...et bien entendu une pléthore de drones type Shahed et assimilés.
Pas beaucoup d'options de ciblage dynamique non plus : l'Iran est aveugle, il ne peut s'appuyer que sur les images satellites civiles (pas vraiment du "temps réel"), n'a plus d'avions en l'air... 3/
Read 20 tweets
Feb 28
Bon, à chaud, comme ça :
1) l'opération américaine contre l'Iran est très complexe, ce qui était prévisible vu le volume et surtout la variété des forces, avec quelques actifs critiques comme les avions répéteurs de liaisons tactiques. Il y a "des plans à l'intérieur des plans".1
2) le début est classique : on scalpe les défenses antiaériennes, on vide le ciel adverse pour pouvoir s'y balader tranquille. C'est le job des Tomahawk, de nouveaux effecteurs "one way" et des F-35 (avec les Growlers de la SEAD peut-être). 2/
Le gros des forces US - les F15, F16 et F18 - semblent ne pas être encore engagés. C'est la "horde des camions à bombes". Ils seront chargés de faire les norias de frappes avec des effecteurs moins couteux (JDAM et autres) pour dérouler le gros du ciblage... 3/
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Feb 12
Je pense qu'on pourrait questionner nos partenaires européens sur ce sujet. Avant de traiter (encore) les Français de méchant, la question honnête c'est "au delà des enjeux économiques, vous allez faire quoi de ces systèmes en termes capacitaires ???" (réponse : "rien"). 1/
Cela illustre une fois de plus la grande différence entre la France et ses partenaires en Europe sur les coopérations de défense : comme nous nous pensons responsables de notre propre destin en dernier ressort, nous donnons la priorité aux capacités sur les enjeux industriels. 2/
Ce qui explique en grande partie certains échecs industriels. De leur côté, nos partenaires se pensent membres d'une coalition dans laquelle il faut "fournir des trucs", mais dont la cohérence, le destin et les capacités reposent sur la puissance américaine. 3/
Read 15 tweets
Feb 11
This widespread assault against France is interesting. It's clear that this is being orchestrated in a structured way. As for Mercosur, there has long been a united front of major agricultural countries. France has only been "alone" for less than a year. 1/
Regarding the SCAF, the divergence is rooted in different operationnal requirements and has been a reality from the outset. If we erred, it was through optimism and misconceptions. It was a political totem for Paris, and only an industrial issue for Berlin. 2/
And yet, nothing is lost : what is clearly out of scope is the NGF, as France needs - from the outset it was clear - a multirole, carrier capable and nuclear capable aircraft, while our partners only require an air superiority fighter to insert in an NATO combat model. 3/
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