Une fois de plus, une note de communauté permet à un groupe de pression de tordre la réalité et de délégitimer les lanceurs d’alerte. Aussi, reprenons les faits :
Ce n’est pas une fake news de parler d’un projet.
Une fake news, c’est inventer un fait qui n’existe pas.
Ici, il existe bien un texte en discussion, des amendements, des positions publiques, un débat institutionnel. Le fait que ce ne soit pas encore adopté ne le rend ni imaginaire ni inoffensif.
La politique ne consiste pas à commenter les décisions une fois qu’elles sont prises, mais à peser pendant qu’elles se fabriquent. Si on attend que ce soit voté pour réagir, il est trop tard.
On nous a déjà fait le coup mille fois : « Ce n’est qu’un projet, inutile d’en parler. » Puis, une fois signé : « Désolé, c’est fait, on ne peut plus rien changer. »
Parler d’un projet, ce n’est pas mentir. C’est exercer une vigilance démocratique. La vraie manipulation, ce n’est pas d’alerter trop tôt, c’est de demander aux citoyens de se taire jusqu’au fait accompli.
D’un point de vue formaliste, en effet, la licence d’exportation vers pays tiers reste nationalement délivrée (cadre CFSP + législations nationales). Mais le sujet mis en avant par l'article de La Tribune sur lequel s'appuie mon post n’est nullement « inventé » : le Parlement européen a noir sur blanc introduit l’idée de procédures UE pour les « export licenses » dans le rapport du 22 décembre 2025 sur la modification des directives 2009/43 et 2009/81.
Je confonds achat et vente ? Non. Les directives 2009/81/CE (marchés publics défense/sécurité) et 2009/43/CE (transferts intra-UE) ne sont pas, à l’origine, un règlement général des exportations vers des pays tiers mais le débat actuel ne porte pas sur « ce qu’étaient » ces textes en 2009 ; il porte sur ce qu’on est en train d’y injecter en 2025–2026.
Le rapport du Parlement européen (A10-0275/2025, 22/12/2025) introduit explicitement la phrase suivante:
« The security situation requires to consistently establish approval and certification procedures regulated at EU level for new production facilities and export licenses for defence products. » (La situation sécuritaire exige la mise en place systématique de procédures d'agrément et de certification réglementées au niveau de l'UE pour les nouvelles installations de production et les licences d'exportation de produits de défense.) Dire « ce n’est qu’un considérant » ne suffit pas : c’est précisément comme cela que les bascules se font, par intention politique, puis consolidation juridique. Et la proposition renforce déjà des leviers Commission (actes délégués / harmonisation).
Enfin, faut-il citer Ursula Von der Leyen elle-même ?
Discours au Parlement européen (candidature à son 2e mandat) – 18 juillet 2024
“We must therefore create a single market for defence.”
(même paragraphe : “NATO will remain the pillar of our collective defence.”) enlargement.ec.europa.eu/news/statement…
Discours au Parlement européen sur le nouveau Collège – 27 novembre 2024
“We need a single market for defence.” enlargement.ec.europa.eu/news/speech-pr…
Le général Christophe Gomart (l’ancien patron de la Direction du renseignement militaire (DRM)) ne s’y est d’ailleurs pas trompé : lefigaro.fr/politique/gene…
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Un fil sur les chiffres de l'immigration dévoilés la semaine dernières... 🧵⤵️
1/ Les chiffres DGEF 2025, balancés avec insouciance sur les plateaux : 4,5 M de titres valides, niveau inédit. 384k nouveaux (+11%), près d’1 M renouvellements. Ce n’est plus un débat : c’est une tendance structurelle. ⤵️
2/ J’ai plongé dans les données (OFPRA, INSEE, DGEF, CNDA, MinInt, MAE, universités). Travail de Sisyphe, mais vital. Je ne supporte plus qu’on nous balade marteau-caricatures, enclume-tabous sur un sujet aussi (mal)traité. ⤵️