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Guillaume Nicoulaud @ordrespontane
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Vous ne le saviez peut être pas mais les nazis, eux aussi, avait un projet d’arme nucléaire ; lequel, pour des raisons sur lesquelles je ne m’étendrai pas ici, impliquait qu’ils produisent de grande quantité d’eau lourde (a.k.a. oxyde de deutérium). #Thread
Et pour fabriquer de l’eau lourde, ils ont une solution toute prête qui en produit déjà depuis 1934 : l’usine Vermork, une énorme centrale hydroélectrique située à Rjukan, au nord du Telemark en Norvège (laquelle a été envahie par les nazis en avril 1940).
Ce que les nazis ne savent pas c’est que les résistants norvégiens — et notamment Leif Tronstad qui est aussi un chimiste spécialiste de l’eau lourde et connait parfaitement l’usine — ont tuyauté les anglais sur leurs projets.
Évidemment, cette histoire ne plait pas du tout aux alliés.

Ils décident rapidement de mettre sur pied une petite opération de sabotage ; opération qui va être confiée au très secret Special Operations Executive (SOE) britannique.
Et dans les troupes du SOE, il y a justement la Kompani Linge, une unité exclusivement composée de norvégiens qu’on a — fort opportunément — entraîné aux opérations commando, options « escalade sur glace » et « survie en milieu froid ».
Le 19 octobre 1942, quatre de ces petits gars-là sont parachutés en Norvège pour préparer le terrain à l’équipe de sabotage proprement dite. C’est l’opération #Grouse.

Évidemment, on les drope à une distance phénoménale de l’objectif : les mecs se font le trajet en skis.
Quand ils arrivent à destination, ils prennent contact avec les brits qui, suspicieux parce qu’ils n’avaient plus de nouvelles, leur posent la question secrète :
« Qu’avez-vous vu le matin du [date] ? »
Réponse des norvégiens :
« Trois éléphants roses ».
Ouf, c’est bien eux…
Un mois plus tard, le 19 novembre, on lance donc l’opération #Freshman : le parachutage de 39 brits pour faire sauter Vermork.

Las, un des deux planeurs s’écrase sur une montagne, l’autre se crashe plus loin et les survivants finissent tous exécutés par la Gestapo. #LaTuile
Du coup, les quatre norvégiens de l’opération #Grouse se retrouvent — pardon — comme des cons. Chassés par les nazis, les gars se font un Kho-Lanta hivernal en Norvège en mangeant de la mousse et du lichen.

Sauf la veuille de Noël : ils arrivent à choper un renne.
Comme les brits savent que l’équipe #Grouse est toujours opérationnelle, ils décident de monter une autre opération mais, cette fois-ci, 100% norvégienne.

C’est le début de l’opération #Gunnerside dirigée par Joachim Rønneberg.

On se calme les filles.
Nous sommes le 16 février 1943 et six norvégiens se font donc parachuter en Norvège.

Comme d’hab’, ils atterrissent à des kilomètres de l’endroit prévu et vont mettre 5 jours à rejoindre les copains de l’équipe #Grouse (renommée #Swallow entre temps.)
Ce qui nous amène, mine de crayon, au 27 février 1943, date à laquelle nos dix petits vikings s’apprêtent à prendre d’assaut la centrale de Vermok.
Sachez que si vous cherchiez une base secrète pour préparer vos projets de conquête du monde, Vermok c’est juste parfait : la centrale est située sur un plateau rocheux qui surplombe la vallée avec des chutes de 104 mètres juste à côté. C’est une véritable forteresse naturelle.
Accessoirement, le plateau est connu des norvégiens sous le nom de Hardangervidda et une légende locale raconte qu’il y fait tellement froid que même les flammes y gèlent.

Oui, bon… c’est une image Ok ?
(On attend un peu que les filles arrêtent de bloquer sur la photo de Rønneberg.

Si, je vous vois.)
Bref, il y a trois façon d’y accéder : par la montagne (que les nazis ont consciencieusement recouvert d’un épais champ de mines), par un sympathique pont suspendu au-dessus d’un ravin de 200 mètres (que les nazis, bien sûr, surveillent étroitement) ou…
… en traversant la rivière à moitié gelée avant d’escalader un rocher quasiment vertical de plus de 150 mètres de haut — le tout, sous le nez des gardes nazis, évidemment.

Après quelques délibérations, c’est cette dernière option qu’ils choisissent.
Et ils y arrivent les gars : le 28 février 1943 à 0:30, nos dix norvégiens parviennent à se faufiler dans l’usine en découpant les grilles.

Quatre d’entre eux se chargent de poser les bombes pendant que les autres assurent leurs arrières.
Et là, une fois dans l’usine, l’équipe des quatre artificiers tombe sur…
...
...
...
...
...
...
...
... le concierge.
Même si le pauvre gras ne présente pas de menace immédiate, ils le mettent en joue le temps de poser leurs explosifs.

Quand c’est fait, il est grand temps de dégager vite fait.
Sauf que cet abruti de concierge ne trouve plus ses lunettes et il refuse de partir sans.

Voilà donc nos commandos, alors que le compte à rebours est déclenché, qui se mettent à chercher ces ****** de lunettes.

Heureusement, ça ne dure pas trop longtemps.
Alors qu’ils s’enfuient, ils entendent les explosions : tout le stock d’eau lourde des nazis vient de partir en vapeur (lourde, je suppose).

Sauf que c’est pas fini parce les explosions alertent évidemment les nazis.

En l’occurrence, 3 000 nazis.
Et là, je vous laisse imaginer le tableau : nos dix norvégiens, à ski, qui foncent vers Rjukan et, derrière eux, une armée entière de nazis furibards qui essaient de les rattraper.

Si ça, c’est pas assez épique pour vous, je ne sais pas ce qu’il vous faut.
Et nos petits gars finissent par les semer. Une partie du groupe retourne se planquer dans les forêts alentours (pour y manger du renne au lichen) tandis que les poseurs de bombe partent en ski pour le Suède.

La Suède qui est à un peu plus de 300 kilomètres de là.
Aussi improbable que ça puisse sembler, ils s’en sortent tous.

Knut Haugland, un des gars de l’équipe #Grouse qui n’avait sans doute pas eu sa dose de fun, participera même à l’expédition du Kon-Tiki de Thor Heyerdahl en 1947.
Quant à Rønneberg, après avoir été couvert de médailles (norvégiennes, anglaises, américaines et françaises), il fera carrière à la radio.

À 98 ans, il habite toujours à Ålesund, à côté de la statue érigée en l’honneur de l’équipe de Gunnerside. #Fin
Comme d’hab, si vous avez aimé cette histoire, il y en a tout un stock ici :
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