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Guillaume Nicoulaud @ordrespontane
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En octobre 1722, Louis XV dit le « Bien-Aimé » monte sur le trône ce qui fait de Marie Leszczyńska la Reine de France.

Au début, tout se passe bien entre eux — il lui fait dix enfants — mais, à partir de 1737 et la naissance de Louise, le Roi s’ennuie sec. #thread
Il faut dire que les médecins de Marie lui expliquent qu’une grossesse supplémentaire pourrait lui être fatale. Comme elle n’est pas vraiment pressée de mourir, elle commence à rechigner un peu.

Pour Louis, qui a de gros besoins, c’est la tuile.
Or, justement…
Louis III de Mailly, marquis de Nesle & de Mailly, et son épouse Armande Félice de La Porte Mazarin ont eu 5 filles :
- Louise Julie (1710),
- Pauline Félicité (1712),
- Diane-Adélaïde (1713),
- Hortense-Félicité (1715) et
- Marie-Anne (1717).

Ce sont les sœurs de Nesle.
(Attention : si vous êtes à la fois féministe et monarchiste, la suite de ce thread risque de provoquer quelques dissonances cognitives. Il est encore temps. Vous êtes prévenus.)
Tout commence avec l’aînée de la fratrie : Louise Julie, comtesse de Mailly.

Elle est dame d’honneur de la Reine quand Louis XV la remarque et finit — on ne sait pas exactement quand — par en faire sa maîtresse. Leur relation reste secrète jusqu’en 1737.
En septembre 1738, notre bonne Louise Julie a une idée flambante : inviter sa jeune sœur Pauline Félicité à la cour.

Il faut dire que la jeunette, sachant que sa grande sœur est favorite du Roi, a insisté plus que lourdement pour la rejoindre.
Pauline Félicité rencontre donc Louis XV et, comme elle est rigolote alors que Louise Julie plutôt pas, lui plait beaucoup.

Problème, néanmoins : elle n’est pas mariée et le Roi refuse catégoriquement de coucher avec une femme qui n’a pas de mari.
(Ce n’est pas, contrairement à ce qu’on pourrait croire, un truc de pervers. Le truc c’est que si elle tombe enceinte, il faudrait qu’il y ait un géniteur officiel sinon ça va faire désordre.)
Qu’à cela ne tienne, on lui trouve un mari et Pauline Félicité devient la comtesse de Vintimille en septembre 1739.

Le Roi file un gros paquet de fric à l’heureux élu pour qu’il aille voir ailleurs (genre loin) et, dans la foulée, met la jeune mariée dans son lit.
Manque de bol, Pauline Félicité tombe enceinte (comme quoi…). La Reine, évidemment, est furax mais il y a pire encore : la grossesse se passe mal et la pauvre fille finit par mourir en septembre 1741, juste après avoir donné un fils illégitime à son royal amant.
Bonne poire, Louise Julie reprend donc du service mais, pour satisfaire la royale libido, il semble qu’elle ait entraîné sa sœur Diane-Adélaïde, duchesse de Lauraguais depuis peu (on l’a mariée au duc en janvier 1742), dans des petites parties de jambes en l’air à trois.
Las, une rumeur circule à Versailles : le Roi se serait vanté de coucher entre les deux sœurs. Ça fait un peu désordre.

Pour éviter le scandale, la pauvre Diane-Adélaïde est donc obligée de fuir la cour en quatrième vitesse et de laisser Louise Julie seule à la manœuvre.
C’est là que ladite Louise Julie, mignonne comme elle est, appelle sa sœur Marie-Anne, marquise de La Tournelle, à la cour.

Cette dernière débarque en octobre 1742 et, vous l’avez vu venir, remplace sa sœur aînée auprès de Louis XV dès novembre 1742.
Là, c’est carrément brutal. Non seulement Marie-Anne exige d’être faite duchesse mais elle réclame aussi que sa grande sœur soit virée de la cour.

Le Roi, en véritable gentleman, congédie la pauvre Louise Julie en lui balançant simplement « tu m’ennuies, j’aime ta sœur. »
Avec un score de 4 sur 5, Louis XV est fier de lui mais le clergé commence à coincer un peu.

Le Roi fait semblant, le temps d’une maladie, de congédier Marie-Anne mais la rappelle juste après… Pas de bol, elle meurt deux semaines plus tard, en décembre 1744.
Reste donc Hortense Félicité, marquise de Flavacourt.

Celle-là, le Roi a essayé de la mettre dans son lit en 1742, quand Diane-Adélaïde est partie, mais sans succès.

Il faut dire que son mari l’avait menacé de mort si elle devenait une « putain comme ses sœurs ».
Si Louis XV, malgré une liste conséquente (dont la fameuse marquise de Pompadour), ne peut pas se targuer d’être le Roi de France qui a eu le plus de maîtresses, il est en revanche le seul à avoir couché avec quatre sœurs d’une même fratrie. #AchievementUnlocked
Bonus !
Louis XV et ses maîtresses, c’est tout un programme. Quand il n’organisait pas des jeux de pistes pour aller les voir (véridique), il aimait les emmener assister au rut des cerfs dans la forêt de Fontainebleau (véridique aussi).
Et quand ça n’était pas ses maîtresses, il trouvait tout un tas de façons de s’occuper.

En janvier 1741, par exemple, il s’est mis à tapisserie pour fabriquer des sièges. Pour plaire au Roi, ses courtisans lui ont ramené le matos de Paris à Versailles en 2 heures et 15 minutes.
Ça a d’ailleurs donné lieu à une blaguounette rigolote d’un courtisan qui lui aurait dit « Sire, le feu roi n’entreprenait jamais deux sièges* à la fois, et voilà que Votre Majesté en commence quatre. » #lolilol

(*) Il parle des sièges *militaires* de Louis XIV.
Pour les affaires de l’État, il y avait Son Éternité (le cardinal de Fleury, surnommé ainsi en référence à son exceptionnelle et très irritante longévité).

Louis XV lui déléguait d’autant plus volontiers le boulot que le royaume était dans un état pitoyable.
Pendant que Louis s’éclate avec ses maîtresses, le petit peuple crève littéralement de faim.

Sans rire : des villages entiers sont décimés par la famine.

Le duc d’Orléans a bien tenté de sonner l’alarme en 1740 mais Louis XV devait penser à Pauline Félicité.
Notez que ça ne datait pas de la veille : en 1707, Vauban estimait déjà que, sur dix français, un en était réduit à la mendicité, cinq en étaient presque là et trois étaient « fort mal aisés ».
Épigramme célèbre de l’époque : « La France est un malade que, depuis cent ans, trois médecins de rouge vêtus ont successivement traité. Le premier (Richelieu) l’a saigné ; le second (Mazarin) l’a purgé, et le troisième (Fleury) l’a mis à la diète. »
La plupart de ces petits détails sur le règne de Louis XV nous sont parvenus grâce aux mémoires et au journal de René-Louis de Voyer de Paulmy, marquis d'Argenson.

En plus d’être extraordinairement intéressant, c’est un vrai délice à lire : je recommande.
René-Louis a été le secrétaire d'État aux Affaires étrangères de Louis XV.

Ne pas confondre avec son petit-frère, Marc Pierre, le comte d’Argenson, qui était secrétaire d'État de la Guerre.

Louis XV avait un « Argenson de la paix » et un « Argenson de la guerre ». #Fin
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