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Guillaume Nicoulaud @ordrespontane
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Le 2 août 1343, Philippe VI de Valois, dit « le Fortuné », fait décapiter Olivier IV de Clisson aux Halles de Paris. On accuse — probablement à tort — le noble breton d’avoir fricoté avec les anglais. #Thread
Mais le principal tort de ce pauvre Olivier c’est sans doute de ne pas avoir choisi le bon camp dans la guerre de succession de Bretagne. En bon breton, Clisson soutenait Jean de Montfort. Manque de chance, le roi avait pris fait et cause pour Charles de Blois.
Quoi qu’il en soit, l’exécution du sire de Clisson sera particulièrement sanglante et sa tête, comble de l’infamie, finira au bout d’une pique sur le mur d’enceinte de Nantes.

Le roi ne le sait pas encore mais il vient là de se faire une solide ennemie.
Parce que parmi celles et ceux qui assistent à cette horreur bien moyenâgeuse, il en est une qui va l’avoir sévèrement en travers de la gorge : c’est Jeanne de Belleville, la femme d’Olivier.
Elle n’est pas contente Jeanne. Elle a déjà perdu son premier mari (de mort naturelle), le second (mariage annulé par le Pape) et voilà que le roi et le camp de Blois privent la belle poitevine de son troisième mari. Bref, elle est vénère et pas qu’un peu.
Et comme est du genre badass, elle va le faire savoir.

Quelque jour après ce funeste évènement, Jeanne et quelques vassaux d’Olivier rendent visite à un château voisin, tenu par un allié des Blois.
« Toc toc…
— Qui est là ?
— C’est Jeanne.
— Jeanne qui ?
— Jeanne Je-Vais-Tous-Vous-Trucider-Bande-de-*********. »

Effectivement, c’est un carnage et ce n’est que le début.
La légende la Tigresse Bretonne (ou de la Lionne des Mers ou, combo, la Lionne de Bretagne — c’est selon) est en marche.
Pendant les semaines qui suivent, la belle Jeanne écume la campagne bretonne et va prendre (selon certaines sources) au moins 6 châteaux appartenant au clan d’en face — c’est-à-dire celui du roi.

À chaque fois, c’est le même scénario : un bain de sang.
Évidemment, Philippe VI finit par en prendre quelque peu ombrage et décide d’assiéger le château des Clisson. Sauf que c’est trop tard : Jeanne a déjà tout vendu pour s’acheter un premier bateau et se mettre sous la protection d’Édouard III d’Angleterre.
Je dis premier bateau parce qu’une fois de l’autre côté de la Manche, Jeanne va en acquérir deux autres.

C’est qu’elle a un projet assez original : elle va se faire pirate et s’attaquer systématiquement à tout ce qui ressemble à un bateau français.
Juste pour que ce soit clair pour tout le monde, elle fait, dit-on, repeindre son navire amiral en noir et le rebaptise « Ma Vengeance ». #CommeÇaCestClair
À partir de ce moment, la Tigresse Bretonne devient une véritable légende. Pendant plus d’un an, elle va écumer la Manche et l’Atlantique et assouvir ladite vengeance plutôt deux fois qu’une ; massacrant méticuleusement tout ce qui bat pavillon français.
Outre le butin, son truc à elle c’est de laisser juste ce qu’il faut de survivants pour que tout le monde — à commencer par Philippe VI — sache précisément qui a fait le coup.
Les légendes de l’époque affirment qu’elle prenait un soin particulier à décapiter elle-même les nobles français qui lui tombaient sous la main à coup de hache.

Pendant ce temps, Édouard III d’Angleterre mange du pop-corn.
On a peu de sources sur le détail de ses aventures maritimes mais la réaction de Philippe VI (le pas si fortuné que ça) parle d’elle-même : en 1345, il envoie la marine royale pour tenter de mettre fin à la furie de Jeanne.
Malheureusement pour elle, il parvient à ses fins : le Ma Vengeance est abordé et la tigresse parvient tout juste à s’échapper dans une chaloupe avec ses deux fils, Olivier et Guillaume. Las ce dernier meurt dans les bras de sa mère.
C’est la fin de l’aventure. Jeanne accoste à Morlaix qui se trouve, coup de bol, être fidèle au clan des Montfort. Elle passe ainsi sous la protection de Jeanne de Flandre, la femme de Jean de Montfort, et dépose enfin les armes.
Elle finira par se remarier avec un lieutenant d’Édouard III en 1349 et passera les dix années qui lui restent à vivre avec lui.

Jamais Philippe VI de Valois ne parviendra à mettre la main sur la Tigresse Bretonne.
Les chats, dit-on, ne font pas des chiens. Il faut croire que c’est vrai parce que son fils Olivier, devenu Olivier V de Clisson, deviendra un militaire aussi talentueux que cruel.

Son petit surnom à lui, c’était « le Boucher ». #Fin
Rappel : le menu des petites histoires qui font la grande est ici :

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