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Journaliste (@franceinter), version justice et terrorisme / / Live-tweet d'audiences / Dessin : Matthieu Boucheron / Livre :"Et nous nous sommes parlé" (l'Aube)

Sep 25, 2019, 50 tweets

L'audience reprend avec les auditions cet après-midi de la famille de la principale accusée, Inès Madani
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On commence avec l'audition de Patrick Madani, 52 ans, chauffeur de bus, père d'Inès Madani et de 4 autres filles.
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Patrick Madani : "on n’a pas tout à fait compris en tant que parents. Pour moi, même si certains vont penser que je minimise les faits, c’est une série de mauvaises rencontres, de crise d’adolescence, de malaises."
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Patrick Madani : "quand je cherche dans l’enfance de ma fille, il n’y a pas de situation familiale conflictuelle, de divorce, d’alcoolisme. Peut-être qu’il y avait un malaise et qu’on n’a pas su … je ne sais pas. "
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Patrick Madani : "il y a eu un moment où il y a eu un malaise au niveau d’un surpoids. Nous, dans la famille, on est tous fins. Et elle, elle prenait un petit peu de poids. Bon, c’est comme ça dans la vie, mais à 16 ans ça a créé un malaise."
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A l'écoute du témoignage de son père, Inès Madani est en pleurs dans le box.
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Patrick Madani : "je suis musulman, j'essaie de faire du mieux que je peux pour suivre ma religion et l'enseigner à mes enfants. Mais s'ils décident de ne pas y adhérer, je n'ai pas plus de pouvoir que ça."
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Au sujet de l'influence radicale d'Anissa M. sur Inès Madani, Patrick Madani témoigne :"Anissa, au niveau religieux, elle n’avait pas tant de savoir que ça. Moi je pensais qu'avec le savoir, on allait balayer tout ça."
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Patrick Madani : Inès "se sentait concernée par le fait qu’il y ait un petit groupe d’Etats qui se comporte comme si le monde lui appartenait, mais c’était pas dans un esprit de combat. C’était plus dans un esprit humanitaire."
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Patrick Madani : "moi, je travaille en horaires décalés, je me couche pas tard. Et bon ma fille, elle avait 16 ans, elle allait sur l’ordinateur. Moi, j'ai pas ressenti le besoin de la fliquer plus que ça ... "
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Patrick Madani : "je pensais pas que c'était aussi simple de communiquer avec quelqu'un dans un pays en guerre. Moi, j'ai ma famille en Algérie et parfois pour avoir mon cousin par Skype, c'est la croix et la bannière."
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Patrick Madani : "quand arrive l’adolescence, la chose qu’on craint le plus en tant que parents c’est que le malaise conduise à se dire “je vais me suicider”. "
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Patrick Madani : "elle parlait beaucoup de martyr, de mort. Moi, je lui disais “non, le suicide, il emmène automatiquement en enfer." Je lui ai amené des textes, pour essayer de la convaincre."
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Patrick Madani : "j’ai peut-être eu un surplus d’orgueil en me disant “je vais arriver à la convaincre”. Mais j’ai sous-estimé l’influence" [de la propagande djihadiste]
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Patrick Madani au sujet des faux profils d'homme de sa fille sur les réseaux sociaux : "j’ai pas fait d’études de psychologie mais pour moi se faire passer pour quelqu’un d’autre c’est quand on n’est pas satisfait de soi-même."
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Un mois avant la tentative d'attentat, Inès Madani passe des vacances avec son père : "j’ai fait le choix de l’emmener avec moi en Corrèze car je me suis dit qu’il y avait un travail de fond à faire ..." 1/2

Patrick Madani : "... et puis en Corrèze, il n’y a pas beaucoup de réseau. Donc je me suis dit “ça peut faire une sorte de cure.” En tant que parent, on essaie tous de faire au mieux parce que c’est nos enfants. "
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Six mois avant, les parents d'Ines Madani ont pris une interdiction de sortie du territoire car ils craignent un départ en Syrie. Patrick Madani : on a vécu ça comme une trahison. Alors, on est passé en mode flicage. On lui a pris son téléphone, elle sortait jamais seule."

Un soir, la veille de l'attentat, alors qu'elle doit être chez une amie, les parents d'Inès Madani découvre qu'elle n'y est pas. "J'ai signalé sa disparition au commissariat."
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Patrick Madani, au sujet des logiciels cryptés retrouvés sur l'ordinateur familial : "l’ordinateur est dans une pièce de vie, on passe devant .. J’ai considéré, peut-être à tort, que ça suffisait. Mais moi, l'ordinateur, ce n’est pas mon domaine."
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Ce soir de septembre, les parents d'Inès Madani signalent sa disparition. Patrick Madani : "le lendemain matin, on nous place en garde à vue pendant deux jours. Quand on sort, on est sonnés, elle est en cavale. On cherche les infos dans les médias ..."
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Président : vous trouvez que votre fille a changé ? Patrick Madani : "oui. Elle est à l’isolement, c’est assez efficace pour faire un point sur soi-même. Maintenant, la mascarade de Daech c’est fini. Donc de ce que je vois, les choses ont bien changé."
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Patrick Madani qui n'est pas arabophone, prend des cours d'arabe : "j’avais pour objectif de maîtriser l’arabe car, pour ne pas être assujetti à l’interprétation de certains, le mieux c’est d’avoir accès directement au texte. C’est le travail d’une vie, mais il faut s’y mettre."

Patrick Madani : "à un moment, je me suis dit "peut-être que ça me dépasse ...". Alors, il emmène sa fille voir un imam, se tourne vers l'association de Dounia Bouzar.
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Patrick Madani : "mes filles quand elles ont eu l’âge de s’intéresser aux garçons, je leur ai dit : dans l’Islam, c’est interdit d’avoir un petit-ami en dehors du mariage."
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Avocat général : "Inès a expliqué avoir subi deux agression sexuelles. Vous le saviez?"
Patrick Madani : “non, ça je l’ai appris par la presse.”
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Patrick Madani : "j’avais resserré la vis. Mais je pensais que si je l’emprisonnais complètement, je la perdrais. Donc, je la laissais recevoir des copines à la maison, tout ça. C’était peut-être naïf de ma part.”
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Avocat général : Inès a expliqué vouloir mourir. Comment réagissez vous ?
Patrick Madani, très très ému : “ça relèverait plus du constat d’échec. Je pense que tous les parents dont les enfants expriment ce souhait, se torturent l’esprit pour savoir où ils ont merdé.”

Patrick Madani : "on nous a dépeint comme une famille extrémiste, qui ne fêtait pas les anniversaires. C’est faux. Mes enfants ont eu des cadeaux. On faisait même plus de fêtes que les autres puisqu’on en a deux en plus. Après, on est musulmans, on ne l'a jamais renié."

Patrick Madani explique avoir passé "des heures à marcher ou dans la voiture pour être seul avec elle à parler" pour combattre cette idéologie. "Elle me promet alors que le départ en Syrie c'est fini."
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Patrick Madani va même jusqu'à envisager placer un mouchard dans le sac de sa fille pour éviter un départ en Syrie : "mais je me suis dit "ce n'est pas possible de faire ça avec sa fille". Ca revenait à dire "c'est fini, je n'ai plus aucune confiance en elle".

Après l’attentat, “j’ai eu beaucoup de mal à communiquer avec elle," témoigne Patrick Madani. "Même encore aujourd’hui, c’est compliqué. Après l’intrusion d’idéologie dans le cerveau, la purge met du temps. "

Patrick Madani : "pour la sécurité des gens qu'on aime, parfois il vaut mieux qu'ils soient enfermés".
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Juste avant de partir pour commettre l’attentat, “j’ai déposé une rose sur le lit [de ses parents] et un carnet avec un testament caché pour ne pas qu’ils le trouvent tout de suite. Je leur disais que je voulais les revoir au paradis", explique Inès Madani.

Place au témoignage d'Aicha Madani, mère d'Inès. Veste noire, foulard bicolore noué sur la tête, elle est très émue à la barre.
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Aicha Madani : "j’avais des relations très difficile avec Inès. Ce n'était plus ma fille, on était en conflit permanent, je n’avais pas d’autorité sur elle. Je l’ai un peu abandonnée on va dire, je n’étais pas la mère que j’aurais du être. "
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Aicha Madani : "j’étais en difficulté parce que ça n’allait pas dans mon travail, je venais de perdre ma mère. C’était une période difficile"
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Aicha Madani à la barre : "je voudrais lui faire des excuses.. J’aurais du comprendre son mal-être plutôt que d’être son ennemie. Je lui ai dit des choses blessantes, dures, qu’une mère ne devrait pas dire à son enfant."
Dans le box, Inès Madani fond en larmes

Au sujet d’Anissa, Aïcha Madani déclare : “elle s’est liée d’amitié avec cette femme plus âgée qu’elle. Elle avait beaucoup d’emprise. Je ne comprenais pas pourquoi Inès avait autant de belles choses à dire sur cette personnes. Je n’ai jamais voulu la rencontrer."

Dans les mois qui précèdent l'attentat, "elle était à la maison 80% du temps, enfermée dans sa chambre, les volets clos, sous la couette. Elle ne partageait plus les repas avec nous. Elle se levait la nuit pour manger si je lui laissais quelque chose", raconte Aïcha Madani.

Aïcha Madani : Inès "vivait comme une recluse. Elle s’était retirée du cercle familial.”
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Le week-end de l'attentat : "c'était un week-end qu'elle attendait, elle devait aller chez une amie que je connaissais. Je me suis dit qu'il fallait que je lui laisse un peu de répit, que j'arrête d'être toujours sur son dos," raconte la mère d'Ines Madani
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Aïcha Madani au sujet de la détention de sa fille : "elle reprend sa vie en main. Elle reprend des études. Elle ne reste pas à dormir en prenant des cachets en attendant .... en attendant que les années passent."
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Président : vous avez un sentiment de culpabilité?
Aïcha Madani : “oui, un sentiment de ne pas avoir été à la hauteur, de ne pas avoir fait le nécessaire, de ne pas avoir été assez à l’écoute de son enfant.”
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Aïcha Madani raconte que quand un reportage sur la Syrie passait à la télévision, Inès "arrêtait de manger, elle partait dans la chambre, je l'entendais pleurer."
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Fin de l'audition de la mère d'Inès Madani. Leïla, une de ses soeurs aînées, s'avance à la barre. "On l'a vue sombrer", raconte-t-elle.
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Les soeurs, beaux-frères d'Inès qui se succèdent à la barre disent tous à peu près la même chose : la bascule d'Inès Madani, à peu près au moment où elle arrête le lycée, son repli sur elle-même.
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Ce moment où se pose la question de savoir si le frère du beau-frère de l'accusée doit ou pas prêter serment avant son témoignage devant la cour d'assises.
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Dernier témoin de la journée, un voisin de la famille Madani. Il est très ému : "Ce sont des amis à moi. Inès, je l'ai vue grandir. Je l'ai vu changer, mais sans perdre sa gentillesse. Et aujourd'hui, je me dis : qu'est-ce que je fais là? Qu'est-ce qui s'est passé? "
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Inès Madani est très émue par le témoignage de son voisin : "c'est l'image qu'il avait de moi [celle d'une gentille fille ndlr]. Aujourd'hui ça a changé."
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