"Pas forcément idéalistes au départ, mais avec une envie affichée de servir la démocratie, ils font le constat commun d’avoir été surtout des ouvriers de l’information, traitée selon une logique éloignée des belles paroles des patrons de médias et de leurs [...] chefs" #autopromo
"@NathLoh, parti enseigner en Thaïlande plutôt que d’exercer ce journalisme-là, se rappelle avec émotion la seule fois où un supérieur l’a admonesté pour avoir copié-collé une dépêche d’agence [...]. "Dans les autres rédactions, on t’engueule car c’est une perte de temps !" "
"Certains rédacteurs en chefs disaient qu’il fallait faire plus d’enquête, mais en fait, tout le monde s’en fout quand tu y vas, que tu enquêtes [...]. On te dit qu’il n’y a pas de sujet, que c’est trop @sofoot et pas assez @RMCsport", se souvient @C4mille.
"Le localier isolé doit avant tout remplir le journal. Dès qu’on s’intéresse à des choses plus pointues [...], on vous dit que ce n’est pas votre domaine. On a l’impression de survoler, de passer à côté des vrais sujets, plus profonds", témoigne l'ex-localier @JustinDFreeman.
"Tu arrives dans ce milieu-là avec une certaine idée de la justice sociale, pour donner la parole à tout le monde, car tu es vite confronté sur le terrain à la dignité des plus faibles, avance @lomasson. Mais au quotidien, concrètement, ce que tu fais n’est pas ça."
"Pourtant rompue aux petits boulots dans des secteurs réputés difficiles, par exemple en hôtellerie-restauration, @GabyRmn n’en revient toujours pas… au point d’engager, à la rentrée, une thèse [...] sur les violences organisationnelles dans les entreprises de presse."
"On essaie d’avoir plus de diversité dans les recrutements, mais recruter ne suffit pas ! Les Noirs ou les gens issus des milieux populaires vont repartir parce qu’ils n’ont pas, en arrivant, les normes implicites de cette profession, et on ne fait pas en sorte qu’ils restent."
"Le système journalistique, tel qu’il est aujourd’hui, avec ses contraintes financières, favorise une info de moins bonne qualité, voire malhonnête", conclut @MichaelDucousso, dont l'un des déclencheurs du départ fut le traitement "merdique" des Gilets jaunes par la presse.
Merci à tous ceux qui ont accepté de me parler, on ou off. J'ai découvert que le volet sur les RH/management déficients ne semble pas concerner que les médias en crise, loin de là, mais aussi ceux qui se portent bien, témoignant de problèmes systémiques très profonds.
Je me demande donc si on peut se contenter de se contenter de la recherche désespérée de nouveaux revenus ou plus d'indépendance économique. J'ai le sentiment qu'on risque une terrible désillusion si on y parvient : on pourrait alors s'apercevoir que ça ne change pas tout...
Sur un plan plus personnel, j'ai été ce chef hyper dur en #PHR. J'avais tout misé sur la satisfaction éditoriale, en pensant que ça compensait le reste. Je suppose (j'espère !) que je procèderais un peu différemment aujourd'hui... malgré le journal papier à remplir.
Une précision, enfin : bien des médias dits "de gauche" ne semblent absolument pas épargnés, suscitant d'ailleurs encore plus de dégoût chez les journalistes y ayant travaillé, à cause des différences entre les valeurs affichées et celles appliquées en interne.
Un ajout d'importance à propos du (non) respect du contradictoire, suite à une question posée en MP : j'ai fait le choix éditorial (qu'on peut déplorer !) de ne pas aller faire répondre chaque média mentionné, effectivement.
Notamment parce que le propre de ce qui est systémique est que ce n'est pas dépendant de tel ou tel média, mais bien d'un fonctionnement global : je ne doute que chacun m'aurait expliqué en détail en quoi il n'a pas de responsabilité particulière dans telle ou telle situation.
Cependant, je me suis assuré en amont et en aval des témoignages que ceux qui les portaient étaient légitimes à le faire, en excluant d'ailleurs certains car relevant de situations trop spécifiques pour avoir une valeur dans le cadre du papier.
J'ai pensé ne nommer aucun média d'ailleurs, mais alors comment ancrer dans le réel ? J'aurais pu aussi joindre tout le monde et remplir de phrases à l'anglaise de type "le média conteste cette perspective", etc. Les contradictions auraient alors été purement cosmétiques.
Donc on peut tout à fait me reprocher de ne pas avoir pris 2 jours de plus pour le contradictoire... mais je ne suis pas totalement convaincu de l'intérêt du truc pour les lecteurs (pour une fois !), hors de la question (importante) de la crédibilité externe.
(Et de la question de principe : parfois, le moins possible évidemment, on s'en éxonère, mais mieux vaut savoir pourquoi afin de pouvoir éventuellement l'expliquer, et accepter qu'on vous le reproche ensuite...)
J'ajoute au thread la première contradiction argumentée d'une journaliste à mon papier, parce que les discussions (à embranchements) en-dessous valent à mon sens lecture.
"Manque de sens au quotidien, harcèlement moral, sexuel, discrimination et épuisement physique [...] poussent les journalistes à ranger [...] leur carte de presse." Avec - de considérations éditoriales, et + de conditions de travail que mon papier...
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