En raison de la #sécheresse, EDF va probablement être contraint de réduire pendant plusieurs semaines la production de la centrale #nucléaire de Chooz.
Je vous explique pourquoi ⤵ ⤵ ⤵
edf.fr/groupe-edf/qui…
La centrale de Chooz possède deux réacteurs refroidis en cycle fermé par la Meuse.
"Cycle fermé", cela signifie que l'eau de refroidissement est réutilisée ce qui réduit beaucoup le débit nécessaire. C'est indispensable sur une rivière qui a un débit modeste comme la Meuse.
En contrepartie, ce système de refroidissement consomme de l'eau : une partie de l'eau prélevée est évaporée et n'est donc pas remise dans la rivière après avoir été utilisée.
C'est la raison pour laquelle certaines centrales nucléaire "fabriquent des nuages".
Dans le cas de Chooz, le besoin total en eau est de 2.6m3/s par réacteur environ, dont 0.75 sont évaporés.
Cette consommation n'est pas négligeable pour la Meuse qui a un débit moyen de l'ordre de 50m3/s entre juillet et octobre.
Chooz est située à un jet de pierre de la frontière Belge. Et la Meuse est un cours d'eau transfrontalier important pour la Belgique qui l'utilise, par exemple, pour produire de l'eau potable de la région de Namur ou pour le refroidissement de la centrale nucléaire Tihange.
(Soit dit en passant, la position de Chooz est tellement remarquable qu'elle est devenu un meme)
Nos voisins belges ont donc voulu s'assurer que l'eau de la Meuse ne serait pas accaparée par la centrale nucléaire.
Un accord entre la France et la Belgique datant de 84 et confirmé en 98 prévoit des "mesures de sauvegarde" si le débit passe sous 22m3/s.
legifrance.gouv.fr/affichTexte.do…
En pratique, la production de Chooz est réduite lorsque le débit de la Meuse est inférieur à 22m3/s (en moyenne sur 12 jours). La centrale est complètement arrêtée si le débit passe en dessous de 20m3/s.
Ça fait une semaine environ que le débit instantané de la Meuse à Chooz tourne autour des 22m3/s.
Mais ça ne posait pas de problème car la production de la centrale était déjà réduite : le réacteur 1 est arrêté depuis février pour sa visite décennale.
edf.fr/groupe-edf/nos…
Avec le redémarrage de ce réacteur, prévu pour le 15 août, le respect de l'accord franco-belge sur le débit de la Meuse redevient un problème.
La centrale de Chooz va sans doute devoir être arrêtée partiellement pendant la seconde quinzaine d'août.
Et contrairement aux indisponibilités causées par la chaleur, les arrêts liés aux débits peuvent durer des semaines.
En 2019, le réacteur 2 de Chooz a été à l'arrêt presque tout le mois de septembre. En 2018, un arrêt de Chooz 1 s'est prolongé jusqu'au 27 octobre...
En 2018 et 2019, les indisponibilités de Chooz en raison du débit insuffisant de la Meuse ont entrainé chacune une perte de production de l'ordre de 0.7TWh, ce qui représente environ 30 millions d'euros.
#nucléaire #sécheresse
Pour conclure, deux choses que je trouve intéressantes avec le cas de Chooz :
1. Il montre que les maintenances estivales du parc nucléaire peuvent masquer sa vulnérabilité réelle à la chaleur et à la sécheresse.
Si des restrictions de production sont envisagées seulement à partir du 15 août, ce n'est pas nécessairement parce que le débit était meilleurs avant, c'est parce qu'un des deux réacteurs était déjà arrêté pour d'autres raisons.
2. Le fait que la Meuse soit un cours d'eau transfrontalier révèle les externalités négatives produites.
Sur des fleuves franco-français, on ne se rend pas compte que les centrales nucléaires ont de fait une priorité sur l'utilisation de l'eau au détriment des activités avales.
C'est tout pour l'instant.
N'oubliez pas de boire de l'eau et d'être courtois sur les réseaux sociaux.
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