Thomas Branthôme Profile picture
Historien du droit et des idées politiques • Droit, Histoire, Science Politique, Théorie & Littérature, évidemment...

Aug 11, 2020, 12 tweets

1. Constatant hier autour de moi que le #10août1792 n’était pas une date des plus notoires, j’utilise ce #MardiConseil pour citer l’ouvrage classique de Michel Vovelle sur le sujet - « La chute de la monarchie » - et écrire quelques réflexions.

2. La question fondamentale - et qui n’est pas sans écho avec notre temps - c’est qu’au commencement de la Révolution, la monarchie jouit du statut de « régime naturel ». There is no alternativ.
La démocratie est une chimère que l’on envisage que dans la littérature utopique.

3. La quasi totalité de la réflexion politico-juridique se joue donc « à l’intérieur » du cadre monarchique et ne porte que sur la « forme » à donner à la monarchie : absolue ou limitée, avec ou sans conseil, façon « Bourbon » ou calquée sur le modèle anglais.

4. C’est ce que ne comprennent pas ceux qui accusent Sieyès d’être un « traître » car il théorise le gouvernement représentatif et non la démocratie directe. Mais ces gens-là ignorent tout de la mentalité révolutionnaire et de la forma mentis à l’instant T du « moment 1789 ».

5. Robespierre lui-même après la fuite du roi à Varennes et la pétition des Cordeliers au champ de Mars réclamant la République (juillet 1791) y verra d’abord l’ombre de la contre-révolution, craignant qu’une République ne plonge la France dans le chaos et «perde» la Révolution.

6. Mais les forfaitures, les vetos, le constant double-jeu, les intrigues et la mauvaise conduite de la guerre par Louis XVI ainsi que le Manifeste de Brunswick saperont les fondements de l’autorité royale, entraînant l’insurrection du 10 août et laissant le pouvoir vacant.

7. Autrement dit, c’est la fin de la Monarchie qui appelle à elle la République.

C’est pour cela que nous parlons avec @saintvictor75 d’une « République de fait » au lendemain du 10 août que les révolutionnaires vont consacrer juridiquement les 21, 22 et 25 septembre.

8. Ce prisme institutionnel aide à comprendre le déroulé accidenté de la Révolution post1792 car cette fondation de la République est un saut dans l’inconnu, un travail de construction dans un monde hostile travaillé par 13 siècle de monarchie.

9. L’interrogation qu’il reste à poursuivre aujourd’hui est de savoir si ce passage à la République n’est que le fruit des événements où s’il s’inscrit dans le « code génétique » de la Révolution Française?

Pour le dire autrement : Y a-t-il un télos républicain dans la RF?

10. SI c’est le cas, il faut peut-être en placer le premier point nodale le 17 juin 1789 lorsque le Tiers-État, formé en « Assemblée des Communes », déclare la Nation souveraine.

11. À partir de ce moment, le maintien de la monarchie, fut-ce « constitutionnelle » (3 septembre 1791) sera impropre à satisfaire ceux qui tireront ttes les conséquences de la proclamation de la souveraineté nationale.

12. A savoir, qu’il ne peut y avoir un roi qui préside aux destinées d’un peuple lorsque celui est souverain.

C’est ce que formulera Saint-Just, fin connaisseur du droit naturel, en déclarant : « Tout roi est un rebelle ou un usurpateur ».

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