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Historien du droit et des idées politiques • Droit, Histoire, Science Politique, Théorie & Littérature, évidemment...

Aug 27, 2020, 17 tweets

Déconstruction du mythe de la Révolution française comme une « révolution bourgeoise » / Partie II

#Révolutionfrançaise #Histoiredudroit

1. On l’a dit hier, évoquer une « révolution bourgeoise » avec dédain et pour disqualifier l’œuvre de la RF est au mieux une mécompréhension de Marx, au pire, une incapacité à comprendre la mécanique interne de cette Révolution.

2. Pour dénoncer cette vue courte, j’ai insisté sur la révolution juridique qu’amènent en + des transformations politiques et sociales les DDHC (1789 &1793). Soudainement, la source du droit passe du ciel à la terre, de Dieu aux hommes. La France théocratique devient démocratique

3. Quelques mauvais connaisseurs du marxisme se sont empressés à la lecture de mon thread de dire : puisque droit = part de la superstructure dans la théorie de Marx & de facto reflet de l’infrastructure alors bourgeoise, ils ont cru y voir la preuve de son caractère bourgeois

4. Sauf que cela vaut pour le droit positif et non le droit naturel. Le droit naturel par définition n’est pas le produit des rapports sociaux. Essence de L’Homme, il est pensé comme un droit dépassant la classe (contrairement au droit antique ou au même le droit angl. de la MG)

5. Autrement dit, il y a dans le droit naturel moderne, non seulement le dépassement du droit féodal et de sa société d’ordre mais aussi le dépassement anticipé de la société bourgeoise car il ne saurait être question avec lui d’un droit stratifié et hiérarchisé.

6. La puissance révolutionnaire, fille de ce droit naturel, est précisément d’échapper à la seule détermination humaine par les rapports sociaux, ce que Robespierre comprend mieux que quiconque dès la Constituante.

7. C’est ainsi au nom de ce droit naturel que Robespierre dénonce le suffrage censitaire et la distinction citoyen actif/passif, en son nom qu’il réclame le périssement des colonies et l’abolition de l’esclavage.
Plus tard, c’est par lui que Saint-Just condamnera la monarchie.

8. Au cœur de cette revendication du droit naturel jaillit en effet ce qui va constituer le moteur de la Révolution : l’égalité et son corollaire en termes de régime : l’aspiration à une République démocratique. Or ces notions dynamitent alors l’idée de « classe bourgeoise ».

9. C’est cette dimension qui manque à ceux qui veulent dénoncer la RF comme rév. bourgeoise. Ils supputent en 1789 une prise/captation de pouvoir par un groupe homogène, et le remplacement d’une caste (l’aristocratie) par une autre (la bourgeoisie), ce qui est parfaitement faux.

10. Il n’y a pas un pouvoir bourgeois aux manettes de la France entre 1789 et 1795 (davantage entre 1795 et 1799). Aucun des leaders successifs de la gauche jusqu’en 1794 ne pratique de politique de « classe ».

11. Car d’une part le combat politique pour l’avancée de la Révolution scinde totalement le soi-disant « gouvernement bourgeois » en deux camps (modérés et radicaux) qui se livrent une bataille farouche,

12. d’autre part, par calcul politique, autant que par amour de l’égalité, Robespierre, Danton ou Marat lorgnent constamment les sans-culottes afin de former un « peuple en corps » un et indivisible pour éradiquer la contre-révolution.

13. Il en ressort que non seulement il n’existe à aucun moment avant 1794 de « bloc bourgeois » dirigeant la Révolution mais que de surcroît il se joue surtout et avant tout une proto-lutte des classes À L’INTÉRIEUR de la Révolution.

14. Que les amateurs du « RF = Révolution bourgeoise » aillent dire à Marat, Hébert ou Babeuf qu’ils sont des bourgeois et qu’ils ont servi les intérêts économique de la bourgeoisie.
Qu’ils aillent dire que la loi sur le Maximum épouse le libéralisme économique (lire A. Mathiez)

15. En vérité, la RF est déjà un moment dialectique, conflictuel, traversée par les tensions du XIXe s à venir et en aucun cas une séquence homogène.
Elle a déjà en elle le germe de dépassement de l’ordre bourgeois, les outils de la lutte contre le conservatisme et l’eco libérale

16. Engels lui-même en a formulé l’idée de façon limpide: « La Révolution française a été du début à la fin un mouvement social [...] La démocratie est devenue un principe prolétarien, le principe des masses » (art. du 22 sep 1845 célébrant la création de la République française)

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