Cedric Paternotte Profile picture
Assistant Prof. in philosophy of science (@Sorbonne_Univ_). Sociality, cooperation, consensus, diversity + phil. biology & economics. @cedric_p@zirk.us

Sep 14, 2020, 24 tweets

Que faire face à des affirmations simplistes, fausses et
répétées ?
Un petit fil, motivé par : le déluge de telles affirmations pendant la pandémie ; la fréquentation de Twitter en général ; et quelques évocations récentes de la loi de Brandolini (voir ci-dessous). 1/N

Le problème fondamental est posé par ce qu'on appelle la
loi de Brandolini, à savoir le fait qu'il faut en général beaucoup plus de temps pour contrer une "idiotie" que pour l'énoncer. Face à des "idioties" en grand nombre, le combat semble donc perdu d'avance. 2/N

En d'autres termes, l'idée est celle de l'asymétrie entre affirmation et réfutation: la première est rapide et économique, la seconde coûteuse en temps et en efforts. 3/N

Un exemple typique est celui d'un orateur
multipliant rapidement les faussetés - son interlocuteur serait alors conduit à gaspiller l'essentiel de son temps de parole à la réaction, et pour n'en contrer qu'une petite partie. 4/N

Mais le problème se pose surtout sur les réseaux et sites sociaux, sur lesquels on a souvent affaire à une masse
d'affirmations simplistes et/ou fausses énoncées par un grand nombre de contributeurs. 5/N

Il y a au moins deux cas de figure notables. Celui des
trolls, ou "bullshitters" : des contributeurs qui ne se soucient pas de la vérité ou fausseté de leurs affirmations et dont le but est fréquemment de créer des frictions ou de provoquer d'autres contributeurs. 6/N

Autre cas de figure : celui des contributeurs répétant, de bonne ou de mauvaise foi, des positions simplistes mais attractives (des éléments de langage). On l'a évidemment beaucoup vu avec les défenseurs de l'HCQ et maintenant opposants aux masques. 7/N

N'ayant évidemment pas de solution toute prête, je donnerai simplement deux pistes qui me sont familières. Commençons par les trolls, avec l'exemple de Wikipédia, qui est une source étonnamment fiable en général (même si cette fiabilité varie avec les domaines). 8/N

La fiabilité de Wikipédia est étonnante pour plusieurs raisons : la faible compétence de nombre de ses contributeurs ; les faussetés parfois volontairement répandues par certains ; et les interventions chaotiques des trolls. 9/N

Ce sont en général ces dernières, peu coûteuses, qui menacent le plus la fiabilité de Wikipédia. Fabriquer un mensonge demande des efforts ; mais intervenir sans souci de vérité, en effaçant par exemples des sections entières ou modifiant des éléments aléatoires, est facile. 10/N

Une solution ici est de réduire l'asymétrie d'effort. De fait, sur Wikipédia, il est par exemple possible de rétablir la version antérieure d'une page sans avoir à la rédiger de nouveau. Cela demande donc très peu d'efforts, en tout cas pas beaucoup plus que de la "saboter". 11/N

Dans un article, @valentinlageard et moi proposons un modèle de Wikipédia (issu de son travail de Master) suggérant que la facilité de restauration de page est le moyen le plus efficace de lutte contre les trolls. La seule action d'administrateurs serait insuffisante. 12/N

Ici, la solution repose donc bien sur l'annulation de la loi de Brandolini - la réduction voire la disparition de l'asymétrie d'efforts entre la production de faussetés et leur suppression. 13/N
(L'article en question:)
link.springer.com/article/10.100…

Passons au cas des affirmations répétées par de multiples contributeurs, qu'il est impossible de contrer un par un. Exemples typiques : "Faire des tests aléatoires contrôlés n'est pas éthique/prend trop de temps en temps de crise." 14/N

Une clé ici est que de telles affirmations sont en général peu variées : on aura quelques éléments de langage qui reviennent encore et encore à l'identique. 15/N

Il est alors possible de lutter en rédigeant une fois pour toutes des arguments s'opposant à ces éléments, en les mettant en ligne publiquement et en y faisant référence par un lien chaque fois qu'il est nécessaire. 16/N

On dispose alors d'un moyen de réponse quasi automatique. Le travail ayant été fait une fois, il n'a pas besoin d'être répété dans le mesure où les arguments qu'il contre varient peu ou pas. 17/N

Cela ne convaincra sans doute pas les auteurs des affirmations initiales, en particulier si leurs motivations ne sont pas d'énoncer des choses vraies... mais cela mettra à la disposition de lecteur des moyens de résister à des positions fausses mais intuitivement plausibles. 18/N

Cela ne réduit pas entièrement l'asymétrie, dans la mesure où il y a une disproportion entre le nombre de personnes qui affirment quelque chose et celles qui s'y opposent. 19/N

Cependant, une ressource rendue publique est utilisable par tous : son auteur n'est donc pas nécessairement seul à répondre, et il peut faciliter les réponses de beaucoup. 20/N

Inutile de dire que c'est pour cela que nombre de gens, des collègues (notamment @FerryDanini, @CovaFlorian, @PtitPhiSciences) et moi compris, ont ressenti le besoin d'écrire des textes visant à contrer des faussetés répandues pendant la pandémie. 21/N

Le travail demande des efforts mais n'a à être fait qu'une fois. Les textes valent ce qu'ils valent mais ils sont là, utilisables par tous et participant donc à réduire l'asymétrie de la loi de Brandolini. Quant à supprimer cet écart, c'est une autre histoire... 22/N

Pour finir, voici un autre texte (de @bonpoteofficiel) défendant en substance cette dernière idée. 23/N
bonpote.com/loi-de-brandol…

Et si vous avez d'autres suggestions de solutions face à la loi de Brandolini, je suis preneur ! 24/24

Share this Scrolly Tale with your friends.

A Scrolly Tale is a new way to read Twitter threads with a more visually immersive experience.
Discover more beautiful Scrolly Tales like this.

Keep scrolling