Thomas Branthôme Profile picture
Historien du droit et des idées politiques • Droit, Histoire, Science Politique, Théorie & Littérature, évidemment...

Sep 21, 2020, 14 tweets

21 septembre... comme le 21 septembre 1792.

Commencement de la Première République de l’Histoire de France.

L’occasion de préciser quelques éléments clefs permettant de mieux comprendre ce qui s’est joué durant cette journée.
#HistoiredelaRépublique

1. Contrairement à ce que l’unanimité de la célébration laisse entendre, retenir le 21 septembre 1792 comme date du commencement de la République pose question.

2. Si on veut être parfaitement précis, il faudrait mieux retenir le 22 septembre, c’est-à-dire le lendemain, lorsqu’il est décidé sur proposition de Billaud-Varenne, qu'à compter de ce jour les actes publics seront datés « de l'an I de la République ».

3. Pourquoi retient-on alors le 21 ? D’abord parce que c’est le jour d’ouverture de la nouvelle Assemblée nationale - la Convention - élue à la suite de la prise des Tuileries (10 août) et chargée de rédiger une nouvelle Constitution. Elle appelle ainsi à elle un nouveau régime.

4. Ensuite parce que ce 21, la Convention décrète l’abolition de la Royauté.

Il y a donc un mécanisme de vases communicants qui s’opère dans les esprits. Puisque la Monarchie n’est plus, puisque le trône n’est désormais que débris, il convient d’y substituer une nouveau pouvoir.

5. Il est essentiel de comprendre ce nouage événementiel et conceptuel. Les Conventionnels d’alors influencé par la loi fondamentale du royaume concernent le continuum royal (« le roi ne meurt jamais ») considèrent que la fin de la royauté entraîne ipso facto un nouveau régime

6. D’une certaine façon, les 21-22 septembre reformule l’adage célèbre (« Le Roy est mort, vive la Roy ») qui devient « La royauté est morte, vive la République ».

Cela permet de comprendre que pour les Ier Républicains la République est d’abord et avant tout une «antimonarchie»

7. Certains sur Twitter au sujet de cette proclamation de la République aiment à dire que cela n’a rien changé. Que ce passage d’un régime à l’autre est vain.

C’est confondre question sociale et question juridico-politique.

8. La Révolution, on l’a déjà dit, n’est pas parvenu au bout de son processus d’égalité. C’est une vérité.

Mais ce qui compte ici c’est de comprendre le séisme philosophique du 21 septembre.

Cette date marque la création d’un nouvel univers conceptuel : le peuple souverain.

9. Dès le 17 juin 1789, la Nation s’était proclamée souveraine mais la Constitution du 3 septembre 1791 mettait en place une monarchie constitutionnelle avec un roi « inviolable et sacré » maintenu sur le trône.

10. En septembre 1792, le roi défait par les événements, perd son pouvoir de tutelle sur le peuple français qui sort pour la première fois de sa minorité politique.

Pour la première fois de son existence, il lui est permis de présider à sa destinée et de choisir sa voie.

11. Il y a dans ces événements quelque chose du meurtre politique et symbolique du père. Une coupure sans précédent qui fait basculer le peuple français dans une séquence tumultueuse dans laquelle il bouillonne depuis : celle d’un monde sans instance tutélaire pour le guider.

12. Belle et, à la fois, effrayante liberté qui s’apparente à un saut dans l’inconnu pour ne pas dire dans l’abîme.

Parce que les Français sont libérés, ils seront désormais libres et responsables. Ils devront l’être.

13. En ce sens, le 21 septembre est la « scène primitive » de la souveraineté populaire à la française.

Celle qui dit à chaque citoyen et citoyenne du pays : désormais, te voilà gardien du Bien Commun, désormais te voilà arbitre du Monde, avec tout ce qu’il contient.

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