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MS International Energy Mgmt @ Mines ParisTech & Tsinghua Beijing Transition énergétique CTO @ STIMA (recharge pour motos électriques au Kenya) Né en 359 ppm

Sep 23, 2020, 22 tweets

Thread pédagogique sur l'un des principes qui explique pourquoi on s'attaque si peu à la lutte contre le réchauffement climatique: la "tragédie des communs".

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Comme le rappelle régulièrement @GaelGiraud_CNRS, on peut classer les biens en 4 catégories: biens publics, privés, communs, à effet club.

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2 définitions:
Un bien est "rival" si consommer ce bien diminue la quantité disponible à consommer pour les autres.
Un bien est "excluable" si on peut exclure un consommateur (en imposant par exemple le paiement d'un prix pour accéder à la consommation du bien)

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4 catégories de biens:
Bien collectif = non rival + non excluable /ex: bronzer au soleil
Bien privé = rival + excluable /ex: manger une glace
Bien commun = rival + non excluable /ex: pêcher un banc de poisson
Bien à effet club = non rival + excluable /abonnement canal+

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L'atmosphère qui se réchauffe par les gaz à l'effet de serre (GES) est un bien commun:
- Rival car lorsqu'un pays/individu émet des GES, les GES s'accumulent et l'atmosphère se réchauffe pour tous
- Non excluable car on ne peut pas empêcher un pays/individu d'émettre

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Il y a 3 principaux niveaux de prise de décision pour la lutte contre le réchauffement climatique:
- Niveau national (état)
- Niveau de l'entreprise
- Niveau de l'individu
Dans tous les cas, préserver l'atmosphère du réchauffement, c'est préserver un bien commun.

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Quand un acteur (état, entreprise ou individu) décide de réduire ses émissions de GES pour préserver l'atmosphère du réchauffement:

- Les coûts de l'action sont pour cet acteur

Mais...

- Les bénéfices de l'action sont pour la terre entière

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Chaque état/entreprise/individu a peu intérêt à réduire ses propres émissions de GES, car cela lui coûte, mais cela profite à tous (les GES se diluant et s'accumulant dans l'atmosphère).

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Face à un bien commun, la stratégie de "free rider" (cavalier solitaire) est tentante:
Chaque acteur est tenté de ne pas payer pour réduire ses émissions de GES, tout en espérant que les autres acteurs payent pour réduire les leurs.

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Évidemment, le problème est que si chaque acteur (état/entreprise/individu) adopte la stratégie du "free rider" basé sur son intérêt socio-économique individuel, le bien commun se détériore (ex: l'atmosphère prend +5°C) et au final tout le monde est perdant.

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Comment résoudre ce problème de tragédie des communs pour lutter contre le réchauffement climatique? Réflexion perso:
- 1) Co-bénéfices de l'action climatique
- 2) Externalités positives internationales
- 3) Négociation internationales
- 4) Considérations éthiques

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1) Co-bénéfices de l'action climatique:

Pour une entreprise, vendre des produits à faible empreinte environnementale peut être un argument de vente pour des citoyens sensibilisés.

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1) Co-bénéfices de l'action climatique:

Pour un pays, réduire la consommation de combustibles fossiles par des alternatives bas carbone permet de:
- réduire les imports de combustibles fossiles (sécurité énergétique/balance commerciale)
- réduire la pollution de l'air

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2) Externalités positives internationales:
Investir dans les technologies bas carbone, c'est faire progresser la "courbe d'apprentissage" de ces technologies: la baisse des coûts profite à tous. Pour le PV et l'éolien, la baisse des coûts de production a été mondiale.

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3) Négociations internationales: L'accord de Paris même s'il n'est pas contraignant offre un signal positif pour résoudre la tragédie des communs. Chaque pays indique aux autres qu'il est prêt à réduire ses émissions de GES (à condition que l'effort soit partagé)

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3) Négociations internationales:

Idéalement, une taxe CO2 mondiale permettrait d'internaliser le coût socio-économique des émissions de GES lié à l'impact sur le réchauffement climatique. Aller dans cette direction impose de passer par des négociations internationales.

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4) Considérations éthiques au delà de l'intérêt économique individuel.

Prendre en compte la responsabilité éthique de chaque acteur, le concept de "dette climatique". Prendre en compte l'intérêt des générations actuelles et futures, ...

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Dernière remarque: L'action climatique peut être divisée en 2 parties: la mitigation (réduction des émissions de GES) et l'adaptation (s'adapter pour limiter les impacts du réchauffement).

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L'adaptation n'est pas autant confrontée à la tragédie des communs que la mitigation:
Lorsqu'un pays construit une digue face à la montée des eaux, ou investit dans des canadairs pour éteindre les incendies: les coûts sont pour lui, mais les bénéfices aussi.

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On peut voir là un risque. Plus les impacts du réchauffement climatique (montée des eaux, sécheresse, ouragans, incendies, flux migratoires, ...) seront important, plus les pays seront tentés d'investir plutôt dans l'adaptation que la mitigation.

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En effet, investir dans l'adaptation permet au pays d'en tirer les bénéfices directement pour lui même, alors qu'investir dans la mitigation profite tous les pays (Les GES étant dilués et s'accumulant dans l'atmosphère).

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Conclusion: Si on fait si peu face au réchauffement climatique (individu, entreprise, état), c'est entre autre à cause de la tragédie des communs.
Pistes: Co-bénéfices, externalités internationales, coopération internationale, éthique et responsabilité

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