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Sep 28, 2020, 19 tweets

Pourquoi il est impossible de prêter la moindre crédibilité à ce qui est publié chez @Quillette, et par extension aux traductions de ces articles publiées chez @LePoint : un thread où on va prendre un récent article en exemple, et en décomposer les sources les plus cruciales.

L'article, d'abord. @MBlackwell27 prétend y expliquer comment les militants #BlackLivesMatter se trompent sur les brutalités policières envers les Noirs et les minorités, études sérieuses à l'appui. Nous le verrons, les études, elles, sont sérieuses.
quillette.com/2020/09/17/bla…

Objectif ? Exposer les biais des militants. "Si cela semble incroyable que le conformisme se manifeste en l'absence de preuves, le phénomène d'une croyance aussi scientifiquement infondée que massivement acceptée n'est guère nouveau", traduit Le Point.
lepoint.fr/debats/racisme…

Evidemment, c'est un discours qui plaît beaucoup à la fachosphère, à l'instar de mon nouvel ami @DamienRieu (coucou !) dont je découvre le fil Telegram depuis 48h : je vais donc partir de l'évocation de 3 études, ce que Rieu a lui-même trouvé le plus percutant #saféréfléchir

"Afin de quantifier les préjugés raciaux dans les meurtres commis par la police, une étude [...] révélait que les Noirs américains n'étaient pas plus susceptibles d'être blessés ou tués par la police que les Blancs américains lors de contrôles", expose Quillette. Percutant.

Continuons : "Il constate également que les Noirs ne sont pas plus susceptibles que les Blancs d'être soumis à une force mortelle. En réalité, il observe même que les Blancs courent un risque plus élevé d'être tués lors d'une arrestation." Waouh !

Sauf que l'abstract dit exactement l'inverse : l'usage de la force "ne diffère pas significativement" selon la couleur de peau, et les auteurs exposent que les Noirs, hispaniques et "native americans" ont bien plus de chances d'être arrêtés ou contrôlés.
injuryprevention.bmj.com/content/23/1/27

Passons à la seconde étude qui a attiré l'œil de Rieu : "il a été constaté que les policiers avaient une propension à tirer sur des suspects blancs plus rapidement que sur des suspects noirs, et qu'ils étaient également plus susceptibles de tirer sur des Blancs non armés."

Dans cette expérience, les policiers ont mis quelques millisecondes de plus à tirer sur des Noirs. L'étude "met en cause l'idée qu'un biais implicite raciste touche le comportement policier", dixit l'abstract, lors des "interactions meurtrières avec des suspects noirs".

Mais mais mais : l'abstract dit aussi en toutes lettres, comme une limite à cette expérimentation psychologique, qu'il y a bien "des preuves tangibles de biais implicites envers les suspects noirs", citant un large corpus à l'appui dès l'introduction.
media.spokesman.com/documents/2016…

Troisième étude, la plus malhonnêtement citée : "«Les résultats sont surprenants», écrit Fryer. «Par rapport aux Blancs, les Noirs ont 23,5 % de risques en moins d'être abattus par la police lors d'une interaction»." De quoi faire réfléchir les tenants de #BlackLivesMatter !

Le chiffre est en effet correct. Mais l'auteur explique lui même que compte tenu des données en sa possession, ces différences selon l'ethnicité "ne sont pas statistiquement significatives". Sa conclusion : la décision de tirer ou non "n'est pas corrélée avec la race du suspect".

C'est d'ailleurs ce que dit l'abstract : il indique que "l'usage non létal de la force sur les Noirs et les hispaniques est 50 % plus important lors des interactions avec la police", mais qu'il ne trouve "pas de différence" quand cela aboutit à des morts.
scholar.harvard.edu/fryer/publicat…

Bilan : concernant cet article à minima, Quillette propose une sélection malhonnête de la recherche scientifique, tout entière dévolue à un objectif manifestement plus politique qu'autre chose. Le Point republie ça comme parole d'évangile. Et évidemment, l'extrême-droite adore.

Les écrits des chercheurs eux-mêmes, comme les conclusions qu'ils tirent dans leurs études citées comme preuves irréfutables, ici en faveur de l'absence de tout biais défavorable aux minorités dans la police américaine, voient même parfois leur sens inversé dans cet article.

Conclusion pour un lecteur : il est strictement impossible d'accorder la moindre once de confiance à ce qui est publié sur ce site web, à moins d'avoir à chaque fois un temps considérable à consacrer à vérifier directement les études (bon, au moins, ils mettent les liens).

PS : je ne tague pas la traductrice du Point, bien connue ici, car je ne voudrais pas être accusé d'avoir engendré un harcèlement (vu de la sensibilité du sujet dont je traite là). Mais je ne doute pas qu'elle aura la possibilité de répondre/commenter si elle le souhaite.

J'ai oublié évidemment de résumer que donc, *peut-être* que les policiers US tuent moins fréquemment/vite quand ils sont face à des minorités, mais *il est certain* qu'ils emploient plus facilement la force et portent bien plus souvent leur attention sur ces minorités.

C'est ça, que disent les 3 études citées par Quillette. Qui choisit donc de limiter la preuve de l'absence de biais raciste dans la police aux seules situations où effectivement, ce biais n'est pas flagrant selon la recherche. Je reste scotché par une telle mauvaise foi...

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