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Vous devriez avoir honte de me suivre.

Mar 19, 2022, 15 tweets

Le 26 juin 2016, on a décidé de rouvrir la ligne TER qui permet de relier Oloron-Sainte-Marie à Bedous, dans les Pyrénées-Atlantiques ; une ligne de 24.7 km, parcourue en 30 minutes par des trains diesels, à raison de 4 allers-retours par jour. #Thread

Au total, l’opération a coûté pas moins de 102 millions d’euros de travaux, soit 3.4 millions par an (si on amorti ça sur 30 ans), auxquels viennent se rajouter 1.3 million d’euros de fonctionnement annuel.

Problème : une vitesse commerciale de moins de 50 km/h avec à peine 4 départs par jour, ça n’attire pas vraiment les foules — surtout dans une zone très peu dense où le même trajet (de gare à gare) peut être réalisé en 26 minutes en voiture.

Le résultat, c’est que la SNCF estimait le trafic annuel sur cette liaison à environ 16’827 voyages par an (2019) ; soit à peu près 46 voyages par jour ; l’équivalent de 23 personnes qui font l’aller-retour chaque jour.

Concrètement : on fait circuler sur cette ligne des X 73500, autorails mono-caisses de 50 tonnes à vide qui offrent 61 places assises (et 17 strapontins), pour 23 personnes en moyenne.

C’est-à-dire que le coût total d’un trajet pour un voyageur (en ne tenant compte que de l’amortissement des travaux et des coûts de fonctionnement) est de 279 euros : 5.7 euros à la charge du passager, 273.6 euros pour le contribuable.

Supposez maintenant qu’au lieu de faire circuler ces trains, on offre des trajets en taxi. Quand je dis « on offre », je veux dire les passagers ne paient rien du tout : tout est à la charge du contribuable.

Si si, supposez.

Dans le pire des cas (trajet de nuit, aller-simple), ça coûterait 159 euros auxquels vous pouvez rajouter 20 centimes du kilomètre pour l’entretien de la route et les coûts externes (accidents, pollution) ; soit 164.3 euros au total.

Je récapitule pour ceux qui sont fatigués : en train, un trajet payant nous coûte 273.6 euros ; en taxi (plus rapide, disponible quand vous voulez), un trajet gratuit pour le passager nous coûterait 164.3 euros, 40% de moins et dans le pire des cas.

Cherry on the cake : le mur de soutènement d’un viaduc en gave d’Aspe (vers Sarrance) c’est effondré en février. Le trafic TER est donc remplacé par un service de bus jusqu’au 1er mai (au moins). Comptez 34 minutes maintenant.

Et ça, voyez-vous, c’est un syndrome malheureusement très commun qui nous frappe aussi impitoyablement que régulièrement dès qu’il est question de transports en commun en France.

Nous avons décidé (allez comprendre pourquoi) que les transports en commun étaient forcément des services ruineux qui ne pouvaient, dès lors, être rendus que par la puissance publique sans tenir compte de l’avis des voyageurs.

Ce qui signifie que dès qu’un groupuscule d’ayatollahs dispose de suffisamment de temps pour défendre une solution manifestement stupide, lesdits pouvoirs publics s’empressent de claquer des millions dans ladite solution.

Pour mémoire : le domaine de pertinence du train, c’est quand il y a de grosses charges (beaucoup de gens par exemple) à transporter, idéalement sur de longues distances non-stop (sinon ça s’appelle un métro). #Fin

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