Charlotte Piret Profile picture
Journaliste (@franceinter), version justice et terrorisme / / Live-tweet d'audiences / Dessin : Matthieu Boucheron / Livre :"Et nous nous sommes parlé" (l'Aube)

Mar 28, 2024, 25 tweets

Palais de justice de Paris, salle Diderot.
Au procès dit du #VioleurdeTinder l'heure est au réquisitoire de l'avocat général, Philippe Courroye.
Rappelons que Salim Berrada est jugé pour 17 viols et agressions sexuelles et encourt 20 ans de réclusion.

"Vous les avez vues, entendues. Vous avez entendu le récit des viols et des agressions sexuelles subies par ces 17 victimes. Vous avez vu ici, à cette barre, celles qui ont eu la force de venir raconter leurs souillures", entame l'avocat général dans son réquisitoire.

"Et lui, les a-t-il seulement vues, entendues ? La question se pose tellement, tout au long de cette audience est resté imperturpable, comme bunkérisé dans le béton de ses dénégations", poursuit l'avocat général.

"Le ministère public que je représente n'est pas là pour porter une accusation systématique. Parce que je suis le défenseur de l'intérêt général. Et monsieur, si je vous croyais innocent, mon devoir serait de le dire et de requérir un acquittement", rappelle l'avocat général.

"A la date des faits, Salim Berrada est un photographe d'une certaine notoriété et dont les photos ont pu convaincre les plaignantes de son talent", requiert l'avocat général. "On peut se demander si la photographie de mode n'était pas un moyen d'assouvir son addiction au sexe".

"Salim Berrada a mis au point discours et méthode quasi tayloristes d'attirance de ses proies. Il avait un tableau excel avec des phrases types de la première accroche jusqu'à la proposition de se voir avec une vingtaine de conversations simultanée", requiert l'avocat général.

"Cela n'a rien de spontané ou romantique et doit conduire du fichier à l'abus sexuel. Il sait se vendre et leur vendre du rêve", poursuit l'avocat général. "Et au commencement : la séance photo, donc un rendez-vous professionnel. C'est un mode opératoire récurrent."

"Vous observerez que dans tous les récits, Salim Berrada a insisté pour les faire boire avant le shooting : de l'alcool fort. Après les verres, elles décrivent un état anormal qui fait penser à de la soumission chimique", requiert l'avocat général.

"Avec la soumission chimique, le corps de l'autre est réduit à une poupée de chiffon, à un pantin a dit l'une d'entre elles", poursuit l'avocat général. L'experte a expliqué que la MDMA est la drogue de l'amour, elle suscite de l'empathie pendant 2 à 6 heures".

"Lorsqu'elles sont venues à la barre, il y a une chose qui m'a marquée. On sentait qu'elles revivaient avec intensité le huis-clos dans le studio de Salim Berrada. Ce huis-clos où il apparaissait comme possedé", explique l'avocat général.

"La descente aux enfers, vous savez ce que c'est monsieur?", lance l'avocat général à l'accusé. "Elles, elles savent", ajoute-t-il en montrant les victimes. "Le déni, la honte, les troubles de la vie affective, la perte de poids, les problèmes de concentration ..."

"Tout au plus a-t-il concédé avoir mélangé le personnel et le professionnel. Tout a plus a-t-il concédé une forme d'abus de leur confiance, de goujaterie. Mais tout ça, ça ne mange pas de pain. Car il sait très bien qu'il est hors du champ pénal !", requiert l'avocat général.

"Vous êtes toutes des menteuses, leur dit-il. Mais est-ce que vous pouvez raisonnablement croire que c'est une vengeance parce qu'elles n'ont pas eu leurs photos? Que c'est c'est du dépit parce qu'après le sexe elles n'ont pas eu d'attention ?", poursuit l'avocat général.

Alors que l'avocat général s'adresse régulièrement à lui directement, l'accusé écoute attentivement le réquisitoire depuis le box, le menton calé sur les mains, le regard fixé sur le représentant du ministère public.

"Après avoir pris leur corps, vous violez leur esprit, leur conscience, leur humanité. Vous avez violé leur parole 17 fois", lance l'avocat général à l'accusé. "Mais si quelqu'un ment dans cette salle, c'est Salim Berrada."

"Vous allez condamner Salim Berrada pour les 13 viols et 4 agressions sexuelles", lance l'avocat général à la cour. Dans ce dossier exceptionnel, vous avez trois éléments saillants pour vous guider vers une peine juste et nécessairement sévère".

"Le premier élément c'est le mode opératoire très rodé, sournois, compulsif, c'est un hameçonnage organisé, une manipulation digne d'une horlogerie suisse", détaille l'avocat général.

"Le 2e élément c'est la dangerosité de Salim Berrada. Chaque page de ce dossier le démontre. Il a une dangerosité extrême, une addiction au sexe coûte que coûte. De la prédation", poursuit l'avocat général. "Les femmes ne sont pas des partenaires mais des esclaves de son désir".

"S'il y a bien deux mots qui ne sont pas dans votre logiciel, monsieur, c'est : l'empathie et l'altérité", lance l'avocat général. Avant d'insister : "il est dangereux car il n'a aucune capacité d'introspection".

"Il est dangereux enfin parce qu'il ne respecte rien. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est son contrôle judiciaire. Il est remis en liberté le 27 mai 2019 et qu'est-ce qu'il fait? Il réitère", rappelle l'avocat général en référence aux autres mises en examen qui pèse sur l'accusé.

"J'ai retourné ce dossier dans tous les sens, j'ai cherché dans sa personnalité, les faits, sa ligne de défense ce qui pourrait venir au secours de Salim Berrada. Je n'ai rien trouvé sauf peut-être son casier judiciaire sans antécédent de cette nature", requiet l'avocat général.

"Enfin, le 3e élément, requiert l'avocat général, la destruction de 17 vies. Et encore, nous avons la face émergée de l'iceberg. Combien d'autres qui restent tapies dans le silence, leur honte, le déni et qui ont vécu la même chose?".

L'avocat général se tourne maintenant vers les parties civiles : "je vous rends hommage, du fond du coeur, pour votre force, votre courage. Ce que vous avez fait n'est pas vain. Grâce à vous, la justice va mettre, un temps durant, hors d'état de nuire, un criminel dangereux."

"Salim Berrada, regardez-les. Pour une fois, regardez-les", lance l'avocat général. Dans le box, l'accusé se tourne vers les bancs des parties civiles. "Entendez-vous leur souffrance? Distinguez-vous ce champ de ruines que vous avez laissé derrière vous?"

"Pour ces faits multiples et gravissimes et au-delà de ces 17 victimes, la société toute entière attend cette justice. Alors vous rendrez justice en condamnant Salim Berrada à 19 ans de réclusion criminelle et une interdiction définitive de territoire", conclut l'avocat général.

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